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	<title>[Le Site]</title>
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	<description>Le site de Valentin Villenave, musicien et auteur Libre.</description>
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		<title>[Le Site]</title>
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		<title>Musique &amp; astronomie : red&#233;couvrir William Herschel</title>
		<link>http://v.villenave.net/Musique-astronomie-redecouvrir-William-Herschel</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;William Herschel (1738-1822) a r&#233;volutionn&#233; l'histoire de l'astronomie et de notre conception de l'Univers &#8212; &#224; tel point que sa brillante carri&#232;re musicale s'en est trouv&#233;e &#233;clips&#233;e. Ceci est une tentative de red&#233;couverte et de r&#233;habilitation de son &#339;uvre de compositeur, notamment &#224; travers quelques partitions que j'ai moi-m&#234;me r&#233;-&#233;dit&#233;es.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://v.villenave.net/-Decouvertes-" rel="directory"&gt;D&#233;couvertes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;William Herschel (1738-1822) a r&#233;volutionn&#233; l'histoire de l'astronomie et de notre conception de l'Univers &#8212; &#224; tel point que sa brillante carri&#232;re musicale s'en est trouv&#233;e &#233;clips&#233;e. Ceci est une tentative de red&#233;couverte et de r&#233;habilitation de son &#339;uvre de compositeur, notamment &#224; travers quelques partitions que j'ai moi-m&#234;me r&#233;-&#233;dit&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'automne 2018, pour c&#233;l&#233;brer le 280&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/William_Herschel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;William Herschel&lt;/a&gt;, j'ai propos&#233; au Palais de la d&#233;couverte (en l'esp&#232;ce de son instance patronale Universcience) d'organiser une exposition ainsi qu'un cycle de conf&#233;rences et de concerts, pr&#233;sentant notamment (pour la premi&#232;re fois en France &#224; ma connaissance) les concertos pour hautbois de Herschel, interpr&#233;t&#233;s par le hautbo&#239;ste Thierry Gaiffe et &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.1_in_E-flat_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enti&#232;rement&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.2_in_C_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;&#233;dit&#233;s&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.3_in_C_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;orchestr&#233;s&lt;/a&gt; par mes &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_movement_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soins&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs reports, cette initiative fut finalement abandonn&#233;e &lt;del&gt;en rase campagne&lt;/del&gt; par Universcience ; elle donna cependant lieu, l'ann&#233;e suivante, &#224; un &#233;v&#233;nement public soutenu par la &lt;a href=&#034;https://www.ladiagonale-paris-saclay.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diagonale Paris-Saclay&lt;/a&gt;. Voici le document que je r&#233;digeai &#224; cette occasion pour rendre compte de mes propres recherches sur la vie et l'&#339;uvre de Herschel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;pdf914&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_915 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/odt/herschel_presentation.odt' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='OpenDocument Text - 6 Mio' type=&#034;application/vnd.oasis.opendocument.text&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/odt-318d6.svg?1772298242' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Herschel red&#233;couvert
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;V. Villenave, 2019 &#8212; source OpenDocument
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'en livre ci-dessous une version l&#233;g&#233;rement enrichie au fil de mes lectures subs&#233;quentes, notamment lorsque j'eus l'occasion de consacrer &#224; Herschel un &lt;a href=&#034;http://lemodelestandard.fr/?episode=lms_06_hs-herschel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pisode hors-s&#233;rie&lt;/a&gt; du podcast &lt;i&gt;Le Mod&#232;le standard&lt;/i&gt;. Les ajouts majeurs figurent en italiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De Hanovre &#224; Bath&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;William Herschel (1738-1822) voit le jour dans le &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Electorate_of_Hanover&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;principat de Hanovre&lt;/a&gt;, &#224; une &#233;poque o&#249; l'Allemagne n'existe pas encore en tant qu'entit&#233;. C'est un enfant &#233;veill&#233; et curieux de tout ; ainsi, prenant des le&#231;ons de fran&#231;ais (ainsi que d'anglais et de latin) avec son grand fr&#232;re Jacob, il termine le programme entier alors que son fr&#232;re n'en est encore qu'&#224; la moiti&#233;&#8230; mais William insiste pour continuer &#224; assister aux le&#231;ons afin de grappiller aupr&#232;s de leur pr&#233;cepteur davantage de connaissances, car ce dernier est fort cultiv&#233; en math&#233;matiques et en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenu tr&#232;s t&#244;t musicien tout comme son p&#232;re et ses fr&#232;res, William est engag&#233; d&#232;s l'&#226;ge de quatorze ans en tant qu'instrumentiste dans l'arm&#233;e de Hanovre. Cependant lorsque ladite arm&#233;e entre en guerre contre la France (dans un conflit virulent qui prend vite une envergure mondiale : la Guerre de Sept Ans), son p&#232;re l'&#233;vacue discr&#232;tement avec Jacob, en Angleterre &#8211; ce qui fera de lui un d&#233;serteur aux yeux de sa patrie d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barquant dans ce nouveau pays &#224; l'&#226;ge de dix-neuf ans seulement, il entreprend de s'y faire un nom, de par son talent musical ind&#233;niable (hautbo&#239;ste tout comme son p&#232;re, il pratique &#233;galement le violon et les claviers) et son pragmatisme qui le conduit d'emplois pr&#233;caires (donnant des le&#231;ons et copiant des partitions, avec une productivit&#233; semble-t-il remarquable) &#224; des fonctions plus prestigieuses de musicien soliste et de directeur de concerts. Organisant m&#233;thodiquement sa carri&#232;re, il se sert de chacun de ces postes comme tremplin pour en briguer ensuite d'autres plus r&#233;mun&#233;rateurs &#8211; non sans, &#224; l'occasion, une certaine roublardise : l'on raconte ainsi que pour remporter le concours de recrutement d'une chaire d'organiste, il place discr&#232;tement un poids sur une des touches graves du clavier, produisant une magnifique note tenue qui donne l'impression qu'il joue &#224; trois mains !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son abondante activit&#233; de compositeur s'inscrit &#233;galement dans cette d&#233;marche d'ascension sociale : &#224; chaque nouvelle ville o&#249; il s'installe, il ne manque pas de r&#233;diger des sonates, des concertos et des symphonies qu'il interpr&#232;te avec l'orchestre local. Il tire &#233;galement parti de circonstances exceptionnelles : ainsi lorsqu'il est nomm&#233; organiste titulaire de la toute nouvelle (et tr&#232;s &#171; branch&#233;e &#187;, pourrait-on dire, &#224; l'&#233;poque) Chapelle octogonale de Bath, l'orgue est encore en travaux et ne peut &#234;tre utilis&#233; pendant un an &#8211; qu'&#224; cela ne tienne, William assure lui-m&#234;me le concert d'inauguration en faisant usage de tous les autres instruments qu'il ma&#238;trise, et pr&#233;sente ainsi au public un programme de ses propres compositions pour violon, pour hautbois et pour clavecin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours proche de sa famille, il obtient des concerts pour son fr&#232;re musicien Jacob et fait venir de Hanovre son jeune fr&#232;re Dietrich ; il h&#233;bergera aussi par la suite son autre fr&#232;re Alexander ainsi que sa s&#339;ur Caroline, dont nous reparlerons bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une conversion inattendue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;William Herschel est d'un temp&#233;rament curieux et opini&#226;tre. Alors qu'en moins de dix ans sa carri&#232;re musicale lui a permis d'atteindre une position confortable et solidement &#233;tablie dans la soci&#233;t&#233; britannique, il estime que son existence manque de nouveaux d&#233;fis et de stimulation intellectuelle, comme il l'&#233;crit &#224; l'un de ses fr&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;What a pity that music is not a hundred times harder than science. I love activities and I need to do something.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&#034;&lt;i&gt;Quel dommage que la musique ne soit pas cent fois plus difficile que la science ; j'adore m'occuper et j'ai besoin d'accomplir quelque chose.&lt;/i&gt;&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science, en effet, offre &#224; William le domaine id&#233;al o&#249; exercer sa vivacit&#233; d'esprit. Il est vrai que son p&#232;re lui a donn&#233; tr&#232;s t&#244;t l'exemple d'un parfait honn&#234;te homme du si&#232;cle des lumi&#232;res : musicien autodidacte, homme d'une grande culture non seulement en mati&#232;re de musique mais aussi de philosophie, de math&#233;matiques et d'astronomie, celui-ci passait de longues soir&#233;es &#224; s'entretenir passionn&#233;ment de tous ces sujets avec ses fils, et &#224; leur faire admirer sous tous les angles l'objet le plus pr&#233;cieux qu'il poss&#233;d&#226;t : un globe terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre influence d&#233;terminante est &#224; chercher dans les lectures d'Herschel. S'&#233;tant pench&#233; sur le &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Harmonics%2C_or_The_Philosophy_of_Musical_Sounds_(Smith%2C_Robert)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trait&#233; d'acoustique&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;ou plus exactement d'harmonie&lt;/i&gt;) du math&#233;maticien &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Smith_(mathematician)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Robert Smith&lt;/a&gt; (1689-1768), il encha&#238;ne avec le &lt;a href=&#034;https://archive.org/details/acompleatsystem00smitgoog/page/n13/mode/2up&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trait&#233; d'optique&lt;/a&gt; du m&#234;me auteur ; s'y adjoignent bient&#244;t les trait&#233;s de &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/William_Emerson_(mathematician)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;William Emerson&lt;/a&gt; (trigonom&#233;trie, optique et m&#233;canique), les traductions d'Euclide par &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Simson&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Robert Simson&lt;/a&gt;, et surtout l'&lt;a href=&#034;https://archive.org/details/astronomyexplai00ferggoog/page/n7/mode/2up&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Astronomy&lt;/a&gt; de &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/James_Ferguson_(Scottish_astronomer)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;James Ferguson&lt;/a&gt;, o&#249; se trouvent vulgaris&#233;s les principes de Newton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1773, la th&#233;orie ne lui suffit plus et il fait l'acquisition d'un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Octant_(instrument)#Hadley's_versions&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quadrant de Hadley&lt;/a&gt; pour proc&#233;der &#224; ses propres observations (il note m&#234;me la date exacte de cette acquisition : le 19 avril). Quelques semaines plus tard, il ach&#232;te diverses lentilles et fait construire des tubes sur-mesure&#8230; mais ne tarde pas &#224; constater que m&#234;me les lentilles les plus performantes de l'&#233;poque ne lui permettront jamais mieux qu'un grossissement d'environ 40 fois. L&#224; o&#249; un autre s'avouerait vaincu, Herschel d&#233;cide simplement de changer de technique : de la lunette de type Huygens, il passe au &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Newtonian_telescope&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;lescope &#224; miroir&lt;/a&gt;&#8230; et se met en devoir d'acqu&#233;rir, aupr&#232;s d'un fabricant local, tout l'outillage et le savoir faire n&#233;cessaires pour fabriquer d&#233;sormais lui-m&#234;me ses propres miroirs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/herschel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH751/herschel-12721.jpg?1772298242' width='500' height='751' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me la fin de l'ann&#233;e 1773, son premier miroir est pr&#234;t, d'une distance focale d'1,7 m. Il encha&#238;ne imm&#233;diatement avec d'autres miroirs d'un alliage de cuivre et d'&#233;tain, polis &#224; la main ; leur poids atteint bient&#244;t plusieurs centaines de kilogrammes, et leur diam&#232;tre s'&#233;l&#232;vera jusqu'&#224; 1,26 m. Ces miroirs lui permettront de confectionner dans les ann&#233;es suivantes des t&#233;lescopes d'une distance focale de 6 m&#232;tres, puis 10 et m&#234;me 12 m&#232;tres &#8211; des records pour l'&#233;poque, &#224; plus forte raison de la part d'un simple musicien ! Ayant opt&#233; pour le t&#233;lescope &#224; miroir plut&#244;t que la lunette r&#233;fractive alors largement utilis&#233;e, il perfectionne le mod&#232;le originellement invent&#233; par Newton en 1668, en lui &#244;tant son miroir secondaire et en choisissant plut&#244;t d'incliner le miroir principal pour pouvoir regarder directement l'image obtenue. D'apr&#232;s sa s&#339;ur, il polira ainsi, dans la p&#233;riode qui d&#233;bute alors, plus de deux cents miroirs ; cette activit&#233; n&#233;cessitant d'&#234;tre accomplie d'une traite, il s'y consacre parfois pendant seize heures d'affil&#233;e ! Selon d'autres biographes, Herschel aura fabriqu&#233; de son vivant plus de quatre cents t&#233;lescopes, avant tout destin&#233;s &#224; ses propres observations &#8211; il en vendra n&#233;anmoins une bonne soixantaine &#224; travers l'Europe, pour des montants rondelets.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;238&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/reflecting_telescope.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH667/reflecting_telescope-20f80.jpg?1772298243' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le premier grand t&#233;lescope de Herschel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;R&#233;plique du t&#233;lescope ayant servi &#224; la d&#233;couverte d'Uranus et de nombreuses com&#232;tes (il restera le pr&#233;f&#233;r&#233; de Caroline Herschel, elle-m&#234;me chasseuse de com&#232;tes) : longueur 2,1 m, miroir de 15,3 cm.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sa demeure de Bath, puis ses r&#233;sidences suivantes, se transforment tout enti&#232;res en atelier, non sans quelques p&#233;rip&#233;ties (innombrables bris de verre, explosion du fourneau, projections sur les volants en dentelle des manches de chemise, &#233;coulement de m&#233;tal en fusion sur le sol dall&#233;,&#8230;). Sa s&#339;ur Caroline et l'un de ses fr&#232;res, Alexandre, font partie int&#233;grante de ces travaux ; pour les t&#233;lescopes les plus ambitieux de la d&#233;cennie 1780-1790, s'y ajouteront des bataillons de menuisiers charpentiers afin de construire les armatures n&#233;cessaires, les m&#233;canismes, cordages et poulies d'inclinaison et de rotation, et ainsi de suite. L'un de ces artisans, voyant un jour William manipuler la forge et le tour d'usinage d'une main experte, lui demande quel apprentissage a donc bien pu lui donner une telle dext&#233;rit&#233; : &#171; le violon &#187;, s'entend-il r&#233;pondre imperturbablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La patience et la minutie d'un apprentissage musical sont &#233;galement un atout pour l'observation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Observing is in some respects an art which must be learnt. To make a person see with such power is nearly the same as if I were asked to make him play one of Handel's fugues upon the organ.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&#034;&lt;i&gt;L'observation est &#224; certains &#233;gards un art qu'il faut apprendre. Faire atteindre &#224; quelqu'un une telle acuit&#233; visuelle est presque du m&#234;me niveau que de lui apprendre &#224; jouer une fugue pour orgue d'H&#228;ndel.&lt;/i&gt;&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De d&#233;couvertes en d&#233;couvertes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; &#233;trange de ce musicien qui, entre deux cours ou r&#233;p&#233;titions s'emploie &#224; polir des miroirs, et sit&#244;t le concert du soir termin&#233;, rentre chez lui pour se coller devant un t&#233;lescope, ne manque pas d'&#233;veiller la curiosit&#233;, y compris celle des lettr&#233;s de Bath, qui invitent Herschel &#224; rejoindre leur soci&#233;t&#233; litt&#233;raire et philosophique, et &#224; publier ses observations avec ponctualit&#233; et rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la maison s'&#233;tant faite atelier, le jardin est devenu observatoire ; &#224; l'activit&#233; de fabrication des miroirs s'ajoutent des nuits enti&#232;res d'observation du ciel, d&#251;ment consign&#233;e dans un journal. L&#224; encore, son esprit m&#233;thodique fait merveille : loin de se contenter du spectacle fascinant de la vo&#251;te c&#233;leste, Herschel entreprend d'en dresser un inventaire complet et syst&#233;matique, la divisant pour cela en secteurs qu'il explore successivement avec pr&#233;cision et exhaustivit&#233;. Ayant pleinement int&#233;gr&#233; les principes de parallaxe et les connaissances de son &#233;poque en mati&#232;re de m&#233;canique orbitale, il proc&#232;de &#224; une estimation de la distance de ces objets, dont il mesure &#233;galement le diam&#232;tre au moyen d'un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Filar_micrometer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;microm&#232;tre&lt;/a&gt; de son invention ; il a l'id&#233;e de se servir comme r&#233;f&#233;rence pour sa parallaxe non du z&#233;nith (comme le veut alors l'usage) mais de certains syst&#232;mes binaires remarquablement stables. Du reste, la long&#233;vit&#233; peu commune de son activit&#233; scientifique (ainsi que de sa sant&#233; et de ses capacit&#233;s physiques) lui apportera un atout pr&#233;cieux : en s'appuyant sur le corpus toujours plus nourri de ses observations pr&#233;c&#233;dentes, il reviendra sur chaque zone &#224; plusieurs ann&#233;es (voire d&#233;cennies) d'intervalle, afin de constater d'&#233;ventuels changements de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses d&#233;couvertes permettent ainsi de compl&#233;ter la connaissance du syst&#232;me solaire : il d&#233;couvre ainsi de nouvelles lunes de Saturne, recense les taches solaires, et scrute la surface de la Lune et de Mars afin d'en &#233;tablir la cartographie (il con&#231;oit &#224; ce titre une m&#233;thode, d&#233;riv&#233;e des travaux de l'astronome Hevelius au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, pour calculer la hauteur de leurs reliefs)&#8230; mais aussi pour y traquer la trace des civilisations qui, il en est persuad&#233;, les habitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois son int&#233;r&#234;t s'&#233;tend largement au-del&#224; du syst&#232;me solaire : il est ainsi le premier &#224; d&#233;crire et cataloguer les &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Star_system&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;syst&#232;mes stellaires &#224; plusieurs &#233;toiles&lt;/a&gt;. Il en d&#233;couvre plus de huit cents, et patientera vingt-cinq ans pour pouvoir confirmer qu'il s'agit bien de corps en orbite, sous une attraction gravitationnelle r&#233;ciproque &#8211; confirmant ainsi que le mod&#232;le newtonien ne s'arr&#234;te pas aux limites de notre syst&#232;me solaire. Autre d&#233;couverte fondamentale pour l'astronomie moderne, Herschel dresse un catalogue complet de ce qu'il nomme &#171; n&#233;buleuses &#187; (et qui sont en fait pour certaines des galaxies) ; il en d&#233;couvre lui-m&#234;me plus de 2400, et ses travaux d&#233;boucheront un si&#232;cle plus tard sur le &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/New_General_Catalogue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;New General Catalogue&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (NGC) encore en usage aujourd'hui. Il ira m&#234;me jusqu'&#224; proposer &lt;i&gt;dans un &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1098/rstl.1785.0012&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; publi&#233; en 1785, &#034;On the Construction of the Heavens&#034;&lt;/i&gt;, pour la toute premi&#232;re fois, un mod&#232;le de notre propre galaxie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;63&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/png/herschel_galaxy.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH256/herschel_galaxy-e346f.png?1772298244' width='500' height='256' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Proposition d'un sch&#233;ma de notre galaxie par William Herschel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'influence de William Herschel est d&#233;terminante dans le regain d'int&#233;r&#234;t que conna&#238;tra l'astronomie &#224; partir de la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et jusqu'&#224; aujourd'hui : avant ses travaux, les objets ext&#233;rieurs au syst&#232;me solaire n'&#233;taient que tr&#232;s peu &#233;tudi&#233;s, et plut&#244;t consid&#233;r&#233;s comme une vague toile de fond immuable ; outre une m&#233;connaissance g&#233;n&#233;rale des objets non-stellaires, l'observation des constellations n'&#233;tait pas per&#231;ue comme un domaine scientifique &#224; part enti&#232;re, mais comme un outil purement utilitaire aidant &#224; la navigation en mer. Herschel, au contraire, se voit comme un naturaliste (dans le sillage de Buffon en France, ou des pasteurs-naturalistes britanniques) : la mission qu'il poursuit avec acharnement est de d&#233;crire, classer, ordonner. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si cet astronome amateur s'int&#233;ressait &#233;galement &#224; la biologie : c'est notamment &#224; lui que l'on doit, au moyen d'un microscope qu'il avait assembl&#233; lui-m&#234;me, la premi&#232;re description du corail en tant qu'animal et non v&#233;g&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;265&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/newton_prism.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH308/newton_prism-9774a.jpg?1772298244' width='500' height='308' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D&#233;composition de la lumi&#232;re solaire &#224; travers un prisme : croquis d'Isaac Newton
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;On note que le prisme est ici dispos&#233; la pointe vers le bas ; s'il en avait &#233;t&#233; inversement, quelques si&#232;cles plus tard l'on aurait probablement parl&#233; d'&lt;i&gt;infraviolet&lt;/i&gt; et d'&lt;i&gt;ultrarouge&lt;/i&gt; !
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/png/prism-herschel.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH620/prism-herschel-28d70.png?1772298244' width='500' height='620' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'exp&#233;rience de Newton revue par Herschel, qui y adjoint des thermom&#232;tres
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une autre d&#233;couverte tardive de William Herschel est peut-&#234;tre sa plus essentielle : un jour de 1800, ayant constat&#233; une sensation de chaleur alors qu'il observait le soleil &#224; travers un filtre de couleur rouge, il se met en devoir de confirmer cette impression en pla&#231;ant un thermom&#232;tre derri&#232;re un prisme afin de mesurer la temp&#233;rature de chaque couleur. L'exp&#233;rience aurait pu s'arr&#234;ter l&#224;&#8230; mais, coup de th&#233;&#226;tre : soit pour mesurer la temp&#233;rature de l'air ambiant soit (plus probablement) m&#251; par cette curiosit&#233; instinctive qui lui est propre, Herschel d&#233;place alors le thermom&#232;tre juste au-del&#224; de la zone &#233;clair&#233;e par le prisme&#8230; et constate &#224; sa grande surprise qu'une chaleur est bien d&#233;tect&#233;e &#224; cet endroit, et qu'il y fait m&#234;me plus chaud que dans la lumi&#232;re visible ! Herschel d&#233;montre ainsi l'existence d'un rayonnement invisible &#224; l'&#339;il nu qu'il baptise &#034;infrarouge&#034;, ouvrant ainsi la voie &#224; un domaine enti&#232;rement nouveau de l'observation astronomique. (Deux si&#232;cles plus tard, le nom d'Herschel sera donn&#233; au &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Herschel_Space_Observatory&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;lescope spatial &#224; rayons infrarouges&lt;/a&gt; mis en orbite en 2009.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;N.B. Herschel n'est en fait pas l'inventeur du mot &#034;infrarouge&#034;. Dans une &lt;a href=&#034;https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rspl.1800.0012&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;rie d'articles&lt;/a&gt; passionnants publi&#233;s de 1800 &#224; 1801 dans le journal philosophique de la Royal Society, il emploie en fait une autre expression, assez joliment trouv&#233;e : il parle de rayons &#034;colorifiques&#034; pour d&#233;signer la lumi&#232;re visible, et de rayons &#034;calorifiques&#034; pour qualifier ce que nous nommons aujourd'hui infrarouges. Ce dernier terme appara&#238;tra en fait en 1867, sous la plume du physicien Edmond Becquerel dans son ouvrage &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k903688/f151.vertical&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La lumi&#232;re, ses causes et ses effets&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Outre le &#171; spectre infra-rouge &#187;, en fran&#231;ais et avec un trait d'union, ce dernier utilise toutefois &#233;galement le terme de calorifique et se r&#233;f&#232;re volontiers aux travaux de William Herschel et de son fils John.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;toile de George&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la d&#233;couverte la plus marquante pour laquelle son nom restera dans l'histoire &#224; jamais, est intervenue relativement t&#244;t dans son parcours, apr&#232;s quelques ann&#233;es d'observations seulement. Le 13 mars 1781, Herschel observe un objet circulaire et nettement plus lumineux que les astres des constellations Auriga et Gemini qui l'entourent ; pensant avoir d&#233;couvert une com&#232;te, il fait part de sa trouvaille dans l'une de ses publications de l'&#233;poque &#8211; une curieuse com&#232;te toutefois, note-t-il : sans chevelure et se d&#233;pla&#231;ant exactement sur le plan de l'&#233;cliptique. Toujours pragmatique, William choisit de baptiser cette com&#232;te &#034;Georgium Sidus&#034; du nom du roi d'Angleterre, George III ; ce geste &#233;minemment flagorneur lui permet ainsi d'obtenir du souverain une copieuse subvention qui financera la construction de &lt;i&gt;ses futurs t&#233;lescopes&lt;/i&gt;. D'autres nations toutefois, &#224; commencer par la France, ne sauraient se r&#233;soudre &#224; employer un tel nom ; c'est donc sous le nom de &#171; Herschel &#187; que ce corps c&#233;leste sera d&#233;sign&#233; pendant plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'int&#233;r&#234;t suscit&#233; s'&#233;tend bient&#244;t &#224; l'Europe enti&#232;re, et c'est le math&#233;maticien russe Lexell ainsi que le savant fran&#231;ais Laplace qui, les premiers, sugg&#233;reront qu'il pourrait bien s'agir d'une plan&#232;te &#233;voluant plus loin que Saturne. Hypoth&#232;se quasi-sacril&#232;ge pour l'&#233;poque : le syst&#232;me solaire, avec ses plan&#232;tes &#171; classiques &#187;, est d&#233;crit et connu depuis des temps imm&#233;moriaux, et s'est toujours arr&#234;t&#233; &#224; Saturne&#8230; Mais Herschel v&#233;rifie, et confirme &#8211; bien plus, il d&#233;couvre m&#234;me deux lunes &#224; cette nouvelle plan&#232;te, que nous conna&#238;trons finalement plus tard sous le nom d'Uranus. Pour la premi&#232;re fois sans doute dans l'histoire de l'humanit&#233;, les limites du syst&#232;me solaires s'&#233;largissent tout d'un coup ; pour la toute premi&#232;re fois aussi, l'on sait exactement quand, et par qui, une plan&#232;te a &#233;t&#233; d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Un myst&#232;re subsiste dans une de ces observations d'Herschel, qui, un soir note autour d'Uranus la &#034;possibilit&#233; d'un anneau&#034;, comme autour de Saturne. Or l'existence des anneaux d'Uranus, que nous avons notamment &#233;voqu&#233;s dans un &lt;a href=&#034;http://lemodelestandard.fr/?episode=lms_03_anneaux&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pisode du podcast&lt;/a&gt;, bien moins brillants et visibles que ceux de Saturne, ne pourra &#234;tre confirm&#233;e que deux si&#232;cles plus tard. Est-il possible qu'Herschel, malgr&#233; ses moyens optiques limit&#233;s, ait pu les apercevoir ? Beaucoup en doutent, m&#234;me s'il est vrai que le ciel d'Europe &#233;tait beaucoup plus clair dans les ann&#233;es 1780 que dans les si&#232;cles suivants.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que sa nature exacte ait &#233;t&#233; confirm&#233;e, cette d&#233;couverte transforme radicalement l'existence des Herschel. William est d&#233;sormais reconnu en Angleterre comme un astronome &#224; part enti&#232;re &#8211; et les plus grands sp&#233;cialistes du royaume doivent bien constater que leurs propres instruments d'observation font pi&#232;tre figure en comparaison des outils de mesure de ce musicien :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Among opticians and astronomers nothing now is talked but of what they call my Great discoveries. Alas ! this shows how far they are behind, when such trifles as I have seen and done are called great. Let me but get at it again ! I will make telescopes, and see such things&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&#034;&lt;i&gt;Les physiciens et astronomes ne parlent plus de rien que de ce qu'ils nomment mes Grandes d&#233;couvertes. H&#233;las ! Cela ne montre que leur retard, quand les v&#233;tilles que j'ai pu voir ou accomplir sont qualifi&#233;es de grandes. Je n'ai de cesse de reprendre mon travail, de fabriquer des t&#233;lescopes et de voir enfin de grandes choses&#8230;&lt;/i&gt;&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1782, Herschel, qui vient d'&#234;tre invit&#233; &#224; rejoindre la Royal Astronomical Society d'Angleterre, prend une d&#233;cision audacieuse : il fait officiellement ses adieux &#224; la musique, &#224; la sc&#232;ne et &#224; l'enseignement, et ne se consacre d&#233;sormais plus qu'&#224; la science. Choix qu'il fait, comme &#224; son habitude, enti&#232;rement par lui-m&#234;me et sans consulter personne, mais qui ne sera pourtant pas sans affecter tout son cercle de famille, &#224; commencer par sa s&#339;ur Caroline.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;117&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/herschel20ft.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH409/herschel20ft-7f4d3.jpg?1772298244' width='500' height='409' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le t&#233;lescope du jardin (1782-1783)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Il restera le pr&#233;f&#233;r&#233; de William Herschel ; tube de 6,1 m&#232;tres, miroir de 47 cm.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;72&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/william_herschels_telescope.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH751/william_herschels_telescope-4f39a.jpg?1772298244' width='500' height='751' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Un fragment du grand t&#233;lescope, conserv&#233; &#224; l'observatoire de Greenwich
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;La premi&#232;re subvention royale permet aux Herschel de quitter Bath pour s'installer &#224; Datchet, dans une propri&#233;t&#233; pourvue d'un grand jardin o&#249; William fait construire un t&#233;lescope de 6 m&#232;tres. En 1785, il obtient des fonds suppl&#233;mentaires pour &#233;difier &#224; Slough un t&#233;lescope deux fois plus grand, dont la construction prendra quatre ans. Immense pour l'&#233;poque &#8212; il est alors le plus grand au monde, et le restera pendant plus de cinquante ans &#8212;, il restera un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/40-foot_telescope&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;difice marquant&lt;/a&gt; pour l'Angleterre et pour l'Europe enti&#232;re, m&#234;me si les observations en r&#233;sultant s'av&#233;reront quelque peu insatisfaisantes &#8212; Herschel lui-m&#234;me continuant d'utiliser plus volontiers le pr&#233;c&#233;dent.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/lossy-page1-3705px-herschels_grand_forty_feet_reflecting_tel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH648/lossy-page1-3705px-herschels_grand_forty_feet_reflecting_tel-ae794.jpg?1772298245' width='500' height='648' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le grand t&#233;lescope de Herschel (1785-1789)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Tube de 12 m&#232;tres, miroir de 1,26m (pesant plus de 500kg).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Caroline&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/png/caroline_herschel.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH589/caroline_herschel-294fe.png?1772298245' width='500' height='589' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Caroline Herschel (1750-1848) est la huiti&#232;me enfant de la famille Herschel &#224; Hanovre, et la seule fille &#224; avoir surv&#233;cu (except&#233;e l'a&#238;n&#233;e Sophia, bien plus &#226;g&#233;e et mari&#233;e tr&#232;s t&#244;t). Son p&#232;re, vieillissant et malade, tente de lui transmettre les m&#234;mes connaissances qu'&#224; ses fils, mais contrairement &#224; ces derniers elle se voit quotidiennement attribuer de nombreuses corv&#233;es m&#233;nag&#232;res, ne lui laissant que peu de temps (tout au plus son p&#232;re l'&#233;duque-t-il en catimini lorsque sa m&#232;re est absente). Ayant surv&#233;cu de justesse &#224; la variole &#224; l'&#226;ge de quatre ans, puis au typhus &#224; dix ans, elle se retrouve aveugle d'un &#339;il et ne grandissant pas au-del&#224; d'un m&#232;tre trente. N'ayant aucun espoir de la marier, sa m&#232;re la r&#233;duit pour ainsi dire en esclavage, lui interdisant m&#234;me de chercher une place de domestique hors du domicile familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant eu vent de sa situation, William entreprend de l'aider suite &#224; la mort de leur p&#232;re en 1772, n&#233;gociant apr&#232;s aupr&#232;s de leur m&#232;re, il est oblig&#233; de venir lui-m&#234;me &#224; Hanovre pour arracher sa s&#339;ur &#224; son triste sort, sous le pr&#233;texte qu'il lui obtenir un poste de chanteuse en Angleterre. Apr&#232;s un retour sem&#233; d'emb&#251;ches (leur bateau manque de faire naufrage), elle s'installe &#224; Bath et y re&#231;oit de son fr&#232;re une &#233;ducation musicale et scientifique d'une rapidit&#233; foudroyante, qui lui ouvre m&#234;me une brillante carri&#232;re de soprano lyrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant son fr&#232;re &#233;cumer les magasins de lentilles optiques, et l'entendant chaque matin au petit-d&#233;jeuner rendre compte de ses observations du ciel pendant la nuit, elle se voit &#224; son tour gagn&#233;e par la passion des sciences, ici teint&#233;e d'un profond d&#233;vouement envers son fr&#232;re. Elle d&#233;cide alors d'apprendre les math&#233;matiques (mais, dit-elle, sans jamais apprendre davantage que le strict n&#233;cessaire pour aider aux travaux de William) ; c'est toutefois d'abord une aide mat&#233;rielle qu'elle lui apporte, copiant de la musique pour lui, subvenant &#224; ses besoins lorsqu'il est occup&#233; pendant des journ&#233;es enti&#232;res &#224; polir des miroirs ou pendant des nuits enti&#232;res l'&#339;il coll&#233; au t&#233;lescope : elle explique ainsi &#234;tre oblig&#233;e de lui donner &#224; manger &#224; la cuill&#232;re, sans quoi il oublierait tout simplement de s'alimenter jusqu'&#224; mettre sa vie en danger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_923 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/sir_william_herschel_and_caroline_herschel._wellcome_v0002731.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH708/sir_william_herschel_and_caroline_herschel._wellcome_v0002731-2ab56.jpg?1772298245' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t pleinement impliqu&#233;e dans les travaux de la maisonn&#233;e, elle participe &#233;galement &#224; la fabrication des t&#233;lescopes, ce qui la place aux premi&#232;res loges des &#233;pisodes les plus p&#233;rilleux li&#233;s &#224; la forge et au m&#233;tal en fusion, ou encore lorsque par une nuit de grand vent elle tombe de la plateforme du t&#233;lescope de six m&#232;tres, et s'empale la jambe sur un croc de boucher (&#224; son fr&#232;re qui r&#233;clame insouciamment son aide en haut du t&#233;lescope, elle ne peut que r&#233;pondre piteusement &#171; je suis suspendue ! &#187;&#8230; et s'en tirera avec une blessure qui faillit la faire amputer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette aide s'ajoute au fil des ans un r&#244;le plus essentiel encore : c'est &#224; elle que William dicte, nuit apr&#232;s nuit (et nonobstant le froid qui parfois g&#232;le son encrier), toutes ses mesures et relev&#233;s ; c'est elle qui se charge aussi d'exclure les &#233;ventuels doublons, d'effectuer les recoupements avec les catalogues d&#233;j&#224; existants, et enfin, de faire tous les calculs de parallaxe et de trajectoires. (Ayant eu &#224; corriger des catalogues astronomiques truff&#233;s d'erreurs, c'est elle qui entreprend d'en r&#233;diger un enti&#232;rement nouveau, lequel deviendra plus tard le NGC.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline n'est toutefois pas exclue des observations : d&#232;s 1782 elle commence &#224; tenir son propre journal. En six mois &#224; peine viennent ses propres d&#233;couvertes : d'abord une n&#233;buleuse, puis, surtout, huit nouvelles com&#232;tes qu'elle d&#233;couvre au fil des ans gr&#226;ce &#224; des t&#233;lescopes fabriqu&#233;s par William sp&#233;cialement pour elle. Si elle ob&#233;it toujours, tr&#232;s clairement, aux ordres de son fr&#232;re (poursuivant le processus d'exploration syst&#233;matique qu'il a initi&#233;, et s'interrompant dans ses travaux &#224; chaque fois que celui-ci lui demande de prendre en dict&#233;e ses relev&#233;s), elle parvient tout de m&#234;me &#224; publier elle-m&#234;me ses propres d&#233;couvertes ; &#224; partir de 1787, elle &lt;i&gt;exige m&#234;me &#8212; et obtient &#8212;&lt;/i&gt; une subvention d'&#201;tat en son nom &#8211; non seulement le premier salaire qu'elle ait jamais eu, mais le premier salaire jamais accord&#233; &#224; une femme scientifique (m&#234;me si ledit salaire demeure quatre fois inf&#233;rieur &#224; celui de son fr&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bilan met &#224; mal la lecture contemporaine que d'aucuns ont pu tenter de faire de la vie de Caroline Herschel, femme soumise durant toute son existence : d'abord &#224; sa m&#232;re, puis &#224; son fr&#232;re, avec qui elle aurait eu un lien malsain et auquel elle aurait sacrifi&#233; sa tr&#232;s prometteuse carri&#232;re lyrique. C'est l&#224; m&#233;conna&#238;tre la personnalit&#233; de cette femme, qui n'en manquait d'ailleurs pas comme en t&#233;moignent ses m&#233;moires, o&#249; elle ne manque pas une occasion d'&#233;voquer ses m&#233;contentements, les reproches qu'elle n'h&#233;sitait pas &#224; adresser &#224; son fr&#232;re, et ses efforts r&#233;els pour revendiquer un minimum de reconnaissance personnelle et d'&#233;mancipation. Enfin, c'est &#233;galement elle qui pendant plusieurs d&#233;cennies prendra en charge l'&#233;ducation scientifique du jeune John Herschel, fils unique de William, chez qui l'on retrouvera d'ailleurs cette curiosit&#233; de touche-&#224;-tout (tout comme chez son proche ami &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Babbage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Charles Babbage&lt;/a&gt;) : astronome, math&#233;maticien, chimiste, biologiste, il sera notamment l'inspirateur de Charles Darwin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;&#8230;mais pas seulement : John Herschel est ainsi l'un des p&#232;res fondateurs de la photographie, et ses recherches inspirent directement Daguerre avec qui il est en contact. On lui doit non seulement l'invention du &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Cyanotype&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cyanotype&lt;/a&gt;, mais &#233;galement la toute premi&#232;re photographie prise avec un n&#233;gatif, qui n'est autre qu'un clich&#233; de l'armature du grand t&#233;lescope de son p&#232;re, pris juste avant son d&#233;mant&#232;lement en 1839.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;212&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH488/herschel_first_picture_on_glass_1839_3_pozitiv-6c191.jpg?1772298245' width='500' height='488' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photographie du grand t&#233;lescope par John Herschel, 1839
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le tout premier clich&#233; pris au moyen d'un n&#233;gatif (on note qu'il s'agit d'un sujet immobile, ad&#233;quat aux tr&#232;s longs temps d'exposition alors n&#233;cessaires).
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Personnage complexe et lui-m&#234;me grand savant, John semble avoir pein&#233; &#224; se d&#233;tacher de l'influence de son p&#232;re, dont il diverge pourtant en plus d'un point : anti-royaliste fort int&#233;ress&#233; par la R&#233;volution fran&#231;aise &#8212; alors que son p&#232;re &#233;tait enti&#232;rement d&#233;pendant du bon vouloir royal, ath&#233;e &#8212; l&#224; o&#249; William avait consacr&#233; sa vie &#224; rechercher les rouages d'un univers d'inspiration divine &#8212;, passionn&#233; par toutes sortes de sujets, au premier chef desquels la biologie, il fut constamment ramen&#233; vers l'astronomie par la promesse faite &#224; son p&#232;re de continuer le Catalogue G&#233;n&#233;ral, futur NGC, apr&#232;s sa mort.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_928 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;130&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L481xH600/herschel_letter-dc6f2.jpg?1772298245' width='481' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fragment d'une lettre de William &#224; John
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cette lettre touchante &#233;voque leurs divergences en mati&#232;res religieuse et philosophique.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au terme d'une vie remarquablement longue, Caroline Herschel sera l'une des premi&#232;res femmes reconnues par la Royal Astronomical Society, mais aussi par ses &#233;quivalentes en Irlande et en Prusse. Elle continue &#224; publier et &#224; prendre la parole jusqu'&#224; ses derniers jours ; il se raconte ainsi que pour son 97e anniversaire, elle s'emploiera pendant deux heures &#224; divertir la famille royale, leur chantant notamment des &#339;uvres de son fr&#232;re William&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un h&#233;ritage musical &#224; red&#233;couvrir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Voir &#233;galement l'&lt;a href=&#034;http://lemodelestandard.fr/?episode=lms_06_hs-herschel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pisode hors-s&#233;rie&lt;/a&gt; du podcast Le Mod&#232;le standard, avec notre invit&#233; &lt;a href=&#034;http://rdsiegel.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Richard Siegel&lt;/a&gt;, claveciniste.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Osons le dire : s'il n'avait pas &#233;t&#233; un astronome brillant, le nom de William Herschel aurait tr&#232;s certainement &#233;t&#233; oubli&#233; de tous aujourd'hui (cela &#233;tant particuli&#232;rement valable pour le public fran&#231;ais, remarquable comme toujours de par sa totale ignorance du patrimoine musical britannique). Ce constat est ind&#233;niable ; il n'en est pas pour autant inexplicable, ni m&#234;me irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, Herschel fait partie d'une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re qui est aujourd'hui largement m&#233;connue : de m&#234;me que le clavecin s'est vu supplant&#233; par le piano, l'&#233;poque charni&#232;re que constitue le milieu du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a fait les frais des d&#233;cennies qui l'ont suivie, dont le patrimoine musical a &#233;t&#233; diffus&#233; plus largement (dans des salles de concert plus grandes, sur des partitions imprim&#233;es &#224; plus fort tirage, puis avec l'av&#232;nement de la musique enregistr&#233;e). Sur la figure de Mozart (&#233;rig&#233; en parangon de la musique dite &#034;classique&#034;, voire de la musique savante tout court) s'est fix&#233; le star-system, phagocytant dans l'imaginaire collectif le reste du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. (Au moins l'Angleterre a-t-elle conserv&#233; un souvenir un peu plus &#233;quilibr&#233; gr&#226;ce &#224; sa rock-star nationale H&#228;ndel.) Le retour en vogue du baroque &#224; la fin du xxe si&#232;cle a certes provoqu&#233; un regain d'int&#233;r&#234;t, sans finalement n'avoir gu&#232;re qu'ajout&#233; une idol&#226;trie &#224; une autre : en plus du nom de Mozart, on conna&#238;t celui de Bach&#8230; mais pas grand-chose entre les deux. Difficile d'imaginer aujourd'hui que, pendant des d&#233;cennies, le nom de Bach fut davantage associ&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Johann_Christian_Bach&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean-Chr&#233;tien&lt;/a&gt; qu'&#224; son p&#232;re Jean-S&#233;bastien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ambigu de par son &#233;poque, William Herschel l'est aussi de par son origine g&#233;ographique : tout comme J.C. Bach ou H&#228;ndel avant lui et Haydn apr&#232;s lui, il fait partie de ces compositeurs dont l'inspiration originellement germanique a &#233;t&#233; infl&#233;chie par le style britannique &#8211; et pour ne rien arranger, le tout dans une &#233;poque o&#249; l'influence italienne du style dit &#034;galant&#034; contamine l'Europe enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, lui-m&#234;me n'a fait &#233;diter de son vivant qu'un mince &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/6_Harpsichord_Sonatas_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;recueil de sonates en trio&lt;/a&gt; ; soit car il entendait prot&#233;ger jalousement le r&#233;pertoire qu'il serait seul &#224; jouer et qui le ferait reconna&#238;tre en tant qu'interpr&#232;te virtuose&#8230; soit plus probablement parce qu'il ne faisait pas grand cas de sa propre musique. Il a ainsi perdu de nombreuses partitions par simple n&#233;gligence, notamment lors de son d&#233;m&#233;nagement de Bath : alors qu'il avait laiss&#233; des manuscrits chez un copiste, sa s&#339;ur r&#233;digea une lettre pour en demander la restitution&#8230; mais William ne trouva jamais le temps de la poster.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la famille Herschel n'a gu&#232;re aid&#233; &#224; ce que se diffuse l'h&#233;ritage de son illustre anc&#234;tre. Rassembl&#233;es par John Herschel &#224; la fin de sa vie, les &lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Category:Herschel,_William&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;partitions de William Herschel&lt;/a&gt; ont bizarrement &#233;t&#233; tenues secr&#232;tes (ou simplement oubli&#233;es) jusqu'au milieu du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, o&#249; elles furent l&#233;gu&#233;es &#224; des biblioth&#232;ques acad&#233;miques. Parmi ces derni&#232;res, certaines se sont montr&#233;es &#224; la hauteur de l'enjeu : l'universit&#233; d'Edinburgh a ainsi num&#233;ris&#233; et publi&#233; les manuscrits d'une large partie de son r&#233;pertoire pour orgue (d'inspiration tr&#232;s H&#228;ndelienne). D'autres, cependant, ne semblent gu&#232;re s'&#234;tre mises en devoir de les rendre accessibles au reste du monde &#8211; tout au plus, dans quelques cas, une poign&#233;e de musiciens ou &#171; musicologues &#187;, admis &#224; en prendre connaissance en exclusivit&#233;, se sont empress&#233;s &#224; leur tour de faire courir un nouveau copyright dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel qu'ait pu &#234;tre son d&#233;sint&#233;r&#234;t pour sa propre &#339;uvre, il semble avoir rencontr&#233; un succ&#232;s r&#233;el. En tant qu'ex&#233;cutant au premier chef : pas un des commentateurs de l'&#233;poque ne manque de louer son talent poly-instrumental ; le c&#233;l&#232;bre critique musical &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Burney&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Charles Burney&lt;/a&gt; lui consacrera m&#234;me un pan&#233;gyrique en vers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;N.B. Il est vrai que Burney lui-m&#234;me s'int&#233;ressait &#224; l'astronomie, et c'est dans le cadre de sa &#034;Poetical History of Astronomy&#034; qu'il chante les louanges de Herschel &#8212; ce texte a malheureusement &#233;t&#233; perdu. Mais il connaissait, et respectait, &#233;galement ses talents de musicien.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; son catalogue abondant, r&#233;dig&#233; sur un laps de temps remarquablement compact (six ou sept ans seulement de composition intensive), il comprend
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une bonne centaine de pi&#232;ces pour clavier (principalement l'orgue),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; vingt-quatre symphonies dont six pour grand orchestre (une nouveaut&#233; pour l'&#233;poque),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une quinzaine de concertos,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des pi&#232;ces pour violon seul,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de la musique de chambre,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; du r&#233;pertoire p&#233;dagogique,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ainsi qu'une certaine quantit&#233; d'&#339;uvres religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ses partitions les plus &#233;labor&#233;es n'ont gu&#232;re &#233;t&#233; rejou&#233;es faute d'&#233;diteur, ses chansons populaires (des &lt;i&gt;catch&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des rondes en canon) semblent avoir &#233;t&#233; fredonn&#233;es par le grand public longtemps apr&#232;s qu'il lui a fait ses adieux. (&lt;i&gt;Ainsi par exemple de l'&#034;Eccho Catch&#034;, cit&#233; dans notre podcast et auquel a &#233;t&#233; consacr&#233; un &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1177%2F002182860803900307&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt;&#8230; malheureusement l&#224; encore dans une revue d'astronomie.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_927 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH245/herschel_fragment-a9c00.png?1772298245' width='500' height='245' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Fragment de manuscrit de Herschel
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Menuet concertant pour hautbois et orchestre
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Son r&#233;pertoire, pour le peu que nous ayons pu en consulter, s'av&#232;re de facture plus que correcte nonobstant quelques maladresses ou longueurs occasionnelles (ce qui est &#233;galement vrai des grands ma&#238;tres de l'&#233;poque, &#224; commencer par H&#228;ndel ou Vivaldi). Plus encore que chez les autres auteurs de sa g&#233;n&#233;ration, le style n'est toutefois pas enti&#232;rement assur&#233;, oscillant &#233;tonnamment entre un go&#251;t issu en ligne directe du baroque germanique et une &#233;criture plus moderne &#8211; et h&#233;las plus superficielle &#8211; de style galant, portant clairement l'influence de l'Italie. L'&#233;criture harmonique est bien ma&#238;tris&#233;e, souvent purement utilitaire mais n'excluant pas quelques exp&#233;riences formelles ; c'est surtout dans les formules m&#233;lodiques que l'on distingue souvent des traits de finesse ou d'humour. Cette &#339;uvre porte donc non seulement la marque d'une &#233;poque (du baroque tardif d'un Telemann ou H&#228;ndel au style pr&#233;-classique d'un J.C. Bach voire d'un Haydn), mais aussi d'une personnalit&#233; prononc&#233;e : &#233;nergique, souvent inspir&#233;e, parfois astucieuse, fr&#233;quemment &#233;parse, rarement discr&#232;te&#8230; et en tout cas, jamais insipide.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les concertos pour hautbois de Herschel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Conserv&#233;es &#224; l'universit&#233; de Berkeley depuis 1958, ces pi&#232;ces ont &#233;t&#233; red&#233;couvertes &#224; partir de 1996 et ont donn&#233; lieu en 1998 &#224; une publication de la American Philosophical Society. Les deux premiers de ces concertos faisaient partie d'une collection dans laquelle Herschel lui-m&#234;me avait rassembl&#233; huit de ces concertos pour des instruments divers ; les deux autres ont &#233;t&#233; trouv&#233;s s&#233;par&#233;ment, ainsi qu'un mouvement individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.1_in_E-flat_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Concerto pour hautbois n&#176;1 en Mi b&#233;mol majeur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Allegro&#160;; Adagio&#160;; A tempo primo.&lt;/code&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partition est dat&#233;e de 1759 et mentionne Londres ; elle correspond donc &#224; la toute premi&#232;re p&#233;riode britannique du jeune William, &#226;g&#233; d'une vingtaine d'ann&#233;es. La tonalit&#233; de Mi b&#233;mol majeur, d'emploi relativement complexe &#224; cet &#233;poque, t&#233;moigne d'une certaine recherche harmonique. Les contrastes tr&#232;s prononc&#233;s &#233;voquent le second baroque et notamment l'&#233;criture concertante de H&#228;ndel, qui d'ailleurs meurt pr&#233;cis&#233;ment cette ann&#233;e-l&#224; ; d'ailleurs dans cette partition comme dans les suivantes, l'alternance de l'orchestre entre tutti et soli &#233;voque &#233;galement le concerto grosso &#224; la mode quelques d&#233;cennies plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'effectif modeste (r&#233;alis&#233;e uniquement pour cordes et basse continue, comme souvent encore &#224; l'&#233;poque), l'&#233;criture orchestrale n'en t&#233;moigne pas moins d'une ambition &#224; &#171; grand spectacle &#187; : les traits sont souvent virtuoses et les contrastes extr&#234;mement prononc&#233;s, faisant brutalement place &#224; des phrases tr&#232;s expressives ou &#224; des modulations et chromatismes inattendus. L'emploi d'harmonies sophistiqu&#233;es pour l'&#233;poque (accords dissonnants, notamment de septi&#232;me diminu&#233;e, sans pr&#233;paration) trahit une grande familiarit&#233; avec les auteurs germaniques (&#224; commencer par C.P.E. Bach). La partition arbore par ailleurs une quantit&#233; remarquable d'annotations expressives : nuances, liaisons, signes d'articulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce qui frappe est le souci de concision et de coh&#233;rence formelle qui gouverne l'&#233;criture : le second mouvement, dont la bri&#233;vet&#233; n'&#233;gale que l'expressivit&#233;, s'encha&#238;ne tr&#232;s naturellement avec le troisi&#232;me ; quant &#224; ce dernier, il est en fait un &#171; remix &#187; des deux pr&#233;c&#233;dents, r&#233;utilisant exactement le m&#234;me mat&#233;riau th&#233;matique de fa&#231;on r&#233;organis&#233;e mais s'encha&#238;nant de fa&#231;on convaincante, avec parfois un &#233;clairage tr&#232;s diff&#233;rent &#8211; les accents douloureux du deuxi&#232;me mouvement devenant un motif motorique presque martial. Malgr&#233; la jeunesse de son auteur, cette partition t&#233;moigne d'un degr&#233; de ma&#238;trise avanc&#233; et d'une inventivit&#233; incontestable, mais aussi d'un caract&#232;re exigeant qui ne saurait se satisfaire d'aligner simplement des proc&#233;d&#233;s d&#233;j&#224; connus et &#233;cul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.2_in_C_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Concerto pour hautbois n&#176;2 en Ut majeur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Maestoso&#160;; Adagio&#160;; Allegretto.&lt;/code&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orchestr&#233;e pour cordes, basson et deux cors naturels, cette partition ne porte pas de date mais pourrait avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e entre 1760 et 1761, alors que le jeune William Herschel occupait son premier poste en dirigeant l'harmonie militaire de Durham.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;crite en tout cas seulement quelques ann&#233;es apr&#232;s la pr&#233;c&#233;dente, cette pi&#232;ce t&#233;moigne d'une impressionnante &#233;volution stylistique, peut-&#234;tre &#224; mettre au compte de l'air du temps en Angleterre, fortement marqu&#233; par le style &#171; galant &#187; et le pr&#233;-classicisme (ce n'est pas pour rien que Jean-Chr&#233;tien Bach, le plus jeune des fils de Jean-S&#233;bastien et d'une g&#233;n&#233;ration d'&#233;cart avec Carl Philipp Emanuel, est alors r&#233;sident londonien). On peut m&#234;me y entendre une pr&#233;figuration de l'&#233;criture concertante du futur Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus gracieuse, plus spontan&#233;e, cette &#233;criture subit toutefois aussi la simplification post-baroque et perd de ce fait certaines des recherches de l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, notamment d'un point de vue harmonique : les trois mouvements, tous dans la m&#234;me tonalit&#233; (de Do majeur), s'articulent presque exclusivement autour des accords de dominante et de tonique. Il n'est pas interdit d'y voir l'aspiration &#224; une &#233;criture plus populaire, et en plus grande ad&#233;quation avec les go&#251;ts du grand public de l'&#233;poque &#8211; comme semble en attester non seulement la ritournelle du troisi&#232;me mouvement en rondo, manifestement destin&#233;e &#224; &#234;tre retenue de tout l'auditoire&#8230; mais aussi l'&#233;criture spectaculaire de la partie soliste, remplie de traits extr&#234;mement brillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;L'on peut &#233;galement se r&#233;f&#233;rer, pour ce concerto, &#224; la &lt;a href=&#034;https://digitalscholarship.unlv.edu/thesesdissertations/1830/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dissertation&lt;/a&gt; d'un &#233;tudiant de l'universit&#233; du Nevada.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_No.3_in_C_major_(Herschel%2C_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Concerto pour hautbois n&#176;3 en Ut majeur&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Maestoso&#160;; Adagio&#160;; Allegro&lt;/code&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouv&#233;e parmi des manuscrits &#233;pars, cette partition n'est pas plus dat&#233;e que la pr&#233;c&#233;dente (et pourrait d'ailleurs avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e auparavant) ; seules les parties instrumentales s&#233;par&#233;es en ont &#233;t&#233; retrouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une &#233;criture quelque peu d&#233;cousue et parfois presque op&#233;ratique, ce concerto frappe par la longueur de son premier et de son dernier mouvement, &#224; recommander aux ex&#233;cutants les plus chevronn&#233;s et endurants. On y retrouve des structures en dialogues entre groupes et nuances contrast&#233;es ; la partie soliste, tout comme dans les deux autres mouvements, se distingue par l'emploi de nombreux sauts intervalliques larges (pouvant aller de la dixi&#232;me &#224; la treizi&#232;me). L'effectif orchestral est le m&#234;me que dans la partition pr&#233;c&#233;dente, et se distingue notamment par l'&#233;criture parfois &#233;tonnamment fournie des deux parties de cors naturels. On trouve par ailleurs de nombreux passages solo parmi les cordes (y compris au-del&#224; du premier violon), conversant volontiers avec le hautbois solo. Le second mouvement en Ut mineur, une passacaille tr&#232;s expressive, fournit probablement les pages les plus int&#233;ressantes de tout ce concerto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://imslp.org/wiki/Oboe_Concerto_movement_(Herschel,_William)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mouvement de concerto pour hautbois&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partition individuelle, &#233;galement en Ut majeur comme les deux concertos pr&#233;c&#233;dents, se pr&#233;sente comme un menuet vari&#233;, construit autour d'un th&#232;me d&#233;pouill&#233; et de style ouvertement pr&#233;-classique, tel qu'on en pourrait trouver chez Haydn ou chez Leopold Mozart, de forme binaire avec modulation &#224; la dominante ; dans l'hypoth&#232;se (probable) o&#249; cette partition date du d&#233;but des ann&#233;es 1760, William Herschel s'inscrit ainsi dans les tout derni&#232;res &#233;volutions stylistiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce menuet est &#233;crit en Ut majeur comme le concerto pr&#233;c&#233;dent, ce qui ouvre la voie &#224; diverses suppositions : pourrait-il s'agir, par exemple, d'une esquisse finalement abandonn&#233;e pour l'un des mouvements de ce concerto ? Je souhaite, pour ma part, pr&#233;senter une autre hypoth&#232;se. Tout d'abord, il semble manifeste que ce mouvement a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; avec le concerto pr&#233;c&#233;dent ; il suffit pour s'en convaincre de comparer la m&#233;lodie du menuet avec celle du premier mouvement : toutes deux commencent par un pentacorde majeur ascendant, sur un rythme iambique. Ce n'est pas tout : la section centrale de ce menuet, &#233;crite dans le ton homonyme d'Ut mineur, lui conf&#232;re de ce fait un parcours tonal identique &#224; celui des trois mouvements dudit concerto. Pour autant, il ne sonne ni avec la majest&#233; d'un premier mouvement, ni la langueur d'un deuxi&#232;me mouvement, ni le brillant d'un troisi&#232;me mouvement ; la notion selon laquelle il aurait &#233;t&#233; originellement destin&#233; &#224; &#234;tre l'un de ces trois mouvements ne me semble donc pas suffisamment &#233;tay&#233;e, sinon franchement douteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si, tout bonnement, l'on avait ici affaire &#224; un concerto en &lt;i&gt;quatre mouvements&lt;/i&gt; ? Le proc&#233;d&#233; est peu courant &#224; l'&#233;poque baroque (il faudra attendre le second romantisme allemand et fran&#231;ais, au milieu du si&#232;cle suivant) ; et pourtant l'on en trouve quelques exemples dans la premi&#232;re moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, &#224; commencer par les concertos dits &#171; da chiesa &#187; de Telemann, H&#228;ndel, Johann Friedrich Fasch, William Boyce, Robert Valentine, Alessandro Scarlatti et une myriade d'&#233;pigones d'Italie du Nord. Ce n'est toutefois pas de cette forme-l&#224; qu'il s'agit ici, puisque Herschel ouvre son concerto sur un Allegro maestoso propre au style classique plut&#244;t que sur le mouvement lent du &#171; da chiesa &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le menuet serait donc int&#233;gr&#233; en troisi&#232;me position juste avant le final, comme dans une symphonie de Haydn (celles d'Herschel lui-m&#234;me &#233;tant plut&#244;t en trois mouvements). En mati&#232;re de concerto, on aurait donc ici affaire &#224; un objet rarissime sinon in&#233;dit vers 1760 ; on en trouvera un autre cas dix ans plus tard chez le viennois Johann Albrechtsberger, l'un des futurs professeurs de Beethoven, dans l'un de ses tr&#232;s amusants concertos&#8230; pour guimbarde. Une telle innovation formelle pourrait contribuer &#224; expliquer l'envergure inhabituelle du reste du concerto ; elle ferait &#233;galement de Herschel un esprit libre doubl&#233; d'un pr&#233;curseur audacieux&#8230; mais, de fait, la chose ne semble pas inconcevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes sur la pr&#233;sente &#233;dition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partition utilis&#233;e pour ce projet a donc &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e enti&#232;rement par mes soins d'apr&#232;s les sources. &#201;dit&#233;e au moyen du logiciel libre de gravure musicale &lt;a href=&#034;http://lilypond.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;GNU LilyPond&lt;/a&gt;, elle est mise &#224; disposition (sur le Web et ailleurs) accompagn&#233;e de son code source, ce qui permet d'y ajouter des corrections ou d'en faire des adaptations &#224; volont&#233;, mais aussi d'en tirer parti dans un cadre p&#233;dagogique : transcriptions, dict&#233;es &#224; parties manquantes, etc. En un mot, ce patrimoine appartient d&#233;sormais &#224; tout le monde, et je ne puis que souhaiter que d'autres &#339;uvrent &#224; l'avenir dans une m&#234;me direction au service du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant commenc&#233; par r&#233;aliser une &#233;dition &lt;i&gt;Urtext&lt;/i&gt; absolument conforme et soigneusement document&#233;e (notamment lorsque je fus amen&#233; &#224; devoir corriger des erreurs de copie manifestes dans les sources historiques), je d&#233;veloppai un syst&#232;me de surcouches (&lt;i&gt;overlay&lt;/i&gt;) pour pouvoir proposer une &#233;dition l&#233;g&#232;rement modernis&#233;e (en particulier en termes d'articulations et de nuances) et des suggestions de r&#233;orchestration, au prix d'un anachronisme relativement l&#233;ger : l'orchestre que je fais ici sonner est celui qu'Herschel aurait pu entendre quelques d&#233;cennies plus tard, chez Mozart ou chez le jeune Beethoven (et nous savons qu'avant de se d&#233;tourner d&#233;finitivement de la musique, il s'&#233;tait tenu remarquablement au fait des toutes derni&#232;res tendances en mati&#232;re d'esth&#233;tique musicale). C'est &#233;galement celui qu'il aurait pu utiliser lui-m&#234;me s'il avait eu ult&#233;rieurement &#224; sa disposition, en tant que musicien soliste, des instruments plus fiables et plus sonores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule exception que j'ai admise ici consiste &#224; &#233;crire la partie de cor pour des instruments &#224; pistons (qui ne seraient mis au point qu'un demi-si&#232;cle plus tard). Pour le reste, j'ai fait appel &#224; ma propre familiarit&#233; avec le r&#233;pertoire de cette &#233;poque, et en particulier &#224; mon exp&#233;rience d'accompagnateur continuiste (puisqu'il me semble manifeste que, m&#234;me dans les partitions d&#233;pourvues de chiffrage, Herschel &#233;crivait pour basse continue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans vouloir aller jusqu'&#224; la d&#233;marche de Stravinsky revisitant Pergol&#232;se ou de Grieg r&#233;&#233;crivant les sonates pour piano de Mozart, il me semblait important d'aborder cette r&#233;orchestration comme un vrai travail de composition, et de revendiquer l'aspect personnel, voire dans certains cas l'originalit&#233; ou la part de risque, de mes propres choix, l&#224; o&#249; un &#034;musicologue&#034; se r&#233;fugierait peut-&#234;tre derri&#232;re une neutralit&#233; du reste purement illusoire. Le pire service que j'aurais pu rendre &#224; William Herschel aurait &#233;t&#233; de le rendre insipide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet n'est donc ni un travail de recherche, ni une &#339;uvre d'&#233;rudition, ni une entreprise de reconstitution historique (m&#234;me si tous ces aspects entrent en jeu d'une fa&#231;on ou d'une autre). L'enjeu est tout simplement de redonner vie &#224; une musique oubli&#233;e, avec notre sensibilit&#233; actuelle et sans sacralisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur la piste</title>
		<link>http://v.villenave.net/Sur-la-piste</link>
		<guid isPermaLink="true">http://v.villenave.net/Sur-la-piste</guid>
		<dc:date>2016-04-11T19:10:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Compte-rendu fictif d'une exp&#233;rience imaginaire.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://v.villenave.net/-Textes-" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Compte-rendu d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Note 362-45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jour : j + [ind&#233;termin&#233;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laboratoire:EILF2 &#8212; technicien exp&#233;rimentateur : A.Z.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;Observations principales :&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils courent encore. Tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains (sujets A4563-G et A4472-B) s'&#233;taient arr&#234;t&#233;s quelques heures dans la nuit (observation effectu&#233;e &#224; 03:55'), probablement par fatigue &#8212; ils ont repris leur progression au matin, &#224; une allure normale (vitesse moyenne observ&#233;e &#224; 09:25' : 2,8 m&#232;tres/seconde &#8212; moyenne sur 12 mois : 2,77 m/s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de d&#233;c&#232;s constat&#233; dans les derni&#232;res 24 heures. Les plus jeunes sujets (port&#233;es A4516 et A4483, &#226;g&#233;s respectivement de 20 et 23 jours) courent maintenant aussi vite que leur m&#232;re, ce qui facilite l'allaitement. Le nombre de survivants pour chaque port&#233;e semble s'&#234;tre stabilis&#233;, portant les taux de survie respectif &#224; 71 et 62% (moyenne sur 12 mois : 65%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alimentation : correcte (voir tableau annexe). Les graines diss&#233;min&#233;es la semaine derni&#232;re le long du parcours ont &#233;t&#233; consomm&#233;es en quasi-totalit&#233; ; les exp&#233;rimentateurs A.J. et C.E. ont renouvel&#233; les points d'approvisionnement suivant le plan de disposition habituel. M&#234;me les zones de la piste rendues plus difficiles d'acc&#232;s par des asp&#233;rit&#233;s ou obstacles (zones D3, F3 et H5 de difficult&#233; 12 ou sup&#233;rieure) ont &#233;t&#233; explor&#233;es. L'ensemble des sujets est parvenu &#224; trouver de la nourriture en quantit&#233; suffisante dans les derni&#232;res 48 heures. (Les sujets d&#233;c&#233;d&#233;s en bas-&#226;ge constituant &#233;galement une ressource alimentaire riche et essentielle, en particulier pour les femelles A4515-B et A4482-N qui ont r&#233;cemment achev&#233; leur gestation.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;Observations compl&#233;mentaires :&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme observ&#233; pr&#233;c&#233;demment, les rats les plus vigoureux ou aventureux sont plus &#224; m&#234;me de trouver une nourriture de choix ; nos observations confirment &#233;galement l'hypoth&#232;se d'une corr&#233;lation entre l'alimentation et le succ&#232;s en mati&#232;re reproductive (voir note 362-27). Les rats dont la strat&#233;gie alimentaire consiste &#224; d&#233;rober les graines r&#233;colt&#233;es par d'autres sujets, semblent favoris&#233;s &#224; ce titre &#8212; hypoth&#232;se de travail : la domination au sein du groupe favorise-t-elle l'attractivit&#233; sexuelle ? Davantage d'observations requises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun rat, depuis maintenant deux mois (et en particulier, aucun rat de la g&#233;n&#233;ration A4500 et ult&#233;rieures) n'a essay&#233; d'emprunter le parcours en sens inverse, et aucune mesure de sanction n'a donc &#233;t&#233; requise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains rats (notamment les sujets A4563-G et A4472-B pr&#233;cit&#233;s) s'immobilisent parfois pendant quelques heures ; nous ne sommes pas parvenus &#224; d&#233;terminer si ce comportement r&#233;pond &#224; la n&#233;cessit&#233; de prendre du repos (voire, dans le cas de femelles gestantes, de mettre bas) ou &#224; des moments de r&#233;flexion, voire de questionnement sur cet environnement au trajet biscornu, fait de carton ondul&#233;, de bois et de verre, qui leur tient lieu de cadre de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Cette derni&#232;re hypoth&#232;se a &#233;t&#233; formul&#233;e au semestre dernier &#8212; voir note 358-64 &#8212; par l'exp&#233;rimentatrice V.L., qui ne fait actuellement plus partie de notre laboratoire. Cependant nous pouvons raisonnablement l'invalider : rien ne nous permet d'affirmer que certains rats s'interrogent parfois sur ce qui les pousse &#224; continuer de courir, sans cesse, dans le m&#234;me sens.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question subsiste, toutefois, quant &#224; certains param&#232;tres initiaux du protocole exp&#233;rimental : de quelle fa&#231;on les sujets originellement introduits sur ce parcours ont-ils &#233;t&#233; incit&#233;s &#224; courir tous dans ce sens pr&#233;cis plut&#244;t que dans un autre ? Certains exp&#233;rimentateurs ont &#233;mis l'hypoth&#232;se qu'un stimulus olfactif (ph&#233;romones sexuelles ou odeurs alimentaires) avait pu &#234;tre utilis&#233; &#224; l'origine, et se serait bien s&#251;r enti&#232;rement estomp&#233; depuis longtemps. D'autres postulent que le ph&#233;nom&#232;ne a pu se produire de fa&#231;on endog&#232;ne, certains rats en ayant suivi d'autres et ayant fini par entra&#238;ner tout le groupe &#8212; qui s'est depuis lors, &#233;videmment, dispers&#233; le long de la piste, &#224; plus forte raison &#224; mesure que les g&#233;n&#233;rations se sont renouvel&#233;es et succ&#233;d&#233;es, sans toutefois cesser de courir dans le m&#234;me sens. Faute d'archives exploitables, nous avons cherch&#233; des interlocuteurs ayant &#233;t&#233; pr&#233;sents lors de la mise en place initiale de l'exp&#233;rience (ce qui n'est le cas d'aucun des membres de l'&#233;quipe actuelle, ni m&#234;me de nos pr&#233;d&#233;cesseurs), mais n'en avons trouv&#233; aucun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, ce point pr&#233;cis importe peu et n'affecte en rien le r&#233;sultat de l'exp&#233;rience, quelle que soit sa dur&#233;e &#8212; laquelle reste d'ailleurs &#224; d&#233;terminer. D&#232;s leur naissance, les rats savent qu'ils doivent courir et dans quelle direction g&#233;n&#233;rale aller ; non seulement parce que c'est l&#224; le seul objet de leur existence depuis plusieurs dizaines de g&#233;n&#233;rations, mais parce que le dispositif ne leur laisse de toute fa&#231;on aucun autre choix. Ils n'ont besoin d'aucun app&#226;t, d'aucune promesse, d'aucune information sur ce vers quoi ils courent : ils courent, simplement. Tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;Addendum :&lt;/u&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; ce jour, aucun rat ne semble avoir remarqu&#233; que la piste est, en fait, circulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;font-style:italic;text-align:right;&#034;&gt;(Avril 2016.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#201;l&#233;gie (d'apr&#232;s Claude Debussy)</title>
		<link>http://v.villenave.net/Elegie-d-apres-Claude-Debussy</link>
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		<dc:date>2016-01-15T21:52:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Cette br&#232;ve partition, peu connue, a &#233;t&#233; &#233;crite par Claude Debussy &#224; la fin de sa vie ; j'en ai r&#233;alis&#233; une adaptation pour deux instruments, pr&#233;sent&#233;e ici.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://v.villenave.net/-Decouvertes-" rel="directory"&gt;D&#233;couvertes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette br&#232;ve partition, peu connue, a &#233;t&#233; &#233;crite par Claude Debussy &#224; la fin de sa vie ; j'en ai r&#233;alis&#233; une adaptation pour deux instruments, pr&#233;sent&#233;e ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; de Claude Debussy est une pi&#232;ce m&#233;connue, pour piano seul, dat&#233;e de d&#233;cembre 1915 (ce qui en fait une de ses toutes derni&#232;res partitions). Il en existe une &#233;dition Libre &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/%C3%89l%C3%A9gie_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;disponible sur IMSLP&lt;/a&gt; (r&#233;alis&#233;e par Louis Sauter au moyen de &lt;a href=&#034;https://musescore.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MuseScore&lt;/a&gt;), ainsi que quelques &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=debussy%20%C3%A9l%C3%A9gie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enregistrements&lt;/a&gt; sur YouTube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;couvrant cette partition exactement un si&#232;cle apr&#232;s son &#233;criture, j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; de son lien avec la &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Cello_Sonata_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Sonate pour violoncelle et piano&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Debussy, r&#233;dig&#233;e quelques mois auparavant (et que j'ai moi-m&#234;me fr&#233;quent&#233;e de pr&#232;s en juillet dernier, en prenant part &#224; l'enregistrement d'un disque dans lequel Thierry Barb&#233; joue cette sonate &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=hVpDsz04Yvo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; la contrebasse&lt;/a&gt;). Cela m'a donn&#233; l'id&#233;e de r&#233;&#233;crire moi-m&#234;me l'&lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; pour une instrumentation diff&#233;rente, en confiant la ligne m&#233;lodique &#224; la contrebasse et en d&#233;veloppant davantage la partie de piano. Voici la partition de cette version, suivie de l'&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=rdcEHTX7h_o&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enregistrement&lt;/a&gt; de notre premi&#232;re lecture avec Thierry Barb&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;pdf881&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_881 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/pdf/debussy_elegie.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 131.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-e9ff2.svg?1772294780' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie, Debussy &#8212; partition et parties
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_882 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/ly/debussy_elegie.ly' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='LilyPond - 5.1 kio' type=&#034;text/plain&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/defaut-6b4c7.svg?1772312394' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;l&#233;gie, Debussy &#8212; code source LilyPond
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/rdcEHTX7h_o&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contexte historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Debussy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Claude Debussy&lt;/a&gt; (1862-1918) est un compositeur essentiel du tout d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cette &#233;poque si particuli&#232;re o&#249; le style post-romantique se red&#233;finit enti&#232;rement pour bient&#244;t d&#233;boucher sur l'&#233;poque d&#233;nomm&#233;e (encore aujourd'hui, mais sans doute plus pour longtemps) contemporaine ; &#224; ce titre, son influence d&#233;cisive s'&#233;tend sur toute l'histoire de la musique savante occidentale, et largement au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1915, les temps sont durs pour Debussy et sa femme Emma, tant dans leur vie personnelle (ainsi, ils perdent tous deux leurs m&#232;res au printemps, &#224; une semaine d'intervalle) que dans la profonde crise qui traverse la vie intellectuelle fran&#231;aise, encore remplie de certitudes tout juste un an auparavant, alors que la Nation fran&#231;aise dans son ensemble (&#224; quelques voix pr&#232;s, tr&#232;s vite &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Assassinat_de_Jean_Jaur%C3%A8s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;touff&#233;es&lt;/a&gt; dans l'indiff&#233;rence &#224; peu pr&#232;s g&#233;n&#233;rale) s'unissait glorieusement autour d'un sentiment revanchard et raciste contre l'Allemagne. (Toute ressemblance avec des sentiments nationalistes, militaristes et s&#233;curitaristes plus r&#233;cents, prenant par exemple pour cible une population vaguement per&#231;ue comme mahom&#233;tane, n'aurait pas grand chose d'accidentel.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais voil&#224; : quelques mois plus tard, cette Grande Guerre s'annonce bien plus incertaine que pr&#233;vue. La France a lamentablement perdu la bataille de Belgique, les deux camps s'enlisent (litt&#233;ralement) dans une guerre de tranch&#233;es et chaque mois apporte de nouvelles horreurs : bombardement de Paris en mars, guerre chimique en avril, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soldat_fusill%C3%A9_pour_l'exemple#Premi.C3.A8re_Guerre_mondiale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ex&#233;cution sommaire&lt;/a&gt; des soldats par leur propre camp (celui de la civilisation &#233;clair&#233;e, oui). Les pertes s'additionnent aux pertes, et commencent &#224; affecter le monde culturel et musical (ainsi du regrett&#233; &lt;a href=&#034;http://oumupo.org/links/?uh4WUg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jules &#201;corcheville&lt;/a&gt;) bient&#244;t rejoint par beaucoup d'autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Debussy lui-m&#234;me semble suivre ce mouvement : lui qui, quelques mois auparavant, s'&#233;gosillait &#224; longueur de colonnes pour appeler &#224; exterminer les sous-hommes allemands, et &#224; purge g&#233;n&#233;rale de toute l'influence culturelle issue plus ou moins directement la noble et pure race fran&#231;aise de toute influence venue d'Allemagne (ce qui inclut confus&#233;ment tout Wagner mais aussi Gluck, puis plus g&#233;n&#233;ralement toute forme de modernit&#233; &#034;grandiloquente&#034;, et voire, la musique symphonique en g&#233;n&#233;rale), change consid&#233;rablement de ton au long de l'ann&#233;e 1915 ; &#224; la haine et au m&#233;pris envers l'ennemi, succ&#232;dent un profond d&#233;sarroi teint&#233; de lassitude et de d&#233;tresse face &#224; la ruine g&#233;n&#233;rale de son propre pays, et particuli&#232;rement de sa vie intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sentiment de d&#233;tresse, sa propre souffrance physique occupe une place de plus en plus centrale et handicapante : &#226;g&#233; d'une cinquantaine d'ann&#233;es, il ne connait (et ne connaitra jamais) la v&#233;ritable cause de son mal (un cancer que le corps m&#233;dical s'obstine &#224; lui pr&#233;senter comme une ent&#233;rite ou une rectite). &#201;crire lui devient difficile, ce qui le met dans une situation financi&#232;re plus critique que jamais &#8212; cribl&#233; de dettes, il accepte de signer quelques volumes d'&#233;ditions &#034;r&#233;vis&#233;es&#034; de grands compositeurs (Bach, Chopin) tout en qu&#233;mandant aupr&#232;s de son &#233;diteur de nouvelles avances sur d'hypoth&#233;tiques &#339;uvres &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la belle saison de 1915 offre au couple quelques mois de r&#233;pit sous la forme d'un h&#233;bergement gratuit &#224; Dieppe d&#232;s le mois de mai, puis &#224; Pourville de juillet &#224; octobre, dans cette Normandie &#224; laquelle le compositeur est si attach&#233;, celle de Maupassant et d'Ars&#232;ne Lupin, mais aussi d'Erik Satie. C'est pour lui une p&#233;riode d'activit&#233; artistique intense (sa derni&#232;re, comme il le pressent peut-&#234;tre : &#034;&lt;i&gt;J'ai &#233;crit&lt;/i&gt;, dit-il, &lt;i&gt;comme un enrag&#233;, ou comme un qui doit mourir le lendemain matin&lt;/i&gt;). L&#224;-bas, il r&#233;dige non seulement sa suite &lt;i&gt;En blanc et noir&lt;/i&gt; pour deux pianos, ainsi que treize &lt;i&gt;&#201;tudes&lt;/i&gt; pour piano seul (dont seules douze seront publi&#233;es), ainsi que les deux premi&#232;res d'un cycle de &lt;i&gt;Six sonates pour divers instruments&lt;/i&gt; : la premi&#232;re pour violoncelle et piano, la deuxi&#232;me pour Fl&#251;te, Alto et Harpe. Dans ce cycle (dont Debussy ne pourra en fait achever &#8212; douloureusement &#8212; que la troisi&#232;me), le nombre d'instruments devrait aller croissant et culminer avec la sixi&#232;me sonate, pour ensemble de chambre, rassemblant les sonorit&#233;s des &#034;divers instruments&#034; sus-mentionn&#233;s (violoncelle, fl&#251;te, alto, harpe, violon, piano, mais aussi peut-&#234;tre, instruments &#224; anches, clavecin et cuivres), &#034;&lt;i&gt;avec, en plus, le gracieux concours de la contrebasse&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier d&#233;tail n'est pas insignifiant : en effet, rien n'indique que Debussy ait jamais d&#233;couvert les ressources de la contrebasse en tant qu'instrument soliste &#8212; alors que l'instrument semble parfaitement correspondre &#224; son style intimiste et expressif. Debussy &#233;tait plus familier avec le violoncelle, qu'il avait utilis&#233; d&#232;s l'&#226;ge de vingt ans dans son &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Nocturne_et_Scherzo_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nocturne et Scherzo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; pour violoncelle et piano. Le retour, d&#232;s sa premi&#232;re sonate, &#224; cette formation, peut donc &#234;tre vu comme un renouement avec ses ann&#233;es de jeunesse, avec la musique de chambre, et avec la musique dite &#171; pure &#187;, c'est-&#224;-dire d&#233;pourvue d'argument, programme ou titre descriptif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &lt;i&gt;Sonate&lt;/i&gt; pour violoncelle et piano&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;dig&#233;e d&#232;s juillet 1915, cette sonate d&#233;bute par un prologue lent, &#224; quatre temps en &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;r&#233;&lt;/code&gt; mineur &#8212; tout comme la premi&#232;re sc&#232;ne de son op&#233;ra &lt;i&gt;Pell&#233;as et M&#233;lisande&lt;/i&gt; (1894), ou plus tard les &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Pr%C3%A9ludes_%28Book_1%29_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;ludes&lt;/a&gt; pour &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Pr%C3%A9ludes_%28Book_2%29_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;piano seul&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#8230;Canope&lt;/i&gt; (1910) et &lt;i&gt;&#8230;Des pas sur la neige&lt;/i&gt; (1912). On y retrouve plusieurs marqueurs esth&#233;tiques d'une certaine tradition fran&#231;aise (&#233;criture volontiers m&#233;lodistes, langage harmonique construit sur des quartes et t&#233;tracordes) ainsi que certains traits plus sp&#233;cifiquement debussystes, &#224; commencer par la r&#233;f&#233;rence constante aux auteurs anciens (tempo d&#233;clamatoire, quintes &#224; vide), l'ornementation tr&#232;s pr&#233;sente (jadis &#224; l'italienne comme dans &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/F%C3%AAtes_galantes_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;F&#234;tes galantes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Suite_bergamasque_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Suite bergamasque&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, puis volontiers hispanisante d&#232;s &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Lindaraja_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lindaraja&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et jusqu'aux derni&#232;res pages de la troisi&#232;me &lt;a href=&#034;http://imslp.org/wiki/Violin_Sonata_%28Debussy,_Claude%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Sonate&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, pour violon et piano, en 1917), les modulations entre divers modes (notamment pentatoniques ou &#224; base de quintes augment&#233;es). Tous ces &#233;l&#233;ments se retrouveront, f&#251;t-ce &#224; l'&#233;tat de trace, dans la petite &lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; &#233;crite quelques mois plus tard, mais cette fois dans un &#233;clairage bien diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, avec le retour de Claude et Emma Debussy &#224; Paris &#224; l'automne 1915, d&#233;butent des jours sombres. M&#234;me si le compositeur a pu n&#233;gocier des conditions avantageuses autour de sa Sonate pour violoncelle et piano, les soucis financiers ne s'&#233;loignent gu&#232;re, et ne s'estompent que sous la douleur physique. De plus en plus handicap&#233; par sa maladie, il se r&#233;sout &#224; subir une intervention chirurgicale le 7 d&#233;cembre, qui &#233;choue et ne le laisse que plus amer et souffrant. Le manuscrit de l'&lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; est dat&#233; du 15 d&#233;cembre ; m&#234;me &#224; supposer qu'il e&#251;t &#233;t&#233; &#233;bauch&#233; avant son op&#233;ration, il n'est que trop &#233;vident que ces quelques mesures ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es dans des conditions extr&#234;mement p&#233;nibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&lt;i&gt;&#201;l&#233;gie&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Destin&#233;e &#224; une op&#233;ration de souscription pour financer l'effort de guerre, cette partition fut incluse d&#233;but 1916 dans un recueil &#224; tirage limit&#233;, parrain&#233; par la reine-m&#232;re &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandra_de_Danemark&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alexandra du Danemark&lt;/a&gt; et intitul&#233; &lt;i&gt;Pages in&#233;dites sur la femme et la guerre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'&#233;crite pour piano seul &#8212; peut-&#234;tre afin de gagner du temps, le piano &#233;tant l'&#233;criture la plus naturelle pour Debussy &#8212;, cette pi&#232;ce apparait &#224; bien des &#233;gards comme un post-scriptum &#224; la &lt;i&gt;Sonate&lt;/i&gt; pour violoncelle et piano : la ligne m&#233;lodique est tenue par la main gauche, dans la tessiture grave de l'instrument, accompagn&#233;e de quelques accords &#224; la main droite. Comme nous l'avons &#233;voqu&#233;, la partition est &#233;crite en &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;r&#233;&lt;/code&gt; mineur, sur un mouvement lent &#224; quatre temps ; la m&#233;lodie d&#233;bute de fa&#231;on inattendue sur un accord parfait &#224; l'&#233;tat de sixte, majeur puis mineur : cette alternance harmonique ponctuera la pi&#232;ce jusqu'&#224; sa derni&#232;re phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;lodie, assez orn&#233;e, &#233;volue sur un mode pentatonique explorant des tessitures assez graves &#8212; voire trop graves pour un violoncelle, qui se retrouverait confin&#233; sur sa corde la plus grave et devrait m&#234;me renoncer &#224; la derni&#232;re note de la pi&#232;ce ; la contrebasse, en revanche, est ici &#224; son aise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Politique de transcription&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la partie de piano, elle est ici d&#233;velopp&#233;e dans la plus fid&#232;le imitation de l'&#233;criture debussyste : larges accords r&#233;sonnant longuement (l&#224; o&#249; la partition d'origine oblige &#224; changer plus souvent la p&#233;dale pour ne point alourdir la main gauche), usage parcimonieux mais audible des &lt;i&gt;arpeggios&lt;/i&gt;, quintes &#224; vide (et m&#234;me un peu de trois-pour-deux mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;12&lt;/code&gt;). J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; pr&#233;server la partie de piano telle qu'&#233;crite par l'auteur partout o&#249; une &#034;sonorit&#233; de piano&#034; semblait souhaitable : ainsi des appogiatures attaqu&#233;es sur le temps qui pr&#233;c&#232;dent les notes graves mesures &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;6&lt;/code&gt; et &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;7&lt;/code&gt;, qui n'auraient pas convenu &#224; la contrebasse et &#233;voquent au contraire certaines pages &#8212; typiquement pianistiques &#8212; des &lt;i&gt;Pr&#233;ludes&lt;/i&gt; ; ou encore les quatre &#233;tranges accords mesures &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;16&lt;/code&gt;-&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;17&lt;/code&gt; (au sujet desquels je ne laisse pas de m'interroger : &#233;tant donn&#233; le manque de fiabilit&#233; notoire des manuscrits de Debussy, l'auteur aurait-il pu oublier ici un &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;si&lt;/code&gt; b&#233;carre &#224; la main gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains passages demandent un peu de finesse, par exemple la mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;13&lt;/code&gt; o&#249; le texte original donne un accord form&#233; de quatre notes conjointes ; ou encore, les passages o&#249; le piano doit prendre le relai de la contrebasse (par exemple les deux notes graves formant la lev&#233;e de la mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;16&lt;/code&gt;). &#192; de nombreux endroits, j'ai choisi de reconstituer une note de basse que le texte laissait sous-entendue, par exemple mesure &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;8&lt;/code&gt; ou encore &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;14&lt;/code&gt; (qui produit une r&#233;harmonisation tr&#232;s debussyste de la m&#233;lodie du d&#233;but, et dont je suis assez fier), ainsi que la basse ajout&#233;e sur le deuxi&#232;me temps des mesures &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;10&lt;/code&gt; et &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;11&lt;/code&gt;, &#233;voquant le balancement que l'on peut trouver dans certains pr&#233;ludes (&lt;i&gt;Les sons et les parfums&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Puerta del Vino&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seuls fragments v&#233;ritablement ajout&#233;s sont les br&#232;ves interventions en &lt;i&gt;pizz&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ah !&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la contrebasse, qui n'ont pas d'int&#233;r&#234;t musical notable (m&#234;me si j'ai pris soin de les &#233;crire &#224; partir du mat&#233;riau d&#233;j&#224; donn&#233; par le texte) mais ont pour propos d'&#233;quilibrer le r&#244;le des deux instruments &#8212; l'&#233;criture en duo pr&#233;sentant un type de &#034;dramaturgie&#034; concertante ontologiquement tr&#232;s diff&#233;rent du discours d'une pi&#232;ce solo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne lecture !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;Valentin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;-ah !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les licences Libres au th&#233;&#226;tre : compte-rendu d'une exp&#233;rience sociale</title>
		<link>http://v.villenave.net/Les-licences-Libres-au-theatre-compte-rendu-d-une-experience-sociale</link>
		<guid isPermaLink="true">http://v.villenave.net/Les-licences-Libres-au-theatre-compte-rendu-d-une-experience-sociale</guid>
		<dc:date>2015-09-03T18:02:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;L'usage des licences Libres est-il compatible avec les repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales ? L'occasion m'a r&#233;cemment &#233;t&#233; donn&#233;e d'en avoir le c&#339;ur net ; en voici le r&#233;cit.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://v.villenave.net/-Blog-" rel="directory"&gt;Articles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'usage des licences Libres est-il compatible avec les repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales ? L'occasion m'a r&#233;cemment &#233;t&#233; donn&#233;e d'en avoir le c&#339;ur net ; en voici le r&#233;cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2012, j'ai particip&#233; &#224; l'&#233;laboration puis aux repr&#233;sentations d'un spectacle de vari&#233;t&#233; intitul&#233; &lt;a href=&#034;http://chantoulipo.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Chant'Oulipo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Outre une bonne demi-douzaine de dates isol&#233;es (notamment en province), ce spectacle a fait l'objet de deux s&#233;ries de repr&#233;sentations &#224; Paris : au th&#233;&#226;tre du Lucernaire &#224; l'automne 2013, puis au th&#233;&#226;tre Clavel d&#233;but 2015 o&#249; nous avons encha&#238;n&#233; pr&#232;s de 25 repr&#233;sentations : une quantit&#233; tout &#224; fait normale pour n'importe quel com&#233;dien, mais in&#233;dite pour le musicien-bricoleur que je suis.[!sommaire]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'indique son titre, ce spectacle regroupe des textes d'auteurs actuels de l'&lt;a href=&#034;http://oulipo.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ouvroir de Litt&#233;rature Potentielle&lt;/a&gt; (Oulipo). &#192; l'exception de quelques-uns, ces textes sont mis en musique (pour la plupart, par moi-m&#234;me) sous forme de chansons ; j'ai d'ailleurs eu l'occasion (&lt;a href='http://v.villenave.net/Chansons-Oulipiennes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href='http://v.villenave.net/Chant-Oulipo-Trois-chansons-sans-contraintes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; et un peu &lt;a href='http://v.villenave.net/Sardinosaures' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;) d'en publier quelques-unes, qui sont, comme &lt;a href='http://v.villenave.net/Catalogue' class=&#034;spip_in&#034;&gt;tout ce que j'&#233;cris&lt;/a&gt;, disponibles sous licence Libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point soul&#232;ve de multiples questions, auxquelles j'ai &#233;t&#233; tent&#233; de r&#233;pondre en me livrant, &#224; la faveur de cette r&#233;cente s&#233;rie de repr&#233;sentations, &#224; ce que j'appelle une exp&#233;rience sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NON, je n'entends pas par &#034;exp&#233;rience sociale&#034; l'&#233;quivalent des atroces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : proposer au public de se procurer, &#224; la sortie de chaque repr&#233;sentation, une copie imprim&#233;e de certaines chansons du spectacle (sous forme de partition, &#233;dit&#233;e par mes soins, r&#233;-arrang&#233;e et assortie d'explications).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_822 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;134&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/pdf/chansons-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.2 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-e9ff2.svg?1772294780' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Quelques chansons extraites de &lt;em&gt;Chant'Oulipo&lt;/em&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#169; Divers auteurs, 2012-2015&lt;br class='manualbr' /&gt;Musique : Licence Art Libre&lt;br class='manualbr' /&gt;Textes : tous droits r&#233;serv&#233;s.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici une pr&#233;sentation &#8212; fort peu scientifique &#8212; de cette initiative et de ses r&#233;sultats, pr&#233;c&#233;d&#233;es de quelques remarques sur son contexte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du spectacle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, quelques mots sont peut-&#234;tre n&#233;cessaires pour d&#233;crire, non seulement le spectacle, mais &#233;galement les raisons pour lesquelles je n'ai cess&#233; de m'y sentir &#233;tranger &#224; divers points de vue. &lt;i&gt;Chant'Oulipo&lt;/i&gt; est un spectacle imagin&#233;, co-&#233;crit, r&#233;alis&#233;, financ&#233; et vaillamment promu par la com&#233;dienne et chanteuse Jehanne Carillon (que l'on peut notamment entendre, &#224; l'occasion, dans l'&#233;mission radiophonique &lt;i&gt;Des Papous dans la t&#234;te&lt;/i&gt;). Si Jehanne s'est entour&#233;e de personnes de grand talent pour le mener &#224; bien (je pense en particulier au metteur en sc&#232;ne Laurent Gutmann), son projet n'en porte pas moins l'empreinte de sa personnalit&#233; et de ses go&#251;ts artistiques, jusque dans les moindres aspects : choix des textes, structure du spectacle, sc&#233;nographie, orientation esth&#233;tique, et m&#234;me arrangements et direction musicale &#8212; ce dernier point &#233;tant &#233;videmment celui qui m'affecte le plus personnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combinant des &#233;l&#233;ments th&#233;&#226;traux et chant&#233;s, le spectacle fait signe vers l'h&#233;ritage du music-hall, du cabaret (les num&#233;ros dans&#233;s en moins) ou, plus sp&#233;cifiquement, des &#034;vari&#233;t&#233;s&#034; telles qu'on les entendait au milieu du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Dire qu'il s'agit de musique &#034;de vari&#233;t&#233;&#034; n'est donc pas ici &#224; prendre dans un sens p&#233;joratif : chaque num&#233;ro musical fait signe vers un langage pr&#233;-existant et clairement identifi&#233; (quoique parfois insensiblement &lt;a href='http://v.villenave.net/Chansons-Oulipiennes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;subverti&lt;/a&gt; par l'usage de contraintes d'&#233;criture).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'on peut s'y attendre, le spectacle est marqu&#233; par un attachement profond &#224; l'Oulipo et &#224; son environnement socio-culturel : j'entends par l&#224; non seulement ses auteurs actuels (dont les &#233;crits ne sont malheureusement pas toujours, selon moi, &#224; la hauteur de leur r&#233;putation), mais aussi son public relativement circonscrit sociologiquement &#8212; comme le trahissent quelques r&#233;f&#233;rences culturelles convoqu&#233;es par le spectacle : &#233;vocation de rues parisiennes, jeux de mots li&#233;s &#224; la musique savante, allusion (longuement fil&#233;e) &#224; un film de Jean-Luc Godard,...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;marche (gentiment) exp&#233;rimentale est parfois d&#233;celable dans certains passages, m&#234;me si, auto-r&#233;f&#233;rence oblige, l'accent est mis davantage sur les contraintes li&#233;es au texte qu'&#224; la musique (celles-l&#224; &#233;tant pourtant plus rares et moins originales que celles-ci). L'inventivit&#233; (et, sans doute, la dr&#244;lerie) r&#233;side en large partie dans l'aspect visuel du spectacle, qui met en sc&#232;ne des personnages d'un mauvais go&#251;t assum&#233; (une forme de comique, latente et ambivalente, peut d'ailleurs na&#238;tre du d&#233;calage entre la sociologie du public-type, que j'&#233;voquais ci-dessus, et le milieu social &#233;voqu&#233; sur sc&#232;ne par les d&#233;cors et costumes oscillant entre &lt;i&gt;cheap&lt;/i&gt; et clinquant), et d&#233;tourne des objets du quotidien (ustensiles culinaires, pot de fleur, table &#224; repasser).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ultime justification du terme de &#034;vari&#233;t&#233;&#034;, la structure du spectacle (qui refl&#232;te son processus d'&#233;laboration). J'ai tendance &#224; distinguer (de fa&#231;on primaire, pour d'aucuns) deux sortes de spectacles th&#233;&#226;traux : les spectacles &lt;i&gt;&#233;crits&lt;/i&gt;, et les &lt;i&gt;montages&lt;/i&gt;. C'est clairement &#224; cette seconde cat&#233;gorie qu'appartient le projet en question, qui a commenc&#233; sous forme d'agr&#233;gat de textes mis (ou non) en musique et n'a jamais &#233;t&#233; le produit d'une &#233;criture &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; ; c'est au contraire &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; (voire &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, puisque nous sommes dans les expressions latines) que mon coll&#232;gue Olivier Salon a &#233;crit quelques dialogues et sc&#232;nes de transition, et que le metteur en sc&#232;ne Laurent Gutmann est parvenu &#224; donner &#224; l'ensemble une sorte de coh&#233;rence (en particulier visuelle, avec l'aide de Jean-Yves Courcoux et d'Axel Aust, respectivement cr&#233;ateurs des lumi&#232;res et des costumes). &#201;videmment, je me sens plus familier d'une d&#233;marche de cr&#233;ation o&#249; tout est &#233;crit, ordonn&#233; et structur&#233; &#224; l'avance (quitte &#224; trouver ensuite quelques am&#233;liorations surprenantes en cours de route) que dans un projet d'&#034;&#233;laboration collective&#034; (collective mais non &#233;galitaire, je l'&#233;voquais plus haut) qui, &#224; mon sens, ressemble davantage au d&#233;sordre et au d&#233;s&#339;uvrement. Sans doute n'est-ce l&#224; qu'un reflet de ma personnalit&#233; psychorigide &#8212; du reste, je ne pense pas que le r&#233;sultat refl&#232;te (grand merci) le sentiment de d&#233;sordre qui a pr&#233;sid&#233;, en ce qui me concerne, &#224; son &#233;dification.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des &#034;droits&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma principale r&#233;ticence &#224; l'&#233;gard de ce spectacle, pour autant, n'est pas d'ordre esth&#233;tique, mais &#233;thique : alors que j'ai toujours eu pour &lt;a href='http://v.villenave.net/Entretiens-d-un-Libriste' class=&#034;spip_in&#034;&gt;principe&lt;/a&gt; de publier mes travaux sous licence libre, mon implication dans ce projet revient &#224; cautionner des travaux culturels sous le r&#233;gime (abusivement appel&#233; &#034;droit d'auteur&#034;) du &#034;tous droits r&#233;serv&#233;s&#034;, que je consid&#232;re &lt;a href='http://v.villenave.net/Des-auteurs-malades-de-leur-droit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;incompatible&lt;/a&gt; avec le fonctionnement sain d'une soci&#233;t&#233; &#233;clair&#233;e et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet &#8212; et ce n'est pas l&#224; la moindre de ses incoh&#233;rences &#8212; les auteurs de l'Oulipo, ce creuset d'inventivit&#233; irr&#233;v&#233;rencieuse et subversive, publient insouciamment &lt;strong&gt;tous&lt;/strong&gt; leurs &#233;crits sous un r&#233;gime &#034;tous droits r&#233;serv&#233;s&#034; archi-prot&#233;g&#233;, verrouill&#233;, jalousement gard&#233; &#8212; en g&#233;n&#233;ral par des &#233;diteurs-industriels aussi notoires qu'ignominieux. Ces auteurs de g&#233;nie qui ont tant fait pour montrer que le patrimoine litt&#233;raire est un gigantesque terrain de jeu o&#249; tout peut &#234;tre revisit&#233; et r&#233;invent&#233;, de &#034;proth&#232;se litt&#233;raire&#034; en &#034;plagiat par anticipation&#034;, ont &#224; l'&#233;gard de leur propre production une tache aveugle monumentale : bien mal en prendrait &#224; quiconque s'amuserait &#224; transformer leurs livres comme, par exemple, le faisait Georges Perec en r&#233;&#233;crivant la &lt;i&gt;Brise marine&lt;/i&gt; de Mallarm&#233; (qui n'&#233;tait alors pas encore entr&#233; dans le domaine public).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simple ignorance de leur part ? Voire. Il suffirait alors de parler avec les Oulipiens actuels pour obtenir d'eux (nonobstant les cors et cris de leurs &#233;diteurs, soci&#233;t&#233;s de gestion collective et autres ch&#339;urs des pleureuses) l'autorisation de faire usage de quelques-uns de leurs &#233;crits dans des &#339;uvres diffus&#233;es de fa&#231;on plus permissive ; ce projet de spectacle en &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l'occasion r&#234;v&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las : il s'av&#233;ra tr&#232;s t&#244;t qu'aucune remise en question de cet ordre ne serait envisag&#233;e par mes co&#233;quipiers ; les &#339;uvres concern&#233;es resteraient sagement dans l'escarcelle des soci&#233;t&#233;s de gestion collective, et la compagnie de th&#233;&#226;tre s'acquitterait bien sagement du &lt;i&gt;pizzo&lt;/i&gt; ponctionn&#233; sur les recettes de chaque repr&#233;sentation (environ 12% du montant r&#233;colt&#233;), cens&#233;ment en vue de &#034;r&#233;mun&#233;rer les auteurs&#034;... Alors m&#234;me que les quatre cinqui&#232;mes des num&#233;ros musicaux sont mis en musique (par moi-m&#234;me ou mon coll&#232;gue Mike Solomon) hors de toute soci&#233;t&#233; de perception, et de fa&#231;on purement b&#233;n&#233;vole. Non seulement c'est injuste (quoique de fa&#231;on tr&#232;s relative, dans la mesure o&#249; je ne saurais pr&#233;tendre qu'&#233;crire de la musique de vari&#233;t&#233; repr&#233;sente pour moi un effort intense et prolong&#233;), mais c'est surtout une d&#233;faite absolue de mon engagement militant, par lequel je tiens &#224; prouver qu'il est plus avantageux (et plus justifiable &#233;thiquement) d'&#234;tre pay&#233; &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, au moyen d'une commande, qu'&lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; par je ne sais quel pourcentage, royalty ou autre stock-option.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots &#224; ce sujet : il est de bon ton, dans beaucoup de compagnies th&#233;&#226;trales, d'&#233;vacuer la question de la r&#233;mun&#233;ration des contributeurs au moyen d'un vague &#034;tu seras pay&#233; en droits d'auteur&#034; &#8212; autant dire, les calendes grecques. N'importe quel musicien devrait, &#224; mon sens, s'insurger contre cette pratique, non seulement en ce qu'elle revient &#224; le prendre pour une truffe, mais aussi en ce qu'elle nie la valeur m&#234;me de son labeur : eh oui, inventer de la musique, cela demande du temps et du travail. L'on trouve tout &#224; fait normal d'investir (souvent &#224; perte) dans un d&#233;cor, dans des techniciens ou dans la location d'une salle (j'y reviens) : en quel nom devrait-il en &#234;tre autrement pour les travaux immat&#233;riels et intellectuels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'un auteur non-inf&#233;od&#233; aux soci&#233;t&#233;s de gestion collective, ce faux-semblant est soudain inop&#233;rant &#8212; et c'est l&#224; que tombent les masques : &lt;i&gt;non&lt;/i&gt;, bien s&#251;r, il n'a jamais &#233;t&#233; question de payer les musiciens ou les auteurs. En aucune fa&#231;on. En ce qui concerne le projet &lt;i&gt;Chant'Oulipo&lt;/i&gt;, j'ai m&#234;me sugg&#233;r&#233; que me soit pass&#233;e une commande d'un montant purement symbolique : il n'en a pas &#233;t&#233; question. (Seule compensation qui me fut offerte, et que j'aurais mauvaise gr&#226;ce &#224; ne pas appr&#233;cier : le privil&#232;ge et l'honneur d'&#234;tre moi-m&#234;me pr&#233;sent sur sc&#232;ne.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des sous&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma d&#233;faite act&#233;e et ent&#233;rin&#233;e, je m'engageai donc dans les travaux de construction du spectacle (dont nous avons vu qu'ils furent laborieux et d&#233;mesur&#233;ment longs : d'abord de janvier &#224; mars 2012 sous forme de tour de chant, puis de septembre 2012 &#224; mars 2013 pour le spectacle &#224; proprement parler), puis dans les repr&#233;sentations en province et &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis quelques repr&#233;sentations d&#251;ment command&#233;es et achet&#233;es (par des th&#233;&#226;tres subventionn&#233;s), nous &#233;tions pay&#233;s &#034;&#224; la recette&#034;, c'est-&#224;-dire en fonction du montant pay&#233; par l'ensemble des spectateurs &#224; la billetterie &#8212; ce qui encourage bien s&#251;r &#224; vendre les entr&#233;es au prix le plus &#233;lev&#233; possible. (Sans tenir compte, h&#233;las, des invitations &#8212; d'ailleurs accord&#233;es bien plus g&#233;n&#233;reusement aux &#034;programmateurs&#034; hypoth&#233;tiques qu'aux connaissances plus ou moins proches des interpr&#232;tes. Mais &#224; part &#231;a, l'Art cr&#233;e du lien social.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce montant, une part (proportionnelle ou fixe, d'environ 400&#8364; dans notre cas) va aux tenanciers du lieu et couvre, le cas &#233;ch&#233;ant des frais annexes : r&#233;mun&#233;ration du r&#233;gisseur local, de la personne charg&#233;e de la billetterie (lorsqu'il y en a une, ce qui n'&#233;tait pas le cas ici) ; 12%, nous l'avons vu, sont destin&#233;s aux soci&#233;t&#233;s de gestions collectives (et, tr&#232;s lointainement et indirectement, &#224; quelques-uns des &#034;auteurs&#034; du spectacle, de fa&#231;on parfaitement arbitraire) ; le reste est vaguement destin&#233; &#224; payer les personnes pr&#233;sentes sur sc&#232;ne, ou plus souvent &#224; &#233;ponger les dettes contract&#233;es par la compagnie lors de l'achat du d&#233;cor et des costumes, des repr&#233;sentations &#224; pertes, des supports promotionnels imprim&#233;s et vid&#233;o, et ainsi de suite &#8212; j'ignore, pour n'avoir jamais os&#233; le demander, combien de milliers d'euros ont &#233;t&#233; perdus par Jehanne Carillon dans ce projet ; je dois reconna&#238;tre qu'elle n'a jamais paru le regretter. En fin de compte, nous avons jou&#233; b&#233;n&#233;volement (ou pour une r&#233;mun&#233;ration parfaitement symbolique) la tr&#232;s grande majorit&#233; du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions peuvent para&#238;tre drastiques ; elles refl&#232;tent pourtant la condition d'artiste de sc&#232;ne en France aujourd'hui, quoi que vous puissiez lire ou entendre. Le fameux &#034;r&#233;gime des intermittents&#034;, ce privil&#232;ge si d&#233;cri&#233; ? Voici la r&#233;alit&#233; : sur une quarantaine de repr&#233;sentations, mes coll&#232;gues ont eu moins d'une dizaine de cachets d&#233;clar&#233;s (dont seulement deux ou trois sur notre derni&#232;re s&#233;rie de 25 repr&#233;sentations). Du reste, le seul moyen d'avoir &#034;ses heures&#034; pour la plupart des intermittents aujourd'hui, est d'aligner des heures de cours ou d'ateliers, de red&#233;couper des s&#233;ries de repr&#233;sentations afin d'en faire des cachets isol&#233;s, etc. Le reste du temps est consacr&#233; aux d&#233;marches de &#034;demandeur d'emploi&#034; et autres proc&#233;dures d&#233;lib&#233;r&#233;ment humiliantes d'&#034;insertion dans la soci&#233;t&#233;&#034;. J'ajouterai ici que je ne suis pas intermittent du spectacle et n'ai aucune intention de l'&#234;tre ; je ne monte sur sc&#232;ne que par go&#251;t, par loisir et pour ma propre &#233;volution artistique (c'est un grand mot), et ai renonc&#233; depuis longtemps &#224; survivre de mes activit&#233;s sc&#233;niques ou scripturales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des conditions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toujours histoire de remettre certaines pendules &#224; l'heure, l'on me permettra de passer une deuxi&#232;me couche de r&#233;alisme social. Comme la plupart des th&#233;&#226;tres priv&#233;s, le lieu dans lequel nous nous produisions accueillait deux ou trois (voire quatre le week-end) spectacles par soir ; une seule pi&#232;ce permettait aux uns et aux autres de se changer et de ranger leurs d&#233;cors &#224; toute allure, le hall et les toilettes &#233;tant partag&#233;s avec le public (ou plus exactement les publics, ceux qui sortent et ceux qui font la queue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me chargeant en g&#233;n&#233;ral de la corv&#233;e de vaisselle, il n'&#233;tait pas rare que je sorte vingt minutes apr&#232;s le d&#233;part de mes co&#233;quipiers (que je ne croisais plus, n'ayant gu&#232;re de go&#251;t pour aller boire un canon ou manger un couscous au bar du coin). De telles conditions, s'ajoutant &#224; des d&#233;saccords artistiques jamais r&#233;solus, n'aident gu&#232;re &#224; garder des rapports d&#233;tendus et cordiaux ; pas question, notamment, d'aller &#224; la rencontre du public apr&#232;s les repr&#233;sentations plut&#244;t que d'aider les camarades &#224; d&#233;monter le d&#233;cor (sous peine de se faire tancer par lesdits camarades). Je ne parle pas ici d'un penchant narcissique pour les bains de foule, mais d'une curiosit&#233; naturelle, voire d'une simple pr&#233;caution (le hall et ce que j'y entreposai, piles de partitions et tirelire, &#233;tant laiss&#233;s sans surveillance en l'absence de r&#233;ceptionniste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, c'est bien connu, l'Art cr&#233;e du lien social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des captations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors de la reprise du spectacle d&#233;but 2015, je fus frapp&#233; du fait que le r&#233;gisseur de la salle avait pour habitude (pour consigne ?) d'annoncer avant chaque repr&#233;sentation, face au public, que les enregistrements du spectacle &#233;taient interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette disposition m'inspire des sentiments ambivalents : certes, tout artiste de sc&#232;ne est sujet &#224; &#034;des jours sans&#034; et peut l&#233;gitimement craindre de se retrouver un jour pi&#233;g&#233;, fig&#233; par la captation des pitoyables al&#233;as d'une repr&#233;sentation particuli&#232;rement rat&#233;es, et donn&#233; ainsi en p&#226;ture au monde entier (ou tout au moins &#224; la meute des commentateurs de YouTube). M&#234;me sans pr&#233;juger de la qualit&#233; du jeu de l'interpr&#232;te, les conditions m&#234;me d'un enregistrement m&#233;diocre sont de nature &#224; desservir &#233;pouvantablement ce qui y est pr&#233;sent&#233;. Il existe cependant un rem&#232;de simple, m&#234;me s'il requiert un investissement modique : mettez &lt;i&gt;vous-m&#234;me&lt;/i&gt; en ligne une captation vid&#233;o que vous estimerez d'une qualit&#233; passable (que vous l'estampillez ou non comme officielle, et quels que soient ses moyens de production), et le public s'y r&#233;f&#232;rera naturellement. Les seules situations o&#249; pourrait se propager une vid&#233;o artisanale sont celles o&#249; il n'existe aucune source meilleure accessible librement... et celles, &#233;ventuellement, o&#249; ce qui est repr&#233;sent&#233; est suffisamment marquant pour &#233;mouvoir (ou amuser) au-del&#224; d'un simple cercle d'amis. Si tel est le cas, assumez votre talent (ou votre ridicule) : apr&#232;s tout, c'est vous qui avez fait le choix de vous pr&#233;senter devant un public en premier lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; : en notre p&#233;riode o&#249; n'importe qui est &#224; m&#234;me de filmer n'importe qui, la question du soi-disant &#034;droit &#224; l'image&#034; pr&#234;te &#224; tous les exc&#232;s &#8212; y compris dans le sens de la r&#233;pression hyst&#233;rique et des paniques morales. La totale m&#233;connaissance du public pour les aspects juridiques de la question n'a d'&#233;gal que son m&#233;pris pour la moindre d&#233;cence, sans m&#234;me parler d'&#233;thique &#8212; je ne saurais compter les fois o&#249; des &#233;l&#232;ves ou leurs parents filment mes cours sans se soucier le moins du monde de ce que cela implique. Or quelqu'un qui fait le choix de prendre la parole dans un cadre public, sinon m&#234;me de devenir un &lt;i&gt;personnage public&lt;/i&gt; &#224; part enti&#232;re, ne saurait &#224; mon sens pr&#233;tendre &#224; aucune l&#233;gitimit&#233; pour interdire &#224; ses contemporains de diffuser son image. C'est pour moi un non-d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;connaissance juridique et panique morale se rejoignent &#233;galement, bien s&#251;r, dans tout ce qui concerne la (tr&#232;s mal nomm&#233;e) &#034;propri&#233;t&#233; litt&#233;raire et artistique&#034;. Outre les questions de narcissisme d&#233;guis&#233;es en &#034;droit &#224; l'image&#034;, la reproductibilit&#233; (du reste tr&#232;s imparfaite lorsqu'il s'agit d'une repr&#233;sentation sc&#233;nique) des &#339;uvres d'art se voit assimil&#233;e &#224; du parasitisme commercial et du d&#233;lit de contrefa&#231;on. Le r&#233;gime du soi-disant droit d'auteur r&#232;gne par la terreur, et met &#224; bas, tranquillement, quelques piliers d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique saine et digne de ce nom ; il ne s'agit m&#234;me pas, en l'occurrence, d'une &#034;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Permission_culture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;culture de la permission&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&#034; mais tout simplement d'une culture de l'interdit : je ne laisse pas d'&#234;tre surpris qu'aucun spectateur ne s'offusque de se voir accueillir dans un th&#233;&#226;tre (ayant d&#251;ment pay&#233; sa place ou non, ce n'est m&#234;me pas la question) par une liste de consignes plus ou moins arbitraires. Il ne s'agit m&#234;me pas de rappeler des r&#232;gles de savoir-vivre telles que de ne pas faire de bruit (ce qui en soi est d&#233;j&#224; infantilisant, quoique malheureusement n&#233;cessaire), mais d'&#233;dits autoritaires d&#233;pourvus du moindre fondement &#233;thique ou l&#233;gal. (La m&#234;me remarque pourrait s'appliquer &#224; l'interdiction de prendre des photos dans les mus&#233;es, dont tout aussi peu de citoyens semblent s'&#233;tonner.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier geste fut donc, sous le regard narquois de mes coll&#232;gues, de r&#233;diger &#224; l'intention du r&#233;gisseur, une nouvelle annonce : &#034;&lt;i&gt;Dans un souci de civilit&#233;, nous vous prions de ne pas enregistrer cette repr&#233;sentation sans y &#234;tre autoris&#233;(e) par les interpr&#232;tes.&lt;/i&gt;&#034; Cette formulation me semble reformuler la chose sous un angle bien moins g&#234;nant, tant juridiquement qu'&#233;thiquement. Elle prend &#233;videmment une signification accrue lorsqu'il s'agit d'un spectacle m&#234;lant des composantes Libres et non-Libres : en effet, interdire purement et simplement la captation (reproduction, diffusion) d'une &#339;uvre publi&#233;e sous licence Libre, constitue une violation de sa licence &#8212; en d'autres termes, c'est un d&#233;lit de contrefa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'exp&#233;rience&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du reste, nous &#233;tions d&#233;j&#224; en pleine violation de licence &#224; plus d'un titre : la plus &#233;l&#233;mentaire des clauses, partag&#233;e par &lt;a href=&#034;http://sam.zoy.org/lprab/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; peu pr&#232;s&lt;/a&gt; par toutes les licences, est de mentionner, &#224; chaque utilisation ou pr&#233;sentation de l'&#339;uvre, le &lt;i&gt;nom&lt;/i&gt; de la licence elle-m&#234;me, afin que le public puisse s'y r&#233;f&#233;rer. Certaines licences sont davantage contraignantes : la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_de_documentation_libre_GNU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;GNU FDL&lt;/a&gt;, notoirement, requiert que l'on adjoigne le texte int&#233;gral de la licence &#224; toute copie de l'&#339;uvre (c'est du plus bel effet dans les &lt;a href='http://v.villenave.net/Au-fait-ils-font-quoi-les-jeunes-sur-le-Web' class=&#034;spip_in&#034;&gt;rapports administratifs&lt;/a&gt;). Il y a une petite dizaine d'ann&#233;es, alors que j'envisageais de publier mon &lt;a href='http://v.villenave.net/-Opera-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premier op&#233;ra&lt;/a&gt; sous licence , Richard Stallman m'avait sugg&#233;r&#233; que les ouvreuses (voire, les chanteurs eux-m&#234;me) se baladent dans le public avant les repr&#233;sentations avec des paniers remplis de CD-roms, mis &#224; disposition des spectateurs qui souhaiteraient consulter le code source de l'&#339;uvre et le texte de la licence...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en repensant &#224; cette anecdote que j'annon&#231;ai &#224; mes coll&#232;gues (sans vraiment leur en demander la permission, ce dont il me fut peut-&#234;tre tenu rigueur) mon intention, &#224; titre exp&#233;rimental, de tenir &#224; disposition du public, &#224; la sortie de chaque repr&#233;sentation, quelques exemplaires imprim&#233;s des chansons &#233;crites par moi pour le spectacle. Dor&#233;navant, outre l'annonce du r&#233;gisseur les pr&#233;c&#233;dant, j'allais m'adresser au public &#224; l'issue de chaque repr&#233;sentation pour dire : &#034;&lt;i&gt;Beaucoup de chansons que vous avez entendues ce soir sont mises en musique sous licence Libre, ce qui signifie que vous pouvez en consulter la partition, la copier, la jouer, la r&#233;inventer ; ces partitions sont disponibles sur le Web, mais il s'en trouve &#233;galement quelques exemplaires &#224; la sortie de cette salle, &#224; votre disposition pour la somme de... votre choix ; je vous propose juste de ne pas descendre en-dessous de z&#233;ro euros.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, &#224; la sortie de la salle (le plus souvent laiss&#233;e sans surveillance, puisque nous n'avions pas d'ouvreuse dans ce th&#233;&#226;tre), se trouvaient une petite pile d'exemplaires imprim&#233;s (d'une cinquantaine de pages), flanqu&#233;s d'un papier indiquant le nom de la licence (&lt;a href=&#034;http://artlibre.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Art Libre&lt;/a&gt; en l'occurrence) et ses conditions les plus marquantes, et une petite bo&#238;te ou urne (ou tronc ?) destin&#233;e &#224; recueillir les &#233;ventuels dons des spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, comme dans toute forme artistique composite et polygraphe (o&#249; s'entrem&#234;lent, en l'occurrence, texte et musiques), le statut juridique du r&#233;sultat &#034;final&#034; est sujet &#224; question, particuli&#232;rement lorsque s'ajoutent ou se retranchent des r&#233;gimes incompatibles. Les textes, nous l'avons vu, ne sont ni de moi ni publi&#233;s sous licence Libre ; ils figurent dans le spectacle au moyen d'une autorisation (grassement) pay&#233;e &#224; une soci&#233;t&#233; de gestion collective, qui se substitue aux auteurs pour accorder ou non des autorisations d'exploitation. (Cette m&#234;me soci&#233;t&#233; ne voit aucun inconv&#233;nient, nous l'avons &#233;voqu&#233;, &#224; r&#233;clamer la m&#234;me somme que le spectacle soit enti&#232;rement &#233;crit par un de ses soci&#233;taire ou soit presque enti&#232;rement mis en musique en-dehors de ses griffes &#8212; mais c'est un autre probl&#232;me.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reproduis ici la &lt;a href=&#034;http://git.savannah.gnu.org/cgit/opus-libre.git/tree/scores/oumupo/chansons/00_textes.ly?h=oumupo#n120&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;notice de copyright&lt;/a&gt; du recueil :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;precode&#034;&gt;&lt;pre class='spip_code spip_code_block' dir='ltr' style='text-align:left;'&gt;&lt;code&gt;Textes d'origine : Jacques Roubaud, Fran&#231;ois Caradec, Olivier Salon, Herv&#233; Le Tellier, Fr&#233;d&#233;ric Forte, Paul Fournel, Jacques Jouet, et Ian Monk. Ces textes ont &#233;t&#233; r&#233;unis ou r&#233;dig&#233;s dans le cadre du spectacle &#034;Chant'Oulipo&#034; (http://chantoulipo.net) sur une id&#233;e de Jehanne Carillon et dans une mise en sc&#232;ne de Laurent Gutmann. Ils sont ici mis en musique et utilis&#233;s avec l'aimable autorisation de leurs auteurs, tous membres de l'Oulipo (http://oulipo.net). Les &#034;Sardinosaures &amp; compagnie&#034; sont un recueil de Jacques Roubaud et Olivier Salon, publi&#233; en 2008 aux &#233;ditions Les mille univers. Mise en musique :&#034; Copyright &amp; copyleft &#169; Valentin Villenave, 2012 pour la mise en musique. Les chansons &#171; D&#233;but &#187; et &#171; Quand je pense &#187; sont mises en musique par Mike Solomon (http://mikesolomon.org), de l'Oumupo. Les textes contenus dans cette partition restent propri&#233;t&#233; de leurs auteurs, pour lesquels tous droits demeurent r&#233;serv&#233;s. La musique est en revanche publi&#233;e suivant les termes de la licence Art Libre (http://artlibre.org). Vous pouvez la copier, la modifier et la jouer librement sans contrevenir au droit d'auteur, &#224; condition de respecter les termes de la licence (notamment en veillant &#224; mentionner le nom des auteurs et adresses web d'origine). Pour obtenir une partition enti&#232;rement sous licence Libre, veuillez recompiler la partition avec l'option 'untainted, ce qui aura pour effet de remplacer tous les mots du texte d'origine par des syllabes al&#233;atoires (par d&#233;faut &#171;pa&#187;, &#171;ta&#187; et &#171;touille&#187;). La partition ainsi produite pourra &#234;tre diffus&#233;e librement, sans autres restrictions que celles indiqu&#233;es par sa licence.&lt;/code&gt;&lt;/pre&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour tenter de r&#233;capituler la situation juridique dans laquelle je me place :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; je ne crois pas contrevenir au droit moral des auteurs, puisque j'indique tr&#232;s clairement l'attribution et le r&#233;gime juridique des textes (voir ci-dessous).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'il en a fourni la motivation originelle, le texte n'est pas indispensable &#224; la partition ; pour preuve, je suis en mesure de distribuer ais&#233;ment la m&#234;me partition en rempla&#231;ant toutes les paroles par du pseudo-texte (c'est d'ailleurs ce que j'aurais fait si l'un des auteurs m'avait interdit de reproduire ses textes : zou, on met du &#034;pa ta touille&#034; &#224; la place et ce sera tout aussi int&#233;ressant).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il me semble pouvoir me pr&#233;valoir de l'autorisation explicite des auteurs, ce spectacle ayant &#233;t&#233; mont&#233; avec leur approbation (ils y ont assist&#233; pour la plupart), autorisation dont j'ai m&#234;me demand&#233; moi-m&#234;me confirmation en les contactant directement lorsque j'ai publi&#233; la partition de ces chansons.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en droit fran&#231;ais, l'auteur est enti&#232;rement souverain &#8212; ce qu'oublient volontiers les soci&#233;t&#233;s de gestion collective. Une autorisation directe de l'auteur peut peut-&#234;tre mettre ce dernier en difficult&#233; vis-&#224;-vis des termes contractuels le liant &#224; son &#233;diteur ou &#224; sa soci&#233;t&#233; de gestion collective, mais dans ce cas notons que &lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; c'est &lt;u&gt;leur&lt;/u&gt; probl&#232;me, pas le mien ; &lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; violer un contrat n'est pas violer la loi &lt;i&gt;c)&lt;/i&gt; il pourrait &#234;tre argu&#233; (je suis pr&#234;t &#224; le faire) de ce que les termes en question sont de toute fa&#231;on abusifs et devraient &#234;tre r&#233;put&#233;s non avenus.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, ma d&#233;marche constitue-t-elle une exploitation commerciale ? Ce point m&#233;rite d'&#234;tre discut&#233; plus en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du commerce ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition juridique d'un acte commercial, en droit fran&#231;ais, est indissociable de l'activit&#233; (habituelle, voire professionnelle) d'un commer&#231;ant. Il n'y a donc pas, en l'esp&#232;ce, d'acte de commerce &#224; proprement parler, et le stock de partitions que j'ai fait imprimer (j'y reviens) ne constitue pas un fonds de commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais allons plus loin : l'argent recueilli au cours de cette op&#233;ration, que signifie-t-il ? S'agit-il de vente, ou de don ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; strictement parler, il s'agit effectivement de vente puisque dans la fa&#231;on dont je le pr&#233;sente au public, le bien est obtenu par le public en contrepartie d'un paiement &#8212; paiement pouvant &#234;tre d'un montant nul ou purement symbolique. Mais pr&#233;cis&#233;ment, le fait que ce paiement soit d'un montant non fix&#233; (en tout cas, non fix&#233; a priori et non d&#233;termin&#233; par le vendeur) et potentiellement nul, montre que l'acc&#232;s au bien n'est en fait &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; subordonn&#233; &#224; une transaction num&#233;raire &#8212; crit&#232;re qui me semble constitutif de la vente. Qu'en est-il ? Je laisserai &#224; de v&#233;ritables juristes le soin de trancher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s curieusement, les personnes &#224; qui j'ai fait part de ce questionnement ont invariablement r&#233;agi par une hostilit&#233; narquoise, me soup&#231;onnant de couper les cheveux en quatre en toute mauvaise foi pour faire oublier la motivation perfidement mercantile de l'op&#233;ration. Il n'en est rien &#8212; et le fait m&#234;me que j'aie pris soin, contrairement &#224; ce que d'aucuns me conseillaient (parfois les m&#234;mes, allez comprendre), de ne pas exiger du public un montant minimum, devrait suffire &#224; attester de ma bonne foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s inattendu (quoique tr&#232;s relatif, comme nous le verrons) de cette initiative, ne fut pas sans susciter quelques haussements de sourcil parmi mes coll&#232;gues &#8212; particuli&#232;rement lorsque les &#034;ventes&#034; de partitions s'av&#233;r&#232;rent d&#233;gager davantage de b&#233;n&#233;fices que la billetterie, nettement d&#233;ficitaire en regard des frais exig&#233;s par le tenancier de la salle. Dans une volont&#233;, l&#224; encore, de prouver que ma d&#233;marche n'&#233;tait pas sous-tendue de v&#233;nalit&#233; &#233;go&#239;ste, j'offris d'aider &#224; combler les dettes de la compagnie &#8212; dans l'hypoth&#232;se o&#249; je d&#233;gagerais un b&#233;n&#233;fice notable. Je n'aurais pas &#233;t&#233; dispos&#233;, en revanche, &#224; verser une part aux auteurs des textes mis en musique &#8212; moins parce que je m'oppose, par principe, aux rentes et autres droits &#034;de suite&#034;, que par volont&#233; de r&#233;-&#233;quilibrer le rapport de forces socio-&#233;conomique : nous nous trouvons dans un syst&#232;me qui fait tout pour encourager les auteurs &#224; s'assujettir aux soci&#233;t&#233;s de gestion collective et laisse les autres dans le d&#233;nuement le plus ostensible ; me retrouvant (bien malgr&#233; moi) dans la seconde de ces deux cat&#233;gories, je n'ai pas la moindre envie de porter assistance aux idiots utiles du &#034;camp&#034; d'en face, b&#233;atement lov&#233;s qu'ils sont dans leur cocon (pensent-ils) protecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ne nous y m&#233;prenons pas : si je l'expose de la fa&#231;on la plus rationnelle et impartiale qui me soit possible, ma d&#233;marche n'en est pas moins un acte militant. C'est pourquoi il aurait &#233;t&#233; inconcevable pour moi de supprimer enti&#232;rement l'aspect mon&#233;taire de l'exp&#233;rience, en me comptant d'offrir les partitions sans contrepartie (encore que je m'y retrouvai parfois pouss&#233;, nous le verrons). Le but de l'exp&#233;rience &#233;tait &lt;i&gt;pr&#233;cis&#233;ment&lt;/i&gt; d'&#233;tablir la viabilit&#233;, y compris financi&#232;re, d'un mod&#232;le alternatif de distribution artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le, d'ailleurs, n'a plus rien de nouveau aujourd'hui : depuis une d&#233;cennie, le mod&#232;le &#034;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Pay_what_you_want&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;pay what you want&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&#034; s'est largement r&#233;pandu sur le Web, au point de devenir une tarte-&#224;-la-cr&#232;me des campagnes de diffusion branchouilles-2.0-contributives-truc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est pr&#233;cis&#233;ment ici qu'un web-journaliste plus ou moins abruti ajouterait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pr&#233;cis&#233;ment de l&#224; que germe l'objection qui lui est g&#233;n&#233;ralement adress&#233;e : on sait que ce mod&#232;le fonctionne tr&#232;s bien lorsqu'il s'adresse &#224; une client&#232;le &lt;i&gt;d&#233;j&#224; constitu&#233;e&lt;/i&gt;, formant un groupe sociologique assez uniforme (CSP+ tertiaris&#233;es, classes moyennes sup&#233;rieures urbaines blanches) m&#251; par des dynamiques communautaires &#8212; en d'autres termes, une &lt;a href=&#034;http://www.urbandictionary.com/define.php?term=Fanbase&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;fanbase&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Mon propos &#233;tait donc de montrer l'applicabilit&#233; (ou non) de ces sch&#233;mas dans un cadre mat&#233;riel, et aupr&#232;s d'un public (en partie) sociologiquement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit (et comme l'illustrent les quelques chiffres que je fournirai ci-dessous), l'exp&#233;rience telle que je l'ai men&#233;e est rest&#233;e confin&#233;e dans une &#034;micro-&#233;conomie informelle&#034;. La faible envergure des b&#233;n&#233;fices d&#233;gag&#233;s (mais n'anticipons pas) a suffi &#224; calmer les &#233;ventuelles aigreurs ayant pu accompagner mon initiative... et je dois avouer ne pas avoir &#233;prouv&#233; le besoin de d&#233;clarer &#224; l'administration fiscale cette source de revenus &#8212; du reste parfaitement n&#233;gligeable. Moins par volont&#233; de dissimulation que par simple flemme ; je ne ferais sans doute pas un bon blanchisseur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des chiffres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici maintenant quelques donn&#233;es pr&#233;cises, recueillies au long de l'exp&#233;rience. Commen&#231;ons par le co&#251;t de fabrication des exemplaires &#8212; lequel n'inclue pas le temps que j'ai consacr&#233; &#224; &#233;crire, puis &#233;diter et r&#233;-arranger les chansons, ainsi qu'&#224; les accompagner de quelques commentaires. Le document fut imprim&#233; dans un &lt;i&gt;copy-shop&lt;/i&gt; de mon quartier, avec une couverture en &#034;couleur&#034; suivie d'une cinquantaines de pages format A4 recto-verso, ainsi qu'une reliure en plastique bon march&#233; (quoique relativement atroce).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon &#224; peu pr&#232;s certitude que la musique &#233;crite n'int&#233;resserait pas grand monde (divergeant en cela de mes acolytes, pour qui il ne faisait aucun doute qu'elle n'int&#233;resserait absolument personne), je commen&#231;ai par faire imprimer six exemplaires ; puis quelques jours plus tard, me ravisant, j'allai jusqu'&#224; vingt (ce serait largement suffisant, me dis-je, pour un mois et demi de repr&#233;sentations). Finalement, je revins encore dans la petite boutique pour en imprimer plusieurs dizaines suppl&#233;mentaires, allant jusqu'&#224; un total de 130 exemplaires. Apr&#232;s avoir d&#233;bours&#233; sept euros par exemplaire, le prix descendit au-dessous de cinq.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;caption&gt;Fabrication&lt;/caption&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='ida195_c0'&gt; Exemplaires &lt;/th&gt;&lt;th id='ida195_c1'&gt; Co&#251;t par exemplaire &lt;/th&gt;&lt;th id='ida195_c2'&gt; Co&#251;t global &lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ida195_c0'&gt;6&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ida195_c1'&gt;7&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric point' headers='ida195_c2'&gt;42&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='ida195_c0'&gt;14&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ida195_c1'&gt;6&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric point' headers='ida195_c2'&gt;84&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ida195_c0'&gt;30&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ida195_c1'&gt;4.7&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric point' headers='ida195_c2'&gt;141&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='ida195_c0'&gt;50&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ida195_c1'&gt;4.65&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric point' headers='ida195_c2'&gt;232.5&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='ida195_c0'&gt;30&lt;/td&gt;
&lt;td headers='ida195_c1'&gt;4.7&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric point' headers='ida195_c2'&gt;141&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td colspan='2' headers='ida195_c0'&gt;Total : 130&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric point' headers='ida195_c2'&gt;640.5&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;La somme recueillie n'est pas toujours corr&#233;l&#233;e avec le nombre d'exemplaires emport&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;||Revenus||&lt;br class='autobr' /&gt;
|&lt;strong&gt;Date&lt;/strong&gt;|&lt;strong&gt;Exemplaires&lt;/strong&gt;|&lt;strong&gt;Somme recueillie&lt;/strong&gt;|&lt;br class='autobr' /&gt;
|08 janvier|1|20|&lt;br class='autobr' /&gt;
|09 janvier|2|30|&lt;br class='autobr' /&gt;
|11 janvier|1|20|&lt;br class='autobr' /&gt;
|15 janvier|2|25|&lt;br class='autobr' /&gt;
|16 janvier|1|5|&lt;br class='autobr' /&gt;
|17 janvier|3|45|&lt;br class='autobr' /&gt;
|18 janvier|6|4|&lt;br class='autobr' /&gt;
|22 janvier|3|34.2|&lt;br class='autobr' /&gt;
|23 janvier|8|35|&lt;br class='autobr' /&gt;
|24 janvier|4|37|&lt;br class='autobr' /&gt;
|25 janvier|11|59.13|&lt;br class='autobr' /&gt;
|29 janvier|4|23|&lt;br class='autobr' /&gt;
|30 janvier|2|12.2|&lt;br class='autobr' /&gt;
|31 janvier|2|8|&lt;br class='autobr' /&gt;
|01 f&#233;vrier|4|21.2|&lt;br class='autobr' /&gt;
|05 f&#233;vrier|1|5|&lt;br class='autobr' /&gt;
|06 f&#233;vrier|1|9|&lt;br class='autobr' /&gt;
|07 f&#233;vrier|7|49|&lt;br class='autobr' /&gt;
|08 f&#233;vrier|5|6.4|&lt;br class='autobr' /&gt;
|12 f&#233;vrier|7|50.9|&lt;br class='autobr' /&gt;
|13 f&#233;vrier|8|67|&lt;br class='autobr' /&gt;
|14 f&#233;vrier|12|59|&lt;br class='autobr' /&gt;
|15 f&#233;vrier|7|36|&lt;br class='autobr' /&gt;
|Total : 102|&lt;span class='ressource'&gt;&lt;|661.03| &lt;br /&gt;Pour&gt;&lt;/span&gt;
article238]) et augmenta de fa&#231;on visible quoiqu'irr&#233;guli&#232;re (la derni&#232;re semaine, si mes souvenirs sont bons, allait de 80 spectateurs &#224;... moins de 20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, une derni&#232;re s&#233;rie de chiffres doit &#234;tre prise en compte : les exemplaires que j'ai moi-m&#234;me offerts gracieusement (comme on dit) lors de rencontres fortuites en coulisses. &#192; tel de mes co&#233;quipiers, &#224; la fille d'un autre acolyte ou d'un commanditaire, &#224; deux spectateurs anonymes et &#224; des &#233;l&#232;ves d'&#233;cole primaire. Aux sept ou huit exemplaires que distribuai ainsi, s'en ajout&#232;rent vingt que j'apportai lors d'une repr&#233;sentation &#224; l'Op&#233;ra de Clermont-Ferrand. Mes coll&#232;gues m'avaient invit&#233; &#224; ne pas solliciter de dons lors de cette repr&#233;sentation, de crainte que cela ne revienne &#224; d&#233;tourner une structure &#224; vocation publique dans un but commercial priv&#233; ; je ne suis pas insensible &#224; cet argument mais il faudrait alors s'interroger sur la l&#233;gitimit&#233; qu'il y a &#224; faire payer les spectateurs... et, puisqu'on parle de d&#233;tournement, &#224; consacrer une partie des recettes &#224; arroser des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es de gestion collective (sous pr&#233;texte de &#034;r&#233;mun&#233;rer les auteurs&#034;). Par altruisme autant que par bravade, je choisis donc de descendre dans le hall et de remettre mes exemplaires &#224; qui en voudrait bien &#8212; naturellement, il ne fallut pas cinq minutes pour que la vingtaine de copies en ma possession disparaisse, notamment au profit d'une horde de lyc&#233;ens qui avaient pass&#233; la premi&#232;re moiti&#233; du spectacle pench&#233; sur des &#233;crans d'iPhones, et la deuxi&#232;me moiti&#233; debout sur les si&#232;ges pour applaudir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_826 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/ods/Donnees_chantoulipo_2015.ods' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='OpenDocument Spreadsheet - 16.9 kio' type=&#034;application/vnd.oasis.opendocument.spreadsheet&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/ods-51ec6.svg?1772312306' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Donn&#233;es brutes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des conclusions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es regroup&#233;es ici, particuli&#232;rement si on les rapporte aux estimations de fr&#233;quentation, mettent en &#233;vidence une diminution progressive du montant moyen par exemplaire, en rapport inverse avec l'augmentation du succ&#232;s : l'hypoth&#232;se que je propose (outre la possibilit&#233;, av&#233;r&#233;e quoique marginale, que plusieurs spectateurs soient revenus voir le spectacle et n'aient donc plus besoin de partition) est qu'au fil des repr&#233;sentations nous avons attir&#233; un public plus large mais de ce fait moins investi &#224; titre personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es font &#233;galement appara&#238;tre quelques aberrations : le dimanche 18 janvier o&#249; quelqu'un a manifestement tap&#233; dans la caisse (en l'absence, encore une fois, de toute surveillance), ainsi que le 8 f&#233;vrier o&#249; quelqu'un s'est, selon toute vraisemblance, saisi de plusieurs exemplaires sans contrepartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres facteurs, moins pr&#233;visibles, ont jou&#233; un r&#244;le observable : ainsi, lorsque je rempla&#231;ai la petite bo&#238;te en fa&#239;ence ouverte &#224; tous les vents par une urne opaque (confectionn&#233;e par ma femme), le montant donn&#233; par les gens a accus&#233; une nette diminution... Par ailleurs, j'ai eu l'occasion de constater que lorsque je me trouvais moi-m&#234;me derri&#232;re la pile de partition (davantage, comme nous l'avons vu, dans un souci de surveillance que pour serrer les paluches), les partitions (et le don) suscitaient un int&#233;r&#234;t nettement moindre. Je ne saurais gu&#232;re expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne, mais je me demande si une corr&#233;lation analogue (ou plus probablement, inverse) serait observable si j'avais laiss&#233; &#224; quelqu'un d'autre que moi le soin d'annoncer, &#224; la suite des repr&#233;sentations, la possibilit&#233; de consulter et emporter les partitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ces al&#233;as (et des exemplaires que j'ai offerts en-dehors de tout dispositif d'incitation au don), le &#034;b&#233;n&#233;fice&#034; d&#233;gag&#233; s'&#233;l&#232;ve &#224;... 20 euros et 53 centimes. Si j'en excluais les exemplaires offerts et les actes de malveillance ayant pu affecter l'exp&#233;rience, la balance totale atteindrait probablement 300 voire 400 euros. Pour peu que j'aie fait imprimer les exemplaires d'un seul bloc en premier lieu (ou que je sois parvenu &#224; r&#233;duire le co&#251;t de fabrication d'une mani&#232;re ou d'une autre), il n'aurait pas &#233;t&#233; difficile d'obtenir 100 ou 150 euros de plus (du reste, je doute que beaucoup de gens aient imagin&#233; que le co&#251;t de fabrication de l'objet pouvait &#234;tre aussi &#233;lev&#233;). Dans cette hypoth&#232;se la plus haute, il n'est pas difficile, alors, de r&#233;aliser que la somme recueillie aupr&#232;s du public &lt;i&gt;sans la moindre contrainte&lt;/i&gt; d&#233;passerait largement celle qu'aurait l&#233;galement pu extorquer n'importe quelle soci&#233;t&#233; priv&#233;e de soi-disant &#034;droits d'auteur&#034;, et qu'auraient alors hypoth&#233;tiquement pu recevoir (sous r&#233;serve d'un d&#233;lai d'attente, d'un calcul de r&#233;partition au doigt mouill&#233; et autres alchimies arbitraires) lesdits auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons, de surcro&#238;t, que cette exp&#233;rience ne s'est pas &lt;i&gt;substitu&#233;e&lt;/i&gt; au syst&#232;me traditionnel ; elle s'y est &lt;i&gt;ajout&#233;e&lt;/i&gt;, et subit ainsi le handicap dont est afflig&#233; tout le milieu des licences Libres : au lieu de construire un monde moins contraignant comme nous y invitent nos id&#233;aux, nous ne faisons souvent que superposer nos propres contraintes &#224; celles, iniques, que disposent les lois. En l'occurrence, les spectateurs qui ont g&#233;n&#233;reusement offert 15 ou 20 euros en contrepartie d'un bien culturel auquel ils avaient de toute fa&#231;on acc&#232;s, avaient &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; d&#251; d&#233;bourser 18 euros pour assister au spectacle. La &lt;i&gt;v&#233;ritable&lt;/i&gt; exp&#233;rience, celle qui reste &#224; mener, aurait &#233;t&#233; de ne pas faire payer l'entr&#233;e, ou tout au moins d'en d&#233;duire la fraction soi-disant attribu&#233;e &#224; la soi-disant r&#233;mun&#233;ration des soi-disant &#034;droits d'auteur&#034; ; de ce point de vue, l'op&#233;ration &lt;i&gt;Chant'Oulipo&lt;/i&gt; restera une occasion manqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est &#233;videmment pas une martingale, le mod&#232;le de paiement/don purement volontaire (&lt;i&gt;pay what you want&lt;/i&gt;) n'en finit plus de prouver sa viabilit&#233; &#233;conomique &#8212; et pas seulement dans le domaine des biens culturels num&#233;ris&#233;s : tous les artistes de sc&#232;ne qui jouent &#034;au chapeau&#034;, d'une certaine fa&#231;on, mettent en &#339;uvre ce m&#233;canisme. Je n'entends pas par l&#224; que les dons permettent &#224; un artiste de vivre ; j'affirme cependant qu'ils ne mettent pas ce dernier dans une position si inenviable, ni dans un degr&#233; de mis&#232;re tr&#232;s sup&#233;rieur &#224; celui de ses confr&#232;res, oblig&#233;s de payer l'immonde rentier qui daigne leur louer &#224; prix d'or une salle minuscule, endett&#233;s aupr&#232;s de leurs techniciens, saign&#233;s par les soci&#233;t&#233;s de droit d'auteur, et autres frais aussi ill&#233;gitimes qu'incompressibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, la cr&#233;ation et la diffusion artistique ne se r&#233;sument pas &#224; une question de viabilit&#233; &#233;conomique ; sans &#234;tre ill&#233;gitime, cette question ne sert depuis trop longtemps qu'&#224; &lt;a href='http://v.villenave.net/Des-auteurs-malades-de-leur-droit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;nourrir&lt;/a&gt; une &lt;a href='http://v.villenave.net/Mon-ami-le-tout-gratuit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;propagande&lt;/a&gt; mensong&#232;re et &lt;a href='http://v.villenave.net/Entretiens-d-un-Libriste' class=&#034;spip_in&#034;&gt;moralisatrice&lt;/a&gt; au service de l'&lt;a href='http://v.villenave.net/Quelques-questions-sur-le-Libre-et-leurs-reponses' class=&#034;spip_in&#034;&gt;id&#233;ologie&lt;/a&gt; du capitalisme industriel. Puisqu'on nous bassine &#224; longueur d'&#233;ditoriaux sur la &#034;diversit&#233;&#034; et sur le &#034;lien social&#034;, comment se fait-il que les v&#233;ritables implications sociales de l'art soient si couramment occult&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citoyennet&#233; ne se d&#233;finit pas par la capacit&#233; &#224; ob&#233;ir et &#224; consommer. Permettre &#224; chaque spectateur de payer selon son go&#251;t, son envie, ses moyens et (oui) son &#233;go&#239;sme &#233;ventuel, c'est red&#233;finir enti&#232;rement le sch&#233;ma contraignant et infantilisant sur lequel repose le capitalisme (&#034;pas de bras, pas de chocolat&#034;). C'est ouvrir au public un acc&#232;s direct aux artistes et aux auteurs (supprimant ainsi les interm&#233;diaires industriels et leurs nervis des soci&#233;t&#233;s de gestion collective) : l'art ne devient plus une transaction verticale entre producteur et consommateur mais un &#233;change &#233;galitaire et respectueux. C'est, enfin, s'adresser &#224; l'intelligence de chaque individu, pour le meilleur et (&#244; combien) pour le pire plut&#244;t que d'envisager le corps social dans une optique purement normative-r&#233;pressive. Pari utopique ? Nul ne le saura tant que l'exp&#233;rience n'en sera pas men&#233;e ; en ce qui concerne la tr&#232;s modeste tentative que j'ai conduite ici (modeste de par son envergure plut&#244;t que ses ambitions, convenons-en), ses r&#233;sultats me semblent plut&#244;t encourageants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisqu'il est question d'intelligence du public, je voudrais terminer sur un dernier mot : depuis une quinzaine d'ann&#233;es que j'officie dans le milieu musical (et plus particuli&#232;rement dans l'enseignement musical sp&#233;cialis&#233;), m'ont &#233;t&#233; fournies maintes occasions de &lt;a href='http://v.villenave.net/Du-son-en-boite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ressentir&lt;/a&gt; le rouleau compresseur de la culture industrielle de consommation, lequel voudrait nous faire croire que la musique &#233;crite en g&#233;n&#233;ral (et la musique contemporaine en particulier) est un objet du pass&#233;. L'int&#233;r&#234;t suscit&#233; par ma petite exp&#233;rience, quelle qu'en soit la petitesse, me redonne quelque espoir &#224; ce sujet. Certes, il est possible qu'une partie du public ait vu en mes partitions de simples &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Produit_d%C3%A9riv%C3%A9_%28marketing%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;goodies&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (et j'aurais sans doute eu plus de succ&#232;s avec des porte-cl&#233;s) ; certes, il s'agit de vari&#233;t&#233; plut&#244;t que de musique savante ; certes, le fait que le recueil m&#234;le des chansons plus ou moins accessibles, et que chaque morceau soit accompagn&#233; d'explications textuelles, en fait un objet &#224; m&#234;me d'int&#233;resser jusqu'&#224; des gens d&#233;pourvus de notions musicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che : je suis content et fier d'avoir vu, &#224; cette occasion, tant de personnes diff&#233;rentes se saisir d'une partition, la parcourir comme un objet vaguement familier, l'examiner, s'interroger, la reposer ou finalement l'emporter (ne serait-ce que comme un souvenir ou un troph&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve est faite : la musique &#233;crite, &#231;a ne mord pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la mienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NON, je n'entends pas par &#034;exp&#233;rience sociale&#034; l'&#233;quivalent des atroces &lt;a href=&#034;https://www.reddit.com/r/videos/comments/35arj4/everything_wrong_with_youtubers_social_experiments/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;social experiments&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; autoproclam&#233;s qui sont &#224; la mode depuis quelques ann&#233;es sur certains r&#233;seaux &#034;sociaux&#034; &#8212; du reste, il serait grand temps que les abrutis des m&#233;dias francophones &lt;u&gt;cessent&lt;/u&gt; de traduire ainsi le mot anglais &lt;i&gt;social&lt;/i&gt;, qui n'a d&#233;cid&#233;ment rien &#224; voir avec son &#233;quivalent fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ici qu'un web-journaliste plus ou moins abruti ajouterait l'adjectif &lt;i&gt;social&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les singes savants du Docteur T</title>
		<link>http://v.villenave.net/Les-singes-savants-du-Docteur-T</link>
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		<dc:date>2015-09-01T14:25:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions sur l'irruption des pianos dans les espaces publics urbains occidentaux.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://v.villenave.net/-Decouvertes-" rel="directory"&gt;D&#233;couvertes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions sur l'irruption des pianos dans les espaces publics urbains occidentaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tu es soutier dans le d&#233;partement animation/communication d'une ville de taille moyenne ? Tu veux prouver que tu es branch&#233; et dynamique ? &lt;a href=&#034;http://www.streetpianos.com/contact/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toi aussi&lt;/a&gt;, mets des pianos dans la rue !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;They live&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pianos des villes, pianos des champs &#187;, &#171; Play me, I'm yours &#187;, &#171; Keys to the cities &#187;, &#171; Pianos on the street &#187;, &#171; Public piano project &#187;, &#171; Glasgow piano city &#187;, ou plus pr&#232;s de nous &#171; Pianos en gare SNCF &#187; : depuis une d&#233;cennie, l'on ne compte plus les &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Street_piano&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;initiatives&lt;/a&gt; visant &#224; abandonner des pianos aux mains du public dans l'espace urbain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://www.giftofmusic.ca/PianosOnTheStreet/wp-content/uploads/2015/07/lonsdale-quay.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH200/lonsdale-quay-62c3aab4-c2f31.jpg?1772312557' width='500' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'objet pr&#233;cis de cet d&#233;marche, d'ailleurs, reste &#224; d&#233;terminer : vague projet artistique conceptuel ? Revalorisation du lien social ? Popularisation de la culture savante et r&#233;appropriation des pratiques artistiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration, c'est certain, fournit aux collectivit&#233;s un alibi culturel bon march&#233; (du moins en ce qui concerne l'investissement initial ; pour l'entretien c'est un autre probl&#232;me), une animation socio-cul' &#224; bon compte et un excellent outil de com' (photographi&#233; sur papier glac&#233;, personne ne vous entend jouer faux). En un mot : le hype.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;You say music instrument, I say ideologem&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'on peut &#233;videmment saluer le c&#244;t&#233; attrayant (ou plus exactement &#171; symp&#226; &#187;, dirait son c&#339;ur de cible) de l'op&#233;ration, cela n'emp&#234;che pas de s'interroger sur ses pr&#233;suppos&#233;s et notamment sa &lt;a href='http://v.villenave.net/Piano-la-chute-d-un-empire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dimension imp&#233;rialiste&lt;/a&gt; : de tous les instruments dits classiques, le piano est-il celui qui a le plus besoin de se faire conna&#238;tre ? de toutes les musiques voulant vivre et se r&#233;pandre, la musique (principalement occidentale) pour piano est-elle la moins favoris&#233;e ? pour tout genre ou langage musical, le prix de la l&#233;gitimation sociale est-il d'&#234;tre jouable au piano ? de tous les groupes sociaux &#224; m&#234;me de s'exprimer par de la musique, celui des amateurs de piano est-il victime de la plus grande rel&#233;gation ? et m&#234;me &#224; supposer (c'est effectivement le cas) que des citoyens de toutes origines et de tous rangs puissent se saisir d'un clavier, lesquels sont le plus susceptibles d'&#234;tre mis en valeur (&#034;distingu&#233;s&#034;, dirait Bourdieu) par une telle op&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, l'&lt;a href=&#034;http://www.streetpianos.com/map/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;invasion des pianos de rue&lt;/a&gt; touche (&#224; ce jour) exclusivement le monde occidental et les pays dominants ; au sein de ces pays, les villes les plus attractives, et m&#234;me &#224; l'&#233;chelle des villes, les quartiers les plus &#034;dynamiques&#034; (c'est-&#224;-dire les plus gentrifi&#233;s, dont ils dessinent m&#234;me &lt;a href=&#034;https://www.google.com/maps/d/embed?mid=z-mdNMsDI1a4.kkrMhEZ49Kv0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une carte parfaitement identifiable&lt;/a&gt;). Plus pr&#233;cis&#233;ment, ils sont une strat&#233;gie de choix pour les villes d&#233;sindustrialis&#233;es, en pleine reconqu&#234;te d&#233;mographique (Birmingham et &lt;a href=&#034;http://www.glasgowpianocity.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glasgow&lt;/a&gt; en constituent de bons exemples).&lt;/p&gt;
&lt;iframe height=&#034;480&#034; width=&#034;500&#034; src=&#034;https://www.google.com/maps/d/u/0/embed?mid=z-mdNMsDI1a4.kkrMhEZ49Kv0&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me frappe dans ce processus, c'est combien le piano semble condamn&#233; &#224; rester davantage un &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; qu'un moyen d'expression sensible. Automatisme esth&#233;tique qui pollue d'ailleurs jusqu'aux artistes eux-m&#234;mes : je ne saurais dire combien de fois des chanteurs/chanteuses ou autres commanditaires ont tenu &#224; me mettre entre les mains un clavier &#233;lectronique (&lt;a href='http://v.villenave.net/Clavinova-mon-ami' class=&#034;spip_in&#034;&gt;hin, hin, hin&lt;/a&gt;) plut&#244;t que l'instrument qui est le mien, au motif que &#034;ah non, on ne va pas faire chant-piano, c'est trop &lt;i&gt;marqu&#233;&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Marqu&#233;&#034; ? Mais marqu&#233; &lt;i&gt;quoi&lt;/i&gt; ? J'y vois l&#224; un degr&#233; d'intelligence artistique &#224; peu pr&#232;s aussi primaire qu'un directeur de casting qui ne prendra pas pour son premier r&#244;le un acteur non-blanc car ce serait &#034;trop ethnique&#034;, ni une femme car ce serait &#034;trop sexu&#233;&#034;. Et c'est ainsi que s'entretiennent les st&#233;r&#233;otypes musicaux : un bout d'accord&#233;on pour &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ateqGG80Yn0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sugg&#233;rer la France&lt;/a&gt;, quatre notes pour &lt;a href=&#034;http://oumupo.org/links/?EWPXVQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la Chine&lt;/a&gt;, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Big brother&lt;/i&gt;, meet &lt;i&gt;Little brother&lt;/i&gt;.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autrefois &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; par excellence de la bourgeoisie, le piano devient maintenant &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt; de dynamisme urbanistique &#8212; mais sont-ce vraiment deux choses diff&#233;rentes ? Bac &#224; sable culturel pour classes moyennes sup&#233;rieures, le piano de rue ne saurait faire oublier combien l'espace urbain a &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;http://solidaire.org/articles/militaires-dans-les-rues-inquietant-et-illegal&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;odieusement&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/04/01/a-paris-les-militaires-sont-ils-devenus-des-voisins-comme-les-autres_4606977_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;militaris&#233;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://souriez.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;orwellis&#233;&lt;/a&gt; et rendu &lt;a href=&#034;http://urbanisme-inhumain.tumblr.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intentionnellement hostile&lt;/a&gt; &#224; l'&#233;gard de toutes les &#034;populations&#034; insuffisamment blanches ou fortun&#233;es pour y &#234;tre d&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette guerre de rel&#233;gation sociale, l'espace sonore est, pr&#233;cis&#233;ment, un enjeu essentiel. L'environnement musical prend ainsi une dimension particuli&#232;re : si nous savons que la musique est utilis&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.psywarrior.com/MusicUsePSYOP.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;depuis tr&#232;s longtemps&lt;/a&gt; comme arme offensive sur les champs de bataille, comme arme psychologique aupr&#232;s de la population civile (et depuis un peu moins longtemps comme instrument de &lt;a href=&#034;http://newsecurityaction.org/pages/music-used-to-torture&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;torture&lt;/a&gt;, gr&#226;ce &#224; la tr&#232;s bienfaitrice arm&#233;e am&#233;ricaine), de nombreux acteurs urbains &lt;a href=&#034;http://www.wqxr.org/story/281248-does-classical-music-train-stations-really-deter-crime/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publics&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/australiaandthepacific/australia/10464764/McDonalds-restaurant-turns-to-opera-to-drive-out-loitering-teenagers.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;priv&#233;s&lt;/a&gt; ont, l'air de rien, commenc&#233; depuis quelques ann&#233;es &#224; retourner l'environnement musical quotidien contre certaines parties de la population. (Ou pour parler en bonne novlangue, contre &lt;i&gt;certaines populations&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pointe dans les op&#233;rations destin&#233;es aux bons citoyens civilis&#233;s d'un certain &#226;ge (&#034;Votez par Internet pour choisir librement l'ambiance musicale de votre gare ! Les options sont : Mozart, Chopin, Vivaldi, Scarlatti, Lully, Marais et Beethoven&#034;), la SNCF s'est un jour &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/mobilite/article/2013/05/31/mozart-nouvelle-arme-anti-squat_3420838_1653095.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;malencontreusement rengorg&#233;e&lt;/a&gt; de ce que diffuser de la musique l&#233;gitim&#233;e lui permet de &#034;&lt;i&gt;r&#233;tablir l'ordre&lt;/i&gt;&#034; &#224; l'encontre de &#034;&lt;i&gt;ces groupes de personnes [qui] utilisent les gares comme des lieux de squat&lt;/i&gt;[...]. Figurez-vous que &#231;a marche ! Soumettre ces personnes &#224; des airs auxquels elles ne sont pas habitu&#233;es a le m&#233;rite de les faire fuir.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on peut alors d&#233;crire le d&#233;ploiement r&#233;cent de pianos dans les gares fran&#231;aises en de tout autres termes : plut&#244;t que d'instituer elles-m&#234;mes un espace sonore hostile aux sous-humains ind&#233;sir&#233;s,... elle en sous-traite la colonisation. Se retrouve ainsi &#224; l'&#339;uvre le m&#234;me processus de &lt;i&gt;crowdsourcing&lt;/i&gt; du totalitarisme que celui qui conduit &#224; pr&#233;f&#233;rer laisser les gens se filmer les uns les autres avec leurs t&#233;l&#233;phones plut&#244;t que de mettre des cam&#233;ras dans toutes les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore qu'en pratique, l'un s'ajoute volontiers &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Let's face the music and dance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais ne boudons pas notre plaisir : il y a des pianos dans les rues et dans les gares, et c'est tant mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est enfin l'occasion de tordre le cou, s'il en &#233;tait besoin, &#224; cette &lt;a href='http://v.villenave.net/Du-son-en-boite' class=&#034;spip_in&#034;&gt;id&#233;ologie du Son en bo&#238;te&lt;/a&gt; qui verrait volontiers le clavier &#233;lectronique se substituer aux pianos, et la musique pr&#233;-enregistr&#233;e &#224; la musique jou&#233;e sur place ; c'est &#233;galement une r&#233;habilitation (quoique tr&#232;s imparfaite) du piano-de-monsieur-tout-le-monde, par opposition aux instruments de concert qui seuls vaudraient la peine de s'y int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_824 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://www.giftofmusic.ca/PianosOnTheStreet/wp-content/uploads/2015/07/denman-playing.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH200/denman-playing-193f9108-10afe.jpg?1772312557' width='500' height='200' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du piano en tant que signe, toutefois, il faudrait s'int&#233;resser &#224; &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; qu'on y joue. Sans surprise (du moins pour un professeur de piano), il s'agit quasi-unanimement de musique pr&#233;m&#226;ch&#233;e, rab&#226;ch&#233;e, de tous ces tubes d'hier (cat&#233;gorie tr&#232;s large allant de &lt;i&gt;La Lettre &#224; &#201;lise&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;La Valse d'Am&#233;lie&lt;/i&gt; ; du reste la plupart des &#233;l&#232;ves s'av&#232;rera incapable de vous dire lequel pr&#233;c&#232;de l'autre) et d'aujourd'hui : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=aNzCDt2eidg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chansons&lt;/a&gt; pour adolescentes, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=IR_-D1PIOYU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;films&lt;/a&gt; pour adolescentes, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3p3MhflI8WQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jeux vid&#233;o&lt;/a&gt; et autres babioles plus ou moins japonisantes. De temps &#224; autre un(e) enfant s'assied sagement (couv&#233;-e du regard par ses parents) pour y faire la d&#233;monstration de ses progr&#232;s ; ou bien ce sera un quarantenaire d'allure impassible mais dont les doigts trahissent une certaine f&#233;brilit&#233;, qui s'emploie &#224; convoquer tant bien que mal ses vieilles habitudes de pianiste de bar &#224; la petite semaine. D'une fa&#231;on comme d'une autre, la musique fait partie de la vie, s'&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=LWomHoGs95c&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;inscrit&lt;/a&gt; dans le paysage quotidien, et c'est n&#233;cessairement une excellente chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me frappe finalement, c'est combien ces pianos publics tendent &#224; &#234;tre utilis&#233;s &#8212; semble-t-il &#8212; comme outils de &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; plut&#244;t que comme instruments cr&#233;atifs. M&#234;me les personnes qui s'asseyent pour &#034;improviser&#034;, ne font en g&#233;n&#233;ral qu'aligner quelques encha&#238;nements harmoniques tout-pr&#234;ts, dans des formules rythmiques et instrumentales qui n'ont rien de personnel ni d'original ; je n'ai jamais entendu, par exemple, quelqu'un oser s'exprimer sous forme de &lt;i&gt;cluster&lt;/i&gt; ou d'agr&#233;gats purement rythmiques. Sous le regard (distrait) des passants, les personnes s'installant au piano ne le font qu'avec une grande prudence, ou bien en s'employant &#224; se conformer &#224; l'image d'un pianiste &#034;conventionnel&#034;. Il s'ensuit &#233;galement que les personnes qui osent s'asseoir un instant devant le piano ne sont que, pour l'&#233;crasante majorit&#233;, des personnes ayant &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; fr&#233;quent&#233; des claviers de fa&#231;on plus ou moins assidue : l'on comprend alors que les espoirs de d&#233;mocratisation, d'accessibilit&#233; et de d&#233;couverte partag&#233;e par tou(te)s se r&#233;v&#232;lent tr&#232;s illusoires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_825 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://s3.amazonaws.com/auteurs_production/post_images/17627/5000fingers2.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH376/5000fingers2-1304f267-5c7b8.jpg?1772312557' width='500' height='376' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue plus purement artistique, le piano se retrouve ainsi, une fois de plus et &#224; son corps d&#233;fendant, employ&#233; comme rouleau compresseur de la mondialisation acculturante et uniformisatrice. Il embrigade involontairement chaque contributeur, annonant sagement, comme un bon petit soldat du &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_5,000_Fingers_of_Dr._T&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Docteur T&lt;/a&gt;, une poign&#233;e de variations de la m&#234;me musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occasion d&#233;plorablement manqu&#233;e : si ces milliers de pianos de par le monde n'&#233;taient pas utilis&#233;s par des animaux savants reproduisant fid&#232;lement ce que leur ont inculqu&#233; l'imaginaire musical collectif et les prescripteurs socio-culturels... mais comme outil de cr&#233;ation, qui sait quelles musiques inou&#239;es, quelles techniques de jeu inimaginables, quelles expressions nouvelles l'on pourrait finir par entendre un jour, au hasard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le corollaire de la c&#233;l&#232;bre &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Infinite_monkey_theorem&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exp&#233;rience th&#233;orique&lt;/a&gt; qui consisterait &#224; laisser des machines &#224; &#233;crire &#224; des milliers de singes en attendant que l'un d'entre eux en vienne &#224; &#233;crire accidentellement un sonnet de Shakespeare : avant que ce singe n'y parvienne, d'innombrables de ses cong&#233;n&#232;res se seront s&#251;rement r&#233;v&#233;l&#233;, dans l'intervalle, &#234;tre les talentueux &#233;crivains de passionnants ouvrages in&#233;dits. M&#234;me les gros p&#226;t&#233;s faits spontan&#233;ment sur le papier par un singe particuli&#232;rement &#233;nergique, en toute m&#233;connaissance du langage et du maniement technique de la machine, me sembleraient plus expressifs et int&#233;ressants que le sonnet bien proprement mis en page, reconstitu&#233; par accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amis singes, lib&#233;rons-nous des conventions sociales et de l'art l&#233;gitim&#233;. Amis singes, allons taper sur les pianos de rue, de toutes les fa&#231;ons qui nous si&#233;ront. Amis singes, faisons du bruit et m&#233;connaissons les biens&#233;ances. Amis singes, apportons, dans les rues et les gares ,tout ce qu'il nous plaira d'y apporter. Jouons toutes les musiques, entendues ou non, pens&#233;es ou non, au piano ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Singes, lib&#233;rons-nous des &lt;i&gt;signes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Invalidation.</title>
		<link>http://v.villenave.net/Invalidation</link>
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		<dc:date>2015-09-01T11:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Petit r&#233;cit (garanti enti&#232;rement neutre) de ma pr&#233;sentation &#224; l'&#233;preuve du Dipl&#244;me d'&#201;tat d'enseignement de la musique, au moyen d'une Validation des Acquis de l'Exp&#233;rience.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://v.villenave.net/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Petit r&#233;cit (garanti enti&#232;rement neutre) de ma pr&#233;sentation &#224; l'&#233;preuve du Dipl&#244;me d'&#201;tat d'enseignement de la musique, au moyen d'une Validation des Acquis de l'Exp&#233;rience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un peu d'histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps &#8212; lointain &#8212; o&#249; enseigner la musique &#233;tait d'une imm&#233;diatet&#233; confondante : vous savez jouer de la musique ? Vous saurez l'enseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, les instances comp&#233;tentes &#8212; dans leur grande sagesse &#8212; s'avis&#232;rent de ce qu'un bon musicien ne fait pas n&#233;cessairement un bon professeur. Ainsi naquit un dipl&#244;me d'enseignement. Ou plus exactement, deux : le Dipl&#244;me d'&#201;tat (D.E.) et le Certificat d'Aptitude (C.A.), permettant respectivement d'enseigner aux &#233;l&#232;ves-amateurs et aux &#233;l&#232;ves-futurs-professionnels &#8212; tant nous savons combien cette distinction est &lt;a href='http://v.villenave.net/03-User-generated-multitude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pertinente et indispensable&lt;/a&gt;. L'obtention de ces dipl&#244;mes pouvait &#234;tre sollicit&#233;e soit au terme d'une formation dite initiale, soit sur simple inscription en tant que candidat(e) libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tant qu'on y &#233;tait, les m&#234;mes instances sages &#8212; dans leur grande comp&#233;tence &#8212; s'avis&#232;rent de ce qu'il serait malgracieux de requ&#233;rir un tel dipl&#244;me de certains officiants des conservatoires, et pas d'autres : ainsi furent &#233;tendus les dipl&#244;mes d'enseignement &#224; des postes non-enseignants, tant il est vrai que confier nos enfants &#224; des directeurs de conservatoire, chefs de ch&#339;ur ou accompagnateurs non d&#251;ment dipl&#244;m&#233;s, &#231;a ferait d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, les m&#234;mes instances comp&#233;teuses &#8212; dans leur grande sagacitude &#8212; s'avis&#232;rent de ce qu'on ne pouvait quand m&#234;me pas laisser &lt;i&gt;n'importe qui&lt;/i&gt; obtenir ces dipl&#244;mes ; ainsi furent supprim&#233;es les pr&#233;sentations en candidat(e) libre, et &#233;tendues les formations dipl&#244;mantes (initiale, continue, blablabla) ; cependant les m&#234;mes instances compissantes ne tard&#232;rent pas &#224; se rendre compte que, quand m&#234;me, tout &#231;a co&#251;tait des sous, et ainsi furent supprim&#233;es les diff&#233;rentes structures de formation, r&#233;organis&#233;es, redistribu&#233;es, bordelis&#233;es, regroup&#233;es avec d'autres machins d&#233;j&#224; plus ou moins existants &#8212; et encore, je ne parle ici que du D.E. ; le C.A. est tomb&#233; dans l'escarcelle des conservatoires dits sup&#233;rieurs, ce qui le rend &#224; peu pr&#232;s inatteignable pour le commun des mortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant sur ces entrefaites, d'&lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; instances non moins sages et non moins comp&#233;tentes, s'avis&#232;rent de ce qu'il &#233;tait d&#233;cid&#233;ment inadmissible qu'on ne les ait point consult&#233;es, et se mirent illico en devoir d'ajouter &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; propre concours, indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Das Schlo&#223;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous en sommes l&#224; ; si vous souhaitez aujourd'hui devenir professeur de musique, il vous faut :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; obtenir non plus une simple m&#233;daille de conservatoire, mais un &#034;Dipl&#244;me d'&#201;tudes Musicales&#034; constitu&#233; de diff&#233;rentes &#034;Unit&#233;s de Valeur&#034; incluant &#034;Formation Musicale&#034; (parce que le mot solf&#232;ge est pass&#233; de mode), &#034;Instrument&#034;, &#034;Musique d'Ensemble&#034; et d'autres gadgets selon l'humeur du jour : analyse, orchestration, jazz, improvisation, &lt;i&gt;sound painting&lt;/i&gt;, batik &#224; froid,...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; suivre la formation dipl&#244;mante (en deux ans minimum) qui vous permettra (peut-&#234;tre) d'esp&#233;rer obtenir un jour le Dipl&#244;me d'&#201;tat, reconnu par le minist&#232;re de la Culture.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'hypoth&#232;se o&#249; vous l'obtiendriez (mais supposons pour simplifier, car il faut toujours simplifier), attendre qu'il soit proc&#233;d&#233; &#224; un Concours de la fonction publique territoriale, reconnu par le minist&#232;re de la Fonction publique (ou de l'Int&#233;rieur, c'est selon).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'hypoth&#232;se o&#249; vous ne l'obtiendriez pas du premier coup, attendez quatre ans pour retenter votre chance.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'hypoth&#232;se o&#249; vous finiriez par l'obtenir, pr&#233;sentez-vous enfin aux concours de recrutement (pour peu qu'un conservatoire ait un poste &#224; pourvoir).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans l'hypoth&#232;se o&#249; vous seriez re&#231;u, attendez encore un an ou deux pour &#234;tre titularis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose serait risible si elle n'&#233;tait pas si lourde d'implications sociales. En des temps o&#249; la population dans son ensemble n'aspire qu'&#224; s'approprier les pratiques culturelles et artistiques (il suffit pour s'en convaincre de voir la longueur des listes d'attente dans tous les &#233;tablissements, institutionnels ou associatifs), l'&#201;tat fran&#231;ais n'a pour seul but que de se d&#233;barrasser honteusement et au plus vite de ses fili&#232;res d'enseignement artistique sp&#233;cialis&#233; &#8212; &#224; l'exception peut-&#234;tre des branches les plus prestigieuses, et encore &#8212; que ce soit en les refourguant aux collectivit&#233;s locales, en augmentant de fa&#231;on rien moins que grotesque la formation requise, ou encore en complexifiant &#224; outrance les moyens de s&#233;lection, dans lesquels pr&#233;domine invariablement l'arbitraire administratif &#8212; version r&#233;publicaine du bon vouloir du Prince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraints de mettre en application des milliers de textes officiels aussi g&#233;n&#233;reux en grands mots creux qu'en clauses d'application ineptes, les agents du terrain sont conduits &#224; louvoyer constamment avec la l&#233;gislation ; ainsi les conservatoires sont-ils remplis de travailleurs journaliers contractuels (improprement appel&#233;s vacataires) engag&#233;s sur le tas sans aucune protection sociale, les postes officiels ne sont jamais pourvus &#8212; ou bien, l'on se d&#233;brouille pour les requalifier de &#034;poste &#224; C.A.&#034; en &#034;poste &#224; D.E.&#034; &#8212; le tout dans des conditions mat&#233;rielles risibles, dans la plus grande confusion administrative et soumis aux caprices de responsables politiques parfaitement &#8212; nonobstant leur sagesse et leur comp&#233;tence consubstantielles, cela va sans dire &#8212; ignares en mati&#232;re d'art, de culture, de p&#233;dagogie, et de tissu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisqu'on parle de social, sans doute serait-il temps d'appeler les choses par leur nom : la pyramide infernale que constituent les diff&#233;rentes formations obligatoires successives pour tout imp&#233;trant en mati&#232;re d'enseignement de la musique, se r&#233;sume finalement &#224; un simple processus, d&#233;lib&#233;r&#233;, de s&#233;lection sociale. Le statut de professeur titulaire est un honneur r&#233;serv&#233; &#224; ceux ou celles qui ont pu se payer (au bas mot) quinze ans de formation et n'ont pas besoin de gagner leur pitance dans l'imm&#233;diat : en d'autres termes, il s'agit tout simplement d'un filtrage en fonction du capital familial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Valide-moi comme une de tes fran&#231;aises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais attention : dans leurs grandes sagesse et comp&#233;tence, les instances ont daign&#233; accorder une chance de salut aux pauvres &#226;mes qui, humblement, ont consacr&#233; la plus grande part de leur existence &#224; trimer dans les champs, le front burin&#233; par le soleil (ou tout au moins les n&#233;ons de la salle Corelli).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Validation des Acquis de l'Exp&#233;rience, car tel est son nom, consiste en la possibilit&#233; pour un professeur non-dipl&#244;m&#233; de revenir dans le droit chemin en apportant la preuve de ce qu'il sait un tant soit peu de quoi il parle : nombre d'heures travaill&#233;es (bulletins de salaire faisant foi), premiers prix de concours internationaux, copies de programmes de son dernier concert au Carnegy Hall (le Philharmonique de Berlin est &#233;galement tol&#233;r&#233;), etc. Cela n'est que la premi&#232;re &#233;tape ; lui incombe ensuite la r&#233;daction d'un &#034;Dossier P&#233;dagogique&#8482;&#034; de plusieurs dizaines de pages, imprim&#233; par ses soins en cinq exemplaires et obligatoirement accompagn&#233; d'un Sommaire (parce que bon, lire la totalit&#233; serait quand m&#234;me astreignant), et enfin un entretien de quarante-cinq minutes. Le tout est appr&#233;ci&#233; &lt;del&gt;au doigt mouill&#233;&lt;/del&gt; selon une grille de notation d'une rigueur scientifique in&#233;branlable, par un jury de quatre personnes compos&#233; &#224; 80% de personnel administratif et &#224; 10% de &#034;personn&#226;lit&#233; du monde artistique&#034; (ne me demandez pas d'o&#249; viennent les 10% restants, je les cherche encore).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant, au moyen de leur expertise ind&#233;niable (que seule a pu informer toute une vie de sagesse et de comp&#233;tence), estim&#233; la qualit&#233; le s&#233;rieux et &lt;del&gt;la conformit&#233; id&#233;ologique&lt;/del&gt; le professionnalisme de l'imp&#233;trant(e), le jury d&#233;cide de lui accorder imm&#233;diatement le Dipl&#244;me d'&#201;tat, ou s'il y a lieu, de l'inviter &#224; donner un cours ou &#224; &lt;del&gt;jouer une jolie berceuse pour accompagner l'heure de la sieste&lt;/del&gt; faire preuve de ses talents d'interpr&#232;te d'&#233;lite. Le ou la candidat(e) peut ainsi esp&#233;rer obtenir le dipl&#244;me qui lui permettra de r&#234;ver pr&#233;senter un jour lointain le concours qui l'autorisera peut-&#234;tre &#224; imaginer, quand je serai grand, recevoir l'insigne honneur de pouvoir l&#233;galement enseigner aux enfants de moins de quatorze ans ainsi qu'aux &lt;del&gt;tanches&lt;/del&gt; &#233;l&#232;ves destin&#233;s au cursus dit &#034;amateur&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, ce n'est m&#234;me plus du raccourci : &#224; ce stade, c'est de la triche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la route de Dijon, la belle diguedon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ayant d&#233;lib&#233;r&#233;ment boycott&#233; les concours et dipl&#244;mes, j'ai offici&#233; depuis l'&#226;ge de dix-sept ans en tant qu'accompagnateur &#034;vacataire&#034; dans une soixantaine d'&#233;tablissements, et en tant que professeur (de piano et d'initiation poly-instrumentale) dans le secteur associatif. Un beau jour de 2012, m'&#233;tant arrach&#233; une fois de trop les cheveux sur la politique p&#233;dagogique du conservatoire de Saint-Maur, je pris la d&#233;cision drastique d'entrer enfin dans l'&#226;ge adulte et de me ranger des voitures : j'allais solliciter l'obtention du Dipl&#244;me d'&#201;tat dans les deux sp&#233;cialit&#233;s qui &#233;taient les miennes : l'accompagnement et l'enseignement. Le &#034;P&#244;le Sup&#233;rieur&#034; de Dijon s'appr&#234;tant pr&#233;cis&#233;ment &#224; organiser une session de Validation des Acquis de l'Exp&#233;rience, c'&#233;tait l'occasion (pensai-je) r&#234;v&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien co&#251;te, au fait, une V.A.E. ? &#192; 780&#8364; de frais d'inscription (multipli&#233;s par deux en l'occurrence), il convient d'ajouter 480&#8364; euros de &#034;formation&#034; facultative (mais fortement conseill&#233;e), et, dans mon cas, six allers-retour Paris-Dijon. En gros, cela repr&#233;sente six mois de mon salaire actuel &#8212; investis de bon c&#339;ur n&#233;anmoins, puisque c'est l'aveniiiir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oriquement parlant, tout ou partie de ces frais devrait &#234;tre pris en charge par les diff&#233;rentes caisses de formation professionnelle qui ponctionnent (obligatoirement) chacune de mes feuilles de paye depuis plus de dix ans. Las : pour l'un de mes employeurs (l'agglom&#233;ration Est-Ensemble pour ne pas la nommer), le service des formations ne daigna r&#233;pondre &#224; aucune de mes nombreuses relances ; et dans l'autre cas (la tr&#232;s-d&#233;testable agence priv&#233;e Uniformation&lt;sup&gt;&#174;&lt;/sup&gt;) l'on m'objecta que j'aurais d&#251; faire la demande pr&#233;alablement et attendre qu'elle soit ou non accept&#233;e avant que de me lancer inconsid&#233;r&#233;ment dans la recherche d'un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier mot sur la &#034;formation&#034; facultative-quoique-fortement-conseill&#233;e ; prodigu&#233;e par un acteur priv&#233; (quoiqu'&#224; but non lucratif), elle se r&#233;sume en trois &#034;s&#233;minaires&#034; (c'est-&#224;-dire conf&#233;rence plus jeu-atelier-tournez-vous-vers-votre-voisin-de-droite), au demeurant fort int&#233;ressants quoique sans utilit&#233; concr&#232;te aucune, et &#224; une op&#233;ration de &#034;tutorat&#034;, dans laquelle des intervenants sont (confortablement) pay&#233;s pour suivre un (ou le plus souvent, plusieurs) candidats. J'eus ainsi la joie sans m&#233;lange de faire la connaissance d'Emmanuel Kirklar, alors &#233;minent directeur adjoint du conservatoire de Dijon (mais nonobstant d&#233;pourvu de toute exp&#233;rience en mati&#232;re de Validation d'Acquis), dont l'amabilit&#233; n'eut d'&#233;gale que la pertinence de ses conseils &#8212; en ce que toutes deux tendent vers z&#233;ro. Le souvenir qu'il me laissera tient en une seule phrase : &#034;vous expliquez longuement dans votre dossier que vous connaissez l'art du piano de fond en comble, que vous avez h&#233;rit&#233; de l'&#201;cole fran&#231;aise, que vous ma&#238;trisez toutes sortes de langages musicaux &#8212; et puis, au d&#233;tour d'une phrase, vous dites que vous vous y connaissez en informatique : or c'est &lt;i&gt;&#199;A&lt;/i&gt; qui int&#233;resse les conservatoires de nos jours.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment dire... &lt;a href=&#034;http://i.imgur.com/3P6O5T0.gif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gn&#233;&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dossier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici, en tout &#233;tat de cause, les deux Dossiers P&#233;dagogiques&#8482; que j'adressai &#224; l'&#233;tablissement dijonais au printemps 2014. Veuillez prendre note de ce que je les mets express&#233;ment ici &#224; disposition du public sous &lt;a href=&#034;http://sam.zoy.org/lprab/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Licence Publique Rien &#192; Branler&lt;/a&gt;, dont je vous prierai de bien vouloir respecter scrupuleusement les termes et conditions. Ces documents font chacun une cinquantaine de pages.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_841 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/pdf/Villenave_enseignement.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 6.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-e9ff2.svg?1772294780' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Enseignement
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_840 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/pdf/Villenave_accompagnement.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 6.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-e9ff2.svg?1772294780' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Accompagnement
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_839 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/odt/VAE-Enseignement.odt' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='OpenDocument Text - 61.7 kio' type=&#034;application/vnd.oasis.opendocument.text&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/odt-318d6.svg?1772298242' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Enseignement
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;source OpenDocument
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;div class='spip_document_838 spip_document spip_documents spip_document_file spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/odt/VAE-Accompagnement.odt' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='OpenDocument Text - 51.6 kio' type=&#034;application/vnd.oasis.opendocument.text&#034;&gt;&lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L64xH64/odt-318d6.svg?1772298242' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dossier Accompagnement
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;source OpenDocument
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;... all it takes is a little Confidence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir envoy&#233; les dossiers, je fus convoqu&#233; pour les entretiens en pr&#233;sence du jury d&#233;but septembre 2014 ; l'un comme l'autre se d&#233;roula de fa&#231;on d&#233;tendue et &#8212; pensai-je &#8212; honn&#234;te, m&#234;me s'il me fallut renoncer &#224; la notion que les membres du jury se seraient pr&#233;alablement mis en peine de lire les dossiers dans leur int&#233;gralit&#233;. Contrairement &#224; mes craintes, je ne dus pas passer devant le m&#234;me jury pour mes deux pr&#233;sentations (une rotation &#233;tait organis&#233;e entre quelque chose comme huit jurys diff&#233;rents : en un mot, l'usine). Je ne m'attendais pas &#224; &#234;tre rappel&#233; pour une &#233;preuve p&#233;dagogique ou instrumentale suppl&#233;mentaire, tant ma l&#233;gitimit&#233; pour pr&#233;tendre &#224; un dipl&#244;me qui ne me permettrait gu&#232;re que de continuer &#224; faire ce que je faisais depuis treize ans d&#233;j&#224;, faisait peu de doute pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma surprise fut d'autant plus grande lorsque, quelques semaines plus tard, me parvinrent les r&#233;sultats de l'examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas comme dans l'autre, chacun des deux jurys (lou&#233;es soient sa sagesse et sa comp&#233;tence) avait fait le choix de m'accorder une &lt;i&gt;Validation Partielle&lt;/i&gt; : 90 points sur 120, tr&#232;s exactement. (Pourquoi pas 85 ou 95 ? Non, 90 tout pile. Cherche pas, c'est de la science.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comp&#233;tences artistiques ? &lt;i&gt;Check.&lt;/i&gt; Comp&#233;tences p&#233;dagogiques ? &lt;i&gt;Check.&lt;/i&gt; Pr&#233;sentation et hygi&#232;ne corporelle ? &lt;i&gt;Check.&lt;/i&gt; Dans un cas comme dans l'autre (encore une fois, avec des jurys diff&#233;rents quoiqu'appoint&#233;s tous deux par la m&#234;me personne, &#224; savoir le directeur Bernard Desc&#244;tes), les &#034;comp&#233;tences&#034; que n'avaient pas daign&#233; me reconna&#238;tre le jury se situaient sur des points de nature plus administrative qu'autre chose : conformit&#233; avec le projet d'&#233;tablissement (et pour cause, il n'existe de &#034;projet d'&#233;tablissement&#034; dans aucune des structures o&#249; j'officie), partenariats avec &#034;des acteurs du territoire&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de &#034;comp&#233;tences&#034; &#8212; notons-le &#8212; qui n'ont strictement rien &#224; voir avec la r&#233;alit&#233; du m&#233;tier et notre capacit&#233; &#224; l'exercer sur le terrain, y compris d'une fa&#231;on correcte et &#034;moderne&#034;. La raison pour laquelle ces &lt;del&gt;gadgets pour politiciens en rut&lt;/del&gt; comp&#233;tences essentielles figurent au nombre des cases requises &#224; cocher, leur &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; raison d'&#234;tre, est qu'elles tiennent lieu de &#034;crit&#232;re&#034; de filtrage incontestable et bien pratique, quoiqu'enti&#232;rement arbitraire &#8212; l'&#233;quivalent du classique &#034;pneu lisse&#034; et autre &#034;trouble &#224; l'ordre public&#034; qui permettent notoirement aux pandores de retenir qui bon leur semble en toute situation . (Il faut que j'arr&#234;te ici ce paragraphe car j'arrive &#224; court de guillemets.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Validation partielle offre, au fond, une solution pratique aux instances qui la d&#233;livrent. Un refus complet de validation, il faut le motiver, c'est compliqu&#233;, cela fait r&#226;ler les gens, on risque de se retrouver avec des recours. Une demande d'&#233;preuves suppl&#233;mentaires, c'est harassant &#224; organiser, co&#251;teux (il faut payer le jury pour qu'il se d&#233;place &#224; nouveau). Accorder la validation &#224; tous les gens dont on soup&#231;onne qu'ils la m&#233;ritent, &#231;a ne fait pas propre dans les statistiques : c'est un examen s&#233;rieux ici, pas une simple formalit&#233; comme le Bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la validation partielle, au contraire, permet de donner un lot de consolation (&#034;ce n'est pas un &#233;chec&#034;, a-t-on programm&#233; la secr&#233;taire pour expliquer &#224; tour de bras au t&#233;l&#233;phone) et ce sentiment de Schadenfreude (ach quel dommage, &#233;chouer si pr&#232;s du but) qui permet aux candidats de continuer &#224; esp&#233;rer... &lt;i&gt;et &#224; se r&#233;inscrire aux formations et futures sessions d'examen payantes propos&#233;es par l'&#233;tablissement&lt;/i&gt;. Ne nous y trompons pas : c'est l&#224; et seulement l&#224; que se trouve le nerf de la guerre ; l'institution dijonnaise a m&#234;me veill&#233; &#224; employer une grille de notation faite-maison, qui emp&#234;che ainsi les candidats incompl&#232;tement dipl&#244;m&#233;s de partir se faire valider ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule ma bont&#233; d'&#226;me m'emp&#234;chera d'accuser ici l'&#233;tablissement d'escroquerie d&#233;lib&#233;r&#233;e (ce n'est peut-&#234;tre, apr&#232;s tout, qu'une cons&#233;quence enti&#232;rement fortuite), m&#234;me si j'attends encore de trouver une preuve du contraire. Dans l'intervalle, je me bornerai &#224; constater que pr&#232;s d'une centaine de candidats de cette session se sont trouv&#233;s pris au pi&#232;ge, affubl&#233;s d'un trois-quart-de-dipl&#244;me qui ne leur sert strictement &#224; rien. Ils n'ont plus qu'&#224; se pr&#233;senter &#224; nouveau (&#224; grands frais) quand viendra la session nouv&#232;-&#232;lleu, comme dirait Berlioz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, m&#234;me ma bont&#233; d'&#226;me n'&#233;tant pas insondable (au contraire de la sagacit&#233; et de la comp&#233;tence des admirables institutions qui bienveillamment r&#233;gentent nos ch&#233;tives existences), force m'est d'avouer la difficult&#233; que j'&#233;prouve &#224; ne pas voir en cette proc&#233;dure un &#233;l&#233;mentaire attrape-gogo, et en les jur&#233;s qui la cautionnent, une brochette d'ordures.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C'&#233;tait &#233;crit, je suis le dindon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par ordures, j'entends une forme att&#233;nu&#233;e de ce que Sartre d&#233;finit comme salaud : contrairement au salaud pour qui sa propre valeur et sa propre l&#233;gitimit&#233; &#224; exister ne fait aucun doute, l'ordure n'agit pas en conscience de son individualit&#233; mais se met au service d'une norme dont elle s'efforce d'ignorer l'arbitraire et l'injustice, au profit d'un maintien du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; et d'&#233;ventuels mis&#233;rables avantages personnels. En d'autres termes, l'ordure occupe cette petite place confortable que l'on ne trouve qu'au confluent de l'&#233;go&#239;sme et du conformisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que mon activit&#233; artistique &#8212; ou mon &#233;criture, ou mon id&#233;ologie, ou m&#234;me simplement mon attitude &#8212; puisse d&#233;plaire, c'est un fait acceptable (et du reste, sans cesse confirm&#233;) ; ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici, m&#234;me si je ne suis jamais parvenu &#224; me d&#233;partir de l'espoir enfantin qu'il me serait un jour possible d'&#234;tre aim&#233; de tout le monde. Il ne s'agit pas davantage d'une blessure d'amour propre, m&#234;me s'il me semble incontestablement m&#233;prisable que les t&#226;cherons d'un jury, nimb&#233;s de la haute importance que leur conf&#232;re leur auto-l&#233;gitimation institutionnelle, se permettent de nier mes ann&#233;es d'exp&#233;rience et les milliers d'enfants et adultes qui sont sortis de ma salle de cours (un tant soit peu) plus heureux et plus cultiv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce qui est ici d'une ignominie objective, c'est tout simplement l'indiff&#233;rence envers les cons&#233;quences mat&#233;rielles et sociales de l'arbitraire administratif. N'importe quel &#234;tre humain qui a pu un jour se retrouver du mauvais c&#244;t&#233; du manche (c'est-&#224;-dire pauvre, ch&#244;meur, non-blanc, ou jeune) sait qu'il suffit &#224; un gratte-papier d'une case &#224; cocher pour d&#233;truire une vie, en toute insouciance ; dans le cas pr&#233;sent le pr&#233;judice est minime &#224; comparer du sort de ceux que la machine administrative broie chaque jour dans les pr&#233;fectures, les bureaux de l'Assurance Maladie, des Allocations Familiales et de P&#244;le Emploi. Le peuple fran&#231;ais qui a donn&#233; lieu &#224; la Nuit du 4 Ao&#251;t m&#233;ritait un meilleur destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'injure me rend furieux &#8212; mais la d&#233;shumanisation me &lt;i&gt;terrifie&lt;/i&gt;. Et s'il est une v&#233;ritable blessure engendr&#233;e par cette disconvenue (au demeurant plut&#244;t risible), c'est ici qu'elle r&#233;side : ayant eu l'occasion de me trouver, quarante-cinq minutes durant, face aux membres des jurys, j'ai eu l'impression de m'adresser &#224; de v&#233;ritables &#234;tres humains (il y avait m&#234;me, me dit-on, quelques authentiques musiciens et professeurs dans le tas). L'impression d'une communication sinc&#232;re et respectueuse, d'&#233;gal &#224; &#233;gal : en un mot, une impression d'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dindon, honteux et confus, jura &#8212; mais un peu tard &#8212; qu'on ne l'y prendrait plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lendemain(s) de victoire en Gr&#232;ce et en Europe</title>
		<link>http://v.villenave.net/Lendemain-s-de-victoire-en-Grece-et-en-Europe</link>
		<guid isPermaLink="true">http://v.villenave.net/Lendemain-s-de-victoire-en-Grece-et-en-Europe</guid>
		<dc:date>2015-01-26T13:06:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.kcl.ac.uk/artshums/depts/french/people/academic/kouvelakis/index.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/a&gt; est un &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/auteurs/stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intellectuel&lt;/a&gt; grec de &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/060612/syriza-est-l-expression-d-une-nouvelle-radicalite-gauche-entretien-avec-stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gauche&lt;/a&gt; d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; sur ce [Site]. Je me permets de reproduire ici son analyse de l'&#233;lection essentielle qui s'est tenue en Gr&#232;ce ce 25 janvier 2015 ; au-del&#224; de la victoire importante salu&#233;e par de nombreux commentateurs, il relativise son ampleur r&#233;elle, et envisage de fa&#231;on critique les nombreuses tentations de renoncements &#224; venir.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://v.villenave.net/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.kcl.ac.uk/artshums/depts/french/people/academic/kouvelakis/index.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/a&gt; est un &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/auteurs/stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intellectuel&lt;/a&gt; grec de &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/060612/syriza-est-l-expression-d-une-nouvelle-radicalite-gauche-entretien-avec-stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gauche&lt;/a&gt; d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; sur ce [Site]. Je me permets de reproduire ici son analyse de l'&#233;lection essentielle qui s'est tenue en Gr&#232;ce ce 25 janvier 2015 ; au-del&#224; de la victoire importante salu&#233;e par de nombreux commentateurs, il relativise son ampleur r&#233;elle, et envisage de fa&#231;on critique les nombreuses &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2015-01-19-L-alternative-de-Syriza-passer-sous-la-table-ou&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tentations de renoncements&lt;/a&gt; &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La victoire de Syriza est un espoir et une opportunit&#233; immense pour la&lt;br class='autobr' /&gt;
gauche radicale et le mouvement ouvrier europ&#233;en. On peut le dire&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi de fa&#231;on inverse, un &#233;chec aurait des cons&#233;quences&lt;br class='autobr' /&gt;
incalculables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques rapides commentaires sur les premi&#232;res difficult&#233;s et probl&#232;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, Syriza a fr&#244;l&#233; mais en fin de compte &#233;chou&#233; &#224; obtenir la&lt;br class='autobr' /&gt;
majorit&#233; absolue. Son r&#233;sultat final (36,3%) s'est situ&#233; dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
fourchette basse de ce qu'annon&#231;aient les sondages sortie des urnes,&lt;br class='autobr' /&gt;
celui de la Nouvelle D&#233;mocratie dans la fourchette haute. D'o&#249; un&lt;br class='autobr' /&gt;
certain retournement d'ambiance dans le local de campagne et devant&lt;br class='autobr' /&gt;
les Propil&#233;a hier. Par ailleurs, pour avoir v&#233;cu beaucoup de soir&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;lectorales dans le centre ville d'Ath&#232;nes, je dois dire que celle-ci&lt;br class='autobr' /&gt;
a mobilis&#233; assez peu de monde compar&#233;e aux soirs de victoire du Pasok&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les ann&#233;es 1980-1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les 8,5% d'&#233;cart avec la ND sont un r&#233;sultat important, il&lt;br class='autobr' /&gt;
faut rendre compte des raisons de cette dynamique de moindre ampleur&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'esp&#233;r&#233;e. Les r&#233;sultats laissent voire une tendance frappante : si,&lt;br class='autobr' /&gt;
au niveau national, Syriza progresse de pr&#232;s de 10 points par rapport&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; juin 2012, ou aux europ&#233;ennes, sa progression est nettement moindre&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les grandes centres urbains (avant tout Ath&#232;nes et&lt;br class='autobr' /&gt;
Thessalonique), de l'ordre de six points. Ainsi, alors qu'en juin&lt;br class='autobr' /&gt;
2012, mis &#224; part le d&#233;partement de Xanthi (o&#249; il avait b&#233;n&#233;fici&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appui massif de la minorit&#233; turcophone), son meilleur r&#233;sultat &#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la tr&#232;s ouvri&#232;re et embl&#233;matique pour la &#034;gauche rouge&#034; 2e&lt;br class='autobr' /&gt;
circonscription du Pir&#233;e, cette fois ce sont sept d&#233;partements (dont&lt;br class='autobr' /&gt;
d'anciens bastions du Pasok, notamment en Cr&#232;te et dans le nord du&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;lopon&#232;se) qui surclassent la ceinture industrielle du Pir&#233;e (o&#249; il&lt;br class='autobr' /&gt;
passe quand m&#234;me de 37 &#224; 42%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e de Syriza s'est donc avant tout effectu&#233;e dans les zones&lt;br class='autobr' /&gt;
rurales et semi-urbaines ainsi que dans les moyennes villes de&lt;br class='autobr' /&gt;
province, dans une Gr&#232;ce plus conservatrice et &#034;l&#233;gitimiste&#034; dans son&lt;br class='autobr' /&gt;
comportement politique. Son influence est maintenant plus homog&#232;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le pays, il appara&#238;t comme un &#034;parti de gouvernement&#034; l&#233;gitime,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais il lui a manqu&#233; cette dynamique qui aurait creus&#233; l'&#233;cart dans&lt;br class='autobr' /&gt;
les grandes villes et permis d'arracher les si&#232;ges manquant dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;ga-circonscriptions d'Ath&#232;nes et de Thessalonique. Son profil&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;lectoral est d&#233;sormais celui d'un parti plus &#034;transclasse&#034;, sans les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;asp&#233;rit&#233;s&#034; de 2012, moins nettement ancr&#233; dans les salariat des&lt;br class='autobr' /&gt;
grandes centres urbains, m&#234;me si son influence se situe &#224; un tr&#232;s haut&lt;br class='autobr' /&gt;
niveau et qu'il y obtient la plus grande part des ses voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fait est sans doute &#224; mettre en parall&#232;le avec le fait que le KKE&lt;br class='autobr' /&gt;
enregistre une progression, certes limit&#233;e (+1% par rapport &#224; juin&lt;br class='autobr' /&gt;
2012), ainsi qu'Antarsya (qui passe de 0,33 &#224; 0,64%), progression qui&lt;br class='autobr' /&gt;
concerne essentiellement les grands centres urbains. Syriza a donc&lt;br class='autobr' /&gt;
bien subi des pertes &#034;sur sa gauche&#034;, pour une modeste part, et,&lt;br class='autobr' /&gt;
surtout, n'a pas su mobiliser d'importantes r&#233;serves parmi les&lt;br class='autobr' /&gt;
abstentionnistes (le taux de participation national reste modeste, de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ordre de 64%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau gouvernement, dont la composition n'est pas connue &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'heure om j'&#233;cris ces lignes, se trouvera confront&#233; &#224; des difficult&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
proprement hallucinantes. Les caisses sont vides, plus que pr&#233;vu, les&lt;br class='autobr' /&gt;
recettes de l'Etat s'effondrent. Il apparaitra tr&#232;s vite que le&lt;br class='autobr' /&gt;
financement pr&#233;vu du &#034;programme de Thessalonique&#034; reposaient sur des&lt;br class='autobr' /&gt;
estimations largement sur&#233;valu&#233;es, ou fausses, dont le but &#233;tait de&lt;br class='autobr' /&gt;
laisser croire qu'il &#233;tait r&#233;alisable en r&#233;orientant (pour moiti&#233;) des&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;dits europ&#233;ens (qui sont fl&#233;ch&#233;s, pour une part d&#233;j&#224; attribu&#233;s et&lt;br class='autobr' /&gt;
dont le versement d&#233;pend de toute fa&#231;on du bon vouloir de l'UE), et&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'autre moiti&#233; par une meilleure collecte de recettes fiscales,&lt;br class='autobr' /&gt;
sans r&#233;forme de la fiscalit&#233; et sans avoir recours &#224; des d&#233;ficits.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'orientation strat&#233;gique du gouvernement par rapport &#224; l'UE reste&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;galement floue. Tsipras hier soir a voulu rassur&#233; l'UE et les&lt;br class='autobr' /&gt;
march&#233;s, il a parl&#233; de &#034;dialogue sinc&#232;re&#034; et de &#034;solution mutuellement&lt;br class='autobr' /&gt;
avantageuse&#034;. Le mot &#034;dette&#034; n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai entendu hier avec sid&#233;ration des camarades me faire l'&#233;loge de&lt;br class='autobr' /&gt;
Draghi, en le pr&#233;sentant comme un grand adversaire de Merkel et de&lt;br class='autobr' /&gt;
Schauble et quasiment comme un alli&#233; de Syriza. Aujourd'hui le seul&lt;br class='autobr' /&gt;
dirigeant europ&#233;en dont le visage souriant orne la &#034;une&#034; du site&lt;br class='autobr' /&gt;
officiel du parti left.gr est celui de M. Schulz, qui se propose de&lt;br class='autobr' /&gt;
rencontrer Tsipras imm&#233;diatement. Il semble que des cercles du parti&lt;br class='autobr' /&gt;
soient arriver &#224; se persuader eux-m&#234;mes de la validit&#233; de slogans de&lt;br class='autobr' /&gt;
campagne du type l' &#034;Europe change&#034;, au sens de l' &#034;UE est pr&#234;te &#224; un&lt;br class='autobr' /&gt;
compromis honorable avec nous&#034;. Mais la perspective qui se dessine de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce c&#244;t&#233; est, dans le meilleur des cas, celle de contourner le Tro&#239;ka&lt;br class='autobr' /&gt;
pour &#034;n&#233;gocier&#034; (ah, ce mot &#034;magique&#034; !!) directement avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
institutions de l'UE une version adoucie &#224; la marge des M&#233;morandums.&lt;br class='autobr' /&gt;
Last but not least, M. Kammenos et son parti de droite souverainiste&lt;br class='autobr' /&gt;
ANEL, qui sont sont certes un moindre mal compar&#233; &#224; des formations de&lt;br class='autobr' /&gt;
type Potami, dont l'objectif affich&#233; &#233;tait de forcer Syriza de se&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvoir dans le strict cadre fix&#233; par l'UE et les m&#233;morandums.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins c'est un mal. Sa participation au gouvernement, fut-ce avec&lt;br class='autobr' /&gt;
un seul minist&#232;re, signe la fin symbolique de l'id&#233;e du gouvernement&lt;br class='autobr' /&gt;
de la &#034;gauche anti-aust&#233;rit&#233;&#034;. Par ailleurs c'est un parti de droite,&lt;br class='autobr' /&gt;
soucieux notamment de prot&#233;ger le &#034;noyau dur&#034; de l' appareil d'Etat&lt;br class='autobr' /&gt;
(il faudra suivre avec attention le portefeuille qui lui sera&lt;br class='autobr' /&gt;
attribu&#233;). Nul hasard si ses premi&#232;res demandes &#233;taient le minist&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
de la d&#233;fense ou de l'ordre public. Il semble n&#233;anamoins qu'il ne les&lt;br class='autobr' /&gt;
obtienne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marge de manoeuvre est donc &#233;troite mais les ambig&#252;it&#233;s n'ont qu'un&lt;br class='autobr' /&gt;
temps. La soci&#233;t&#233; reste pour l'instant passive, mais les attentes sont&lt;br class='autobr' /&gt;
tr&#232;s concr&#232;tes et tr&#232;s fortes. Une t&#226;che redoutable attend les forces&lt;br class='autobr' /&gt;
qui sont conscientes des dangers et d&#233;termin&#233;es &#224; d&#233;fendre les points&lt;br class='autobr' /&gt;
cl&#233; du programme de rupture avec l'aust&#233;rit&#233; qui est celui de Syriza.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus que jamais il deviendra clair qu'entre la confrontation et le&lt;br class='autobr' /&gt;
reniement l'espace est proprement inexistant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le moment de v&#233;rit&#233; est imminent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pour autant que je puisse voir, Kouvelakis n'a pas publi&#233; cet article sur le Web (&#224; l'exception d'une page sur un r&#233;seau dit &#034;social&#034;). Toutefois, une traduction en anglais est parue dans le magazine &lt;a href=&#034;https://www.jacobinmag.com/2015/01/syriza-greece-victory-kouvelakis-left/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Jacobin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;[&lt;i&gt;Mise &#224; jour 29 janvier 2015&lt;/i&gt; : Cet article est &#233;galement repris en fran&#231;ais sur le &lt;a href=&#034;https://www.ensemble-fdg.org/content/grce-lendemains-de-victoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site du parti &lt;i&gt;Ensemble&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, membre du Front de Gauche.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce roman n'est pas le mien</title>
		<link>http://v.villenave.net/Ce-roman-n-est-pas-le-mien</link>
		<guid isPermaLink="true">http://v.villenave.net/Ce-roman-n-est-pas-le-mien</guid>
		<dc:date>2015-01-13T12:52:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Pour une lecture narratologique et id&#233;ologique de l'attentat contre le journal &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://v.villenave.net/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour une lecture narratologique et id&#233;ologique de l'attentat contre le journal &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;span style=&#034;font-weight:initial;&#034;&gt;(Avertissement &#8212; &lt;i&gt;Naturellement et comme dans tous les articles de ce [Site], le lecteur ou la lectrice est invit&#233;(e) &#224; ajouter mentalement les mots &#034;&#192; mon avis,&#034; devant chaque phrase de ce texte.&lt;/i&gt;)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous y voil&#224;. L'Histoire se fait. Et comme je le &lt;a href='http://v.villenave.net/breve21'&gt;pressentais il y a quelques jours&lt;/a&gt;, Charlie Hebdo n'y est pour rien ; ce qui aurait d&#251; rester un fait divers vient de servir &#224; &#233;crire une nouvelle page de notre glorieux Roman National.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'&#233;nonciation du fait divers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;ressante expression que celle-ci : &#034;fait divers&#034;. Elle est &#224; la fois la cons&#233;quence, et le meilleur symbole, du classement de l'information : j'imagine le journaliste face &#224; ses corbeilles &#233;tiquet&#233;es &#034;France&#034;, &#034;International&#034;, &#034;Politique&#034;, &#034;Sant&#233;&#034;, &#034;Sport&#034; (tr&#232;s important le sport), &#034;Soci&#233;t&#233;&#034; peut-&#234;tre... et puis la corbeille tout au bout : &#034;Divers&#034;. Un fait divers n'est pas de ces actualit&#233;s-processus qu'il faut suivre au long cours : compact et digeste, il comporte sa propre narration, ses personnages (en nombre r&#233;duit), et l'on peut en prendre connaissance d'une seule lecture, au contraire d'un projet de loi, d'une &#233;lection, d'une gr&#232;ve ou d'une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette condensation du r&#233;cit peut d'ailleurs s'exprimer par le recours aux images (&#034;le choc des photos&#034;), qui dans le cas du fait divers ne rel&#232;vent plus du photoreportage (une s&#233;rie de clich&#233;s ou de croquis r&#233;alis&#233;e sur le terrain et dont la raison d'&#234;tre est de relater les &#233;v&#232;nements de la fa&#231;on la plus compl&#232;te possible) mais de l'image contingente et intra-di&#233;g&#233;tique (une photo accidentellement prise par un acteur ou un spectateur involontaire de l'action, un photogramme de vid&#233;o-surveillance, un &lt;i&gt;mugshot&lt;/i&gt; de la police) qui devient alors une &#034;pi&#232;ce&#034; unique et privil&#233;gi&#233;e du dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait divers, qu'il soit anecdotique ou tragique, peut mettre en sc&#232;ne quelqu'un &#224; qui l'on s'identifie : de la m&#234;me r&#233;gion que moi, du m&#234;me m&#233;tier ou de la m&#234;me extraction que moi, de la m&#234;me couleur de peau... ou encore quelqu'un que j'imagine vuln&#233;rable et impuissant tout comme moi membre de la foule anonyme : une femme, un enfant, un vieillard. &#192; l'occasion &#8212; et cela ne lui donnera que plus de saveur &#8212; le fait divers fera intervenir une c&#233;l&#233;brit&#233;, c'est-&#224;-dire quelqu'un que l'on connait (de nom, de visage) et &#233;ventuellement &#224; qui l'on s'identifiera d'autant plus volontiers qu'elle est ainsi ramen&#233;e &#224; sa nature de simple mortel (tout comme moi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre du r&#233;cit, naturellement, aide au processus d'identification (ce que les journalistes qualifient de &lt;i&gt;concernant&lt;/i&gt;) : je suis cens&#233;ment plus sensible &#224; l'histoire de quelqu'un qui vit dans le m&#234;me quartier que moi, ou dans une rue en tous points identique &#224; la mienne &#8212; un ressort narratif d'ailleurs bien connu : l'extraordinaire n'est jamais plus frappant que lorsqu'il advient dans un cadre &lt;i&gt;ordinaire&lt;/i&gt;. Enfin, le degr&#233; de cette identification sera aussi (et surtout) fonction de l'universalit&#233; du r&#233;cit racont&#233; : les th&#232;mes les plus universels &#233;tant &#233;videmment ceux qui affectent la vie elle-m&#234;me, comme la naissance d'un enfant, un deuil brutal, ou une mort soudaine et inattendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de son r&#244;le social (sur lequel je reviens dans un instant), le r&#233;cit du fait divers fonctionne plus efficacement lorsqu'il met en sc&#232;ne certains arch&#233;types sociaux que d'autres. Pour prendre un exemple d&#233;suet mais sans doute encore actif dans l'imaginaire collectif, on r&#233;agira diff&#233;remment en lisant &#034;cette m&#232;re de famille ch&#244;meuse mange ses enfants&#034; ou en lisant &#034;cette institutrice de maternelle mange ses &#233;l&#232;ves&#034; (cela fonctionne aussi bien dans le sens contraire, en rempla&#231;ant &#034;mange&#034; par &#034;sauve d'un incendie&#034;). De m&#234;me lorsqu'un policier est tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cho (identification, familiarit&#233;) que le fait divers produit chez son lecteur, il faut donc ajouter les pr&#233;suppos&#233;s de l'&lt;i&gt;&#233;nonciateur&lt;/i&gt; : m&#234;me un journaliste qui tiendrait la rubrique dite des &#034;chiens &#233;cras&#233;s&#034; aura tendance &#224; s'exprimer de fa&#231;on plus expressive et plus marquante le jour o&#249; c'est &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; propre chien qui aura tr&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme un feuilleton dont on peut se permettre de manquer quelques &#233;pisodes, le propre du fait divers est qu'il reste &lt;i&gt;inessentiel&lt;/i&gt; : le lecteur peut se permettre de l'ignorer et de passer directement &#224; la rubrique suivante, sans la moindre cons&#233;quence. Rassurant par sa d&#233;politisation m&#234;me, le fait divers est une pause dans la marche de l'Histoire, ce qui le rend aussi, par essence, in&#233;puisable : le lecteur qui manquerait cette rubrique sait non seulement que cela ne l'emp&#234;chera pas de comprendre le monde et la vie, mais il sait aussi que dans le prochain num&#233;ro du journal se trouveront d'&lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; faits divers, ni plus ni moins int&#233;ressants. En cela, le fait divers (une &#034;&lt;i&gt;litt&#233;rature du pauvre&lt;/i&gt;&#034;, comme l'avait constat&#233; jadis un illustre &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Christin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;tudiant&lt;/a&gt; de la Sorbonne)&lt;br class='autobr' /&gt;
se rapproche d'une consommation culturelle d'agr&#233;ment &#8212; mais distrayant ne veut pas toujours dire plaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anodin au regard de l'Histoire, le fait divers peut pour autant &#234;tre sanglant, choquant, repoussant &#8212; sa capacit&#233; &#224; &#233;mouvoir fait pr&#233;cis&#233;ment son succ&#232;s ; regarder une couverture de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Nouveau_D%C3%A9tective&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;D&#233;tective&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; suffit &#224; s'en convaincre. Les faits divers violents sont donc ceux qui auront &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2012/01/07/les-faits-divers-ont-fait-un-retour-en-force-par-le-biais-de-la-tele_786682&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le plus large &#233;cho&lt;/a&gt;, au point de tenir lieu de &lt;i&gt;catharsis&lt;/i&gt; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme l'identification aux protagonistes, le fait de d&#233;signer des repoussoirs est une attitude humaine fondamentale. En ce sens, le fait divers n'est pas seulement exutoire mais joue &#233;galement un r&#244;le d'&lt;i&gt;&#233;dification&lt;/i&gt; comminatoire, inculquant &#224; son lectorat les codes moraux de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on comprend alors combien l'&#233;nonciation du r&#233;cit n'est pas neutre, mais peut jouer sur des injonctions anxiog&#232;nes en passant de &#034;voyez ce qui arrive aux autres, et vous serez bien content de votre propre sort&#034; &#224; &#034;voyez ce qui pourrait &lt;i&gt;vous&lt;/i&gt; arriver demain, &#224; vous &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que, d'un fait divers, l'on construit un &lt;i&gt;trauma&lt;/i&gt; collectif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une temp&#234;te parfaite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Revenons-en &#224; l'attentat du mercredi 7 janvier 2015 contre le journal &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. En quoi s'agit-il d'un fait divers ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un r&#233;cit simple (deux meurtriers ont tu&#233; douze personnes)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; concernant un nombre r&#233;duit de personnes (perp&#233;trateurs et victimes)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mettant en sc&#232;ne un crime violent
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sortant de l'ordinaire (dans le contexte d'un immeuble parisien)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inessentiel (un journal marginal, au lectorat alors restreint)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; difficilement classable (crime religieux ? politique ? culturel ? j'y reviens)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles raisons peuvent-elles conduire &#224; lui accorder davantage d'importance qu'&#224; un fait divers plus commun ? J'en proposerai quelques-unes, que je tente ici de classer selon la place qui leur fut r&#233;serv&#233;e dans le r&#233;cit m&#233;diatique :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la pr&#233;sence parmi les victimes de personnalit&#233;s c&#233;l&#232;bres (en tout cas, c&#233;l&#232;bres aupr&#232;s des g&#233;n&#233;rations et classes sociales les plus repr&#233;sent&#233;es m&#233;diatiquement et politiquement)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la violence des &#233;v&#232;nements (et des images qui nous en sont parvenues)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le nombre des victimes (une douzaine le mercredi, une vingtaine au total)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la pr&#233;sence parmi les victimes de personnes que l'on peut pr&#233;sumer vuln&#233;rables (des civils non arm&#233;s, des femmes, des vieillards)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la repr&#233;sentation, parmi les victimes, de professions socialement l&#233;gitim&#233;es (journalistes, policiers &#8212; notons au passage que les caricaturistes sont ici assimil&#233;s &#224; des journalistes, pour les besoins de la cause, alors que d'ordinaire leur parole fait les frais du &lt;a href='http://v.villenave.net/06-A-quoi-revent-les-moutons-electriques' class=&#034;spip_in&#034;&gt;d&#233;samor&#231;age&lt;/a&gt; inh&#233;rent &#224; la marginalit&#233; sociale du statut d'&#034;artiste&#034;)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le lien possible entre cet attentat et des probl&#233;matiques soci&#233;tales d&#233;j&#224; pr&#233;sentes dans l'imaginaire collectif
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la proximit&#233; g&#233;ographique des lieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons ces points par ordre inverse. La proximit&#233; g&#233;ographique est un point qui est quasiment pass&#233; inaper&#231;u dans les (innombrables) rapports et commentaires, tant il semble &#233;vident pour l'ensemble des observateurs que tout ce qui importe ne peut se passer qu'&#224; Paris. Ce facteur me semble pourtant important, tant l'on conna&#238;t le tropisme parisianiste de l'ensemble de la presse (&#233;crite, radiophonique et t&#233;l&#233;visuelle) nationale. Ici plus que jamais s'applique la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_proximit%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;loi&lt;/a&gt; dite &#034;du mort au kilom&#232;tre&#034; ; c'en est m&#234;me un parfait cas d'&#233;cole. &#192; l'accessibilit&#233; imm&#233;diate de la sc&#232;ne de crime s'ajoute ici la familiarit&#233; des lieux, les rues du quartier de la Bastille n'&#233;tant inconnue &#224; aucun journaliste &#8212; et l'on retrouve ainsi le motif du surgissement de l'extraordinaire dans un cadre ordinaire, que j'&#233;voquais plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux points pr&#233;c&#233;dents (les professions concern&#233;es et les probl&#233;matiques li&#233;es) permettent de pr&#233;senter le r&#233;cit sur des rails id&#233;ologiques pr&#233;-existants, auxquels les &#233;l&#233;ments factuels ont ici l'obligeance de s'adapter comme s'ils avaient &#233;t&#233; calibr&#233;s (sc&#233;naris&#233;s, pr&#233;m&#226;ch&#233;s) tout expr&#232;s : le courageux-journaliste-victime-d'un-l&#226;che-attentat, le policier-h&#233;ro&#239;que-qui-s'interpose-en-vain, et en regard, le m&#233;chant-terroriste-barbu-arm&#233;-jusqu'aux-dents-qui-crie-All&#257;hu-akbar. Ces personnages pr&#233;sentent l'avantage de n'avoir &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/The_medium_is_the_message&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nul besoin de pr&#233;sentations&lt;/a&gt; : le lecteur/spectateur standard les poss&#232;de &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; &#224; l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rendons, au passage, justice aux meurtriers (ce sera bien la seule fois) : quoiqu'ils aient pu proclamer, leur propre comportement est &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; une auto-caricature f&#233;roce, o&#249; se c&#244;toient fondamentalisme, m&#233;chancet&#233; gratuite, machisme, incoh&#233;rence id&#233;ologique la plus totale, stupidit&#233; crasse (se tromper d'adresse pour sa fusillade, perdre une basket en volant un v&#233;hicule pour s'enfuir, ou encore le coup des papiers d'identit&#233; oubli&#233;s dans ledit v&#233;hicule vol&#233;)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me et troisi&#232;me points (le nombre de victimes et la violence avec laquelle elles ont perdu la vie) sont les seules donn&#233;es factuelles et objectives pouvant faire de cet attentat un fait divers important ; associ&#233;s au point suivant (la fragilit&#233;, suppos&#233;e mais probablement r&#233;elle, des victimes), elles posent les bases d'un sentiment (et d'un discours) compassionnel qui pr&#233;sente l'avantage de s'articuler &#224; merveille avec les arch&#233;types et id&#233;olog&#232;mes &#233;voqu&#233;s &#224; l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le premier point est sans doute le plus imm&#233;diatement apparent : le nom des victimes les plus c&#233;l&#232;bres. Rares furent les comptes-rendus publi&#233;s peu apr&#232;s l'attentat qui ne mentionnaient pas ces noms dans leurs titres ; inexistants furent ceux qui, m&#234;me en fin d'article ou de reportage, portaient mention du nom des victimes les moins connues (particuli&#232;rement celles qui n'&#233;taient ni membres des forces de l'ordre, ni employ&#233;es par un journal).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'assassinat multiple du mercredi 7 janvier se pr&#233;sente d'embl&#233;e comme une &lt;i&gt;convergence de signes&lt;/i&gt;, la &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Perfect_storm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;temp&#234;te parfaite&lt;/a&gt; narratologique qui ne peut manquer de susciter un bruit m&#233;diatique consid&#233;rable (et le mot &#034;bruit&#034; est le seul qui me paraisse ici appropri&#233;), puis &#8212; tr&#232;s t&#244;t &#8212; des injonctions id&#233;ologiques et compassionnelles coh&#233;rentes et unanimes. (Malgr&#233; quelques gestes embryonnaires en ce sens, l'on chercherait en vain, par exemple, pareille unanimit&#233; nationale et hommage institutionnel compass&#233; &#224; la mort de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incidents_de_Clichy-sous-Bois&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zyed et Bouna&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Cl%C3%A9ment_M%C3%A9ric&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cl&#233;ment M&#233;ric&lt;/a&gt; ou de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestation_des_25_et_26_octobre_2014_contre_le_barrage_de_Sivens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;mi Fraisse&lt;/a&gt; plus r&#233;cemment.) Nul besoin donc de chercher l&#224; la moindre volont&#233; coordonn&#233;e, la moindre intentionnalit&#233; &#8212; bien- ou malveillante &#8212; des agents du champ m&#233;diatico-politique : le &lt;i&gt;r&#233;cit&lt;/i&gt; en lui-m&#234;me a tout pour les amener &#224; se comporter en fid&#232;le porte-voix, d&#233;pourvu de tout regard critique et analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Au lieu de porte-voix, j'allais &#233;crire &lt;i&gt;muezzin&lt;/i&gt;. Certes, assimiler des journalistes &#224; des muezzins ne serait pas gentil pour ces derniers, &#224; plus d'un titre &#8212; mais l'on comprend mieux pourquoi la presse, &#224; l'occasion, se penche gravement sur &#034;la question&#034; d'une possible interdiction des minarets : ils font concurrence &#224; ses &lt;i&gt;propres&lt;/i&gt; appels &#224; la pri&#232;re...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne, naturellement, &#224; &#233;voquer (pour la derni&#232;re fois, on l'esp&#232;re), ce qu'&#233;tait v&#233;ritablement &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour en finir avec Charlie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que je l'ai &lt;a href='http://v.villenave.net/breve21'&gt;&#233;crit&lt;/a&gt; peu apr&#232;s la fusillade, j'avais fait mon deuil de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; &#8212; comme beaucoup de gens de gauche &#8212; depuis longtemps d&#233;j&#224;. L'&#233;volution du journal, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2960.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;depuis sa construction&lt;/a&gt; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 mais plus particuli&#232;rement dans &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les derni&#232;res ann&#233;es&lt;/a&gt;, avait mis en lumi&#232;re ses renoncements et sa triste inad&#233;quation en regard de l'esprit contestataire que ses auteurs les plus &#226;g&#233;s avaient port&#233; jadis, notamment au sein de son pr&#233;d&#233;cesseur &lt;i&gt;Hara-Kiri&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non qu'il soit pertinent de le taxer (en tout cas depuis le d&#233;part de Philippe Val puis de Caroline Fourest) d'islamophobie maladive : il ne fait aucun doute pour moi que les caricaturistes de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; tapaient sur tout le monde (ou du moins le croyaient-ils) indiff&#233;remment, religieux et politiques compris... et aussi (et c'est l&#224; que le b&#226;t commence &#224; blesser) en traitant avec le m&#234;me m&#233;pris les puissants et les faibles, c'est-&#224;-dire certains pans du corps social d&#233;j&#224; maltrait&#233;s et marginalis&#233;s tels que la population musulmane fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que trahi(ssai)t ainsi la r&#233;daction du journal, n'&#233;tait ni une malveillance inh&#233;rente (encore qu'il fut un temps o&#249; se revendiquer &#034;b&#234;te et m&#233;chant&#034; aurait &#233;t&#233; pour d'aucuns un titre de gloire) ni un hypoth&#233;tique racisme fondamental mal dissimul&#233; (&lt;a href=&#034;http://lmsi.net/De-quoi-Charlie-est-il-le-nom&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quoique&lt;/a&gt;), mais son (toujours plus) &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/Censure-droit-au-blaspheme-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faible degr&#233;&lt;/a&gt; de conceptualisation, de culture politique, de coh&#233;rence (revendiquer la libert&#233; d'expression mais pr&#233;tendre &lt;a href=&#034;http://ecrans.liberation.fr/ecrans/1996/09/12/les-173-704-signatures-de-charlie-hebdo_183854&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faire interdire&lt;/a&gt; un parti politique), de discernement et tout simplement, d'intelligence. En deux mots, le journal trahit ce qu'Olivier Cyran a &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;qualifi&#233;&lt;/a&gt; (tr&#232;s pertinemment &#224; mon sens) de &#034;paresse intellectuelle&#034;, &#224; laquelle &#034;&lt;i&gt;[l]a posture antireligieuse offre un moyen commode de se pr&#233;lasser dans son ignorance, de faire passer pour insolents ses petits r&#233;flexes de contraction mentale. Elle donne du lustre &#224; un manque b&#233;ant d'imagination et &#224; un conformisme corrod&#233; par les yeux doux de l'extr&#234;me droite&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien. R&#233;publicain et anti-religieux, je ne vois &lt;i&gt;aucun&lt;/i&gt; inconv&#233;nient intrins&#232;que &#224; caricaturer le &#034;proph&#232;te&#034; Mahomet, ni &#224; manquer de respect &#224; quelque religion que ce soit. Mais qu'y a-t-il exactement de &#034;courageux&#034; ou d'in&#233;dit, aujourd'hui, &#224; critiquer la religion musulmane ? Ce n'est pas comme si ce point de vue ne s'&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/culture/zemmour-bat-tous-les-records-de-vente-21-10-2014-1874334_3.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;talait pas&lt;/a&gt; d&#233;j&#224; &#224; longueur de m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;... et m&#234;me, nous le verrons, jusque dans les institutions de l'appareil d'&#201;tat. Nonobstant, le mensonge &#233;hont&#233; qui consiste &#224; pr&#233;senter son propre crypto-racisme islamophobe comme un discours subversif et audacieux (&#034;seul contre tous, je pourfends la bienpensance et le droit-de-l'hommisme, la Pens&#233;e Unique et le politiquement correct&#034;) est un &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; &#233;cul&#233; de l'extr&#234;me-droite, nomm&#233;e ou innomm&#233;e &#8212; et que &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; s'empresse donc de perp&#233;tuer sans aucune remise en question. Du reste, l'extr&#234;me-droite ne s'y est pas tromp&#233;e, qui n'a &#233;t&#233; que trop heureuse de r&#233;cup&#233;rer une large part du discours de l'hebdomadaire &#8212; quand ce n'&#233;tait pas, &lt;a href=&#034;https://www.bakchich.info/blogs/2013/11/18/apprenons-a-distinguer-le-dessin-de-charlie-du-dessein-de-minute-62901&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tr&#232;s curieusement&lt;/a&gt;, l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'avait pris soin d'ignorer &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, c'est que la religion est avant tout un &lt;u&gt;fait social&lt;/u&gt; &#8212; ou pour &#234;tre plus pr&#233;cis, la composante importante (mais pas toujours essentielle) d'un fait social. Il peut &#234;tre amusant de parodier de soi-disants proph&#232;tes ou des rituels volontiers ridicules, il est d&#233;fendable et l&#233;gitime de d&#233;noncer des personnages puissants qui se revendiquent de tel ou tel monoth&#233;isme pour commettre des actes &#233;go&#239;stes et injustes... mais c'est une toute autre chose que de se moquer du &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; lui-m&#234;me. Or, telle est pr&#233;cis&#233;ment la tendance qu'avait insensiblement adopt&#233;e la revue &#224; l'&#233;gard du peuple musulman, alors que celui-ci, dans son ensemble, est pr&#233;cis&#233;ment l'une des populations les plus fragilis&#233;es &#233;conomiquement, sociologiquement, et confront&#233;e &#224; de nombreux facteurs adverses : discriminations, racisme d'&#201;tat, histoire coloniale mal dig&#233;r&#233;e, taux de ch&#244;mage et de pauvret&#233; importants,... Partant, il n'est pas acceptable que la d&#233;nonciation des fondamentalismes religieux serve de pr&#233;texte &#224; des repr&#233;sentations &#244; combien spirituelles et originales (r&#233;alis&#233;es par la revue ou reprises &#224; son compte) o&#249; la population musulmane dans son ensemble appara&#238;t comme un ramassis de paresseux, misogynes, violents, cramponn&#233;s aux aides sociales, et d&#233;cid&#233;ment incompatibles avec la R&#233;publique de gens civilis&#233;s que &#034;nous&#034; nous &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/De-la-Liberte-d-Expression-a-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;savons &#234;tre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la n&#233;gation du fait social, et l'attitude consistant &#224; d&#233;consid&#233;rer les facteurs d&#233;terminants des individus et en particulier leur contexte socio-culturel est, on le sait, un marqueur id&#233;ologique de la droite. Il n'est que d'autant plus &#233;trange d'avoir vu ces caricaturistes cens&#233;ment gauchistes, anars ou libertaires, revendiquer leur droit de s'asseoir sans vergogne sur toute r&#233;flexion politique, attitude pour le moins l&#233;g&#232;re &#8212; sinon franchement irresponsable &#8212; pour qui se retrouve, de son propre choix, d&#233;tenteur d'une parole publique et symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce glissement est &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/De-qui-Charlie-est-il-le-nom&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'autant plus g&#234;nant&lt;/a&gt; qu'il souligne une diff&#233;rence de traitement avec d'autres religions monoth&#233;ismes, &#224; commencer par la religion juive, qui donna d'ailleurs lieu, au prix d'une extrapolation pour le moins douteuse, &#224; l'&#233;viction d'un &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sin%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dessinateur historique&lt;/a&gt; du journal, avec l'assentiment de ses co-&#233;quipiers &#8212; ceux-l&#224; m&#234;me que l'on nous pr&#233;sente aujourd'hui comme d'h&#233;ro&#239;ques chantres de la libert&#233; d'expression. Du reste, comme n'a pas &lt;a href=&#034;https://firstlook.org/theintercept/2015/01/09/solidarity-charlie-hebdo-cartoons/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;manqu&#233; de le remarquer&lt;/a&gt; le (tr&#232;s) grand journaliste Glenn Greenwald, assimiler une population &#224; son culte religieux quel qu'il soit est aujourd'hui socialement proscrit d&#232;s qu'il s'agit de la religion juive, alors que &#034;nos&#034; soci&#233;t&#233;s (ou du moins ses acteurs les plus l&#233;gitim&#233;s) le tol&#232;rent sans mal d&#232;s qu'il s'agit d'Islam. Cette in&#233;galit&#233; de traitement s'assied d&#233;lib&#233;r&#233;ment, non seulement sur toutes les r&#233;alit&#233;s sociologiques et toutes les injustices politiques et &#233;conomiques, on l'a vu, mais aussi sur l'Histoire, et notamment sur le contexte g&#233;opolitique sensible que constitue l'inique affrontement israelo-palestinien ; j'y reviens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;politisez, il en restera toujours quelque chose&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour le conceptualiser en employant un autre mot, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; se pr&#233;sente en dernier lieu comme une entreprise de &lt;u&gt;d&#233;politisation&lt;/u&gt;. (C'est bien ce qui a rendu n&#233;cessaire son d&#233;passement, qui a conduit l'hebdomadaire &#224; ne plus &#234;tre lu que par une infime minorit&#233; du peuple de gauche &#8212; mais c'&#233;tait avant qu'il &lt;a href=&#034;http://www.lexpress.fr/actualite/medias/5-millions-d-exemplaires-de-charlie-hebdo-un-record-historique-pour-la-france_1640576.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;acc&#232;de&lt;/a&gt; au statut d'embl&#232;me national).) D&#233;politisation des questions sociales, religieuses, politiques m&#234;me : dans le petit castelet des caricaturistes, quelques nobles valeurs qu'ils puissent revendiquer, tout se vaut et se c&#244;toie dans un m&#234;me irrespect de fa&#231;ade finalement bien peu subversif &#8212; tant qu'il n'entre pas en &#233;cho avec une violence bien r&#233;elle, qu'elle soit symbolique comme celle du racisme d'&#201;tat qui maltraite quotidiennement quatre millions de nos compatriotes, ou physique comme dans les p&#233;riodes o&#249;, au hasard, un &#233;tat riche d&#233;cide de massacrer all&#232;grement la population civile qu'il a d&#233;j&#224; priv&#233; de larges parties de son territoire et de sa dignit&#233; humaine. Et pour &#244;ter toute ambigu&#239;t&#233; : oui, je fais ici r&#233;f&#233;rence &#224; l'ignoble traitement de la Palestine par le gouvernement d'Isra&#235;l, traitement que l'&#201;tat fran&#231;ais n'est que trop heureux de cautionner y compris en &lt;a href=&#034;http://www.francetvinfo.fr/societe/manifestations-propalestiniennes-en-france/le-conseil-d-etat-confirme-l-interdiction-de-la-manifestation-pro-palestinienne-a-paris_656087.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interdisant&lt;/a&gt; &#8212; sous les &lt;a href=&#034;http://www.huffingtonpost.fr/2014/07/23/manifestation-pro-palestine-francais-interdiction-sondage_n_5612180.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hourras&lt;/a&gt; de la bonne soci&#233;t&#233; &#8212; aux musulmans de France de protester. La libert&#233; d'expression, on en reparle quand ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce journal que la Nation feint aujourd'hui de red&#233;couvrir avec &#233;merveillement (moyennant une bonne couche d'hypocrisie : les enfants d'&#233;cole primaire que l'on oblige &#224; observer religieusement une minute de silence &#034;pour Charlie&#034;, se verraient s&#233;v&#232;rement tanc&#233;s s'ils dessinaient le quart du douzi&#232;me de son contenu ; du reste, l'on a soigneusement veill&#233; &#224; les en pr&#233;server), son lectorat de gauche, en tout cas celle dont je me revendique, en avait &lt;i&gt;fini&lt;/i&gt; avec lui depuis bien longtemps d&#233;j&#224;. On pouvait &#233;ventuellement en regarder les Unes en passant, d'un regard torve et vaguement amus&#233;, mais l'on savait qu'il n'y avait plus rien &#224; en attendre. Et inversement : &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; lui-m&#234;me en avait fini avec nous, ne tirant ses derniers revenus que du semblant de l&#233;gitimit&#233; que lui avaient valu ses trahisons et renoncements successifs. &#201;tant bien entendu que, comme toujours, la d&#233;politisation ne saurait profiter qu'au maintien du statu quo, &#224; l'Ordre et la R&#233;action : en un mot, &#224; la droite (f&#251;t-elle nomm&#233;ment &#034;de gauche&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons-y de la pr&#233;caution n&#233;cessaire &#8212; d'autant que la France, dans son amour notoire de la libert&#233; d'expression, ne manque pas de &lt;a href=&#034;http://www.leparisien.fr/strasbourg-67000/strasbourg-un-internaute-juge-lundi-pour-apologie-de-l-attentat-contre-charlie-hebdo-10-01-2015-4435683.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;punir&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/2015/01/13/quatre-ans-de-prison-apres-avoir-felicite-les-freres-kouachi-lors-de-son-arrestation_1179547&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;promptement&lt;/a&gt; quiconque s'oppose &#224; l'unanimisme d&#233;cr&#233;t&#233; &#8212; : NON, je ne cherche pas ici &#224; dire qu'au fond, les personnes qui ont &#233;t&#233; abattues l'avaient bien cherch&#233;. NON, je ne cherche pas &#224; justifier les crimes commis &#8212; et d'ailleurs, pour autant que je sache, les meurtriers n'&#233;taient pas des militants alter-gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je dis, en revanche, c'est que la d&#233;fection (assum&#233;e) du lectorat le plus sinc&#232;re de ce journal, au long des deux derni&#232;res d&#233;cennies, laissait la voie grande ouverte &#224; une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.les-crises.fr/indecense-rendons-hommage-a-charlie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;appropriation&lt;/a&gt; de son discours et de son existence : celle, institutionnelle et compassionnelle, des larmes de crocodile et des Symboles Nationaux, &#224; laquelle nous assistons. Celle de l'Union-devant-ce-crime-affreux, celle de la d&#233;fense-des-Valeurs-civilis&#233;es-contre-la-barbarie, celle de l'Amour-de-la-Libert&#233;-de-la-presse et autres grands mots &#224; majuscule.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH220/je-suis-charlie-b3173613-3f23f.jpg?1772312557' width='500' height='220' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Celle, enfin, du grotesque hashtag #JeSuisCharlie, &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2015-01-13-Charlie-a-tout-prix&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;injonction morale&lt;/a&gt; puissante et universelle &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; vide de sens : rassembler est ici d'autant plus essentiel que le 6 janvier 2015 &lt;i&gt;plus personne&lt;/i&gt; &#034;n'&#233;tait Charlie&#034;, sauf peut-&#234;tre quelques milliers de lecteurs sinc&#232;rement nostalgiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on comprend alors combien il est facile aujourd'hui &#224; la presse et aux dirigeants politiques de revendiquer je ne sais quel &#034;h&#233;ritage&#034; de l'hebdomadaire : cela permet de s'acheter &#224; bon compte une conscience apparemment pluraliste et cens&#233;ment libertaire, sans gu&#232;re prendre de risque (si ce n'est, &#224; l'occasion, celui de manifester incidemment un m&#233;pris palpable envers la population musulmane &#8212; rien de bien grave, donc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que, en derni&#232;re analyse, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; &#233;tait la cible parfaite de cette temp&#234;te parfaite : un journal sulfureux et d'apparence subversive, mais fondamentalement d&#233;politis&#233;, et donc en pleine ad&#233;quation avec le calibrage exig&#233; par les sph&#232;res politiques et m&#233;diatiques l&#233;gitim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans quoi la R&#233;publique est-elle soluble ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le fait divers se fait trauma collectif, l'objet et le sujet m&#234;me du r&#233;cit deviennent vite, en fin de compte, tous deux dispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que ce qui est exig&#233; du corps social par le r&#233;cit (j'entends, son contenu aussi bien que son &#233;nonciation), c'est d'abdiquer sa raison au profit de ses passions. Loin d'opposer la moindre r&#233;sistance &#224; ce mot d'ordre, il nous est donn&#233; d'observer que ce dernier n'est que trop heureux d'obtemp&#233;rer. En un moment de crise, les agents se replient sur ce qu'ils savent le mieux faire : les journalistes p&#233;rorent et r&#233;p&#232;tent en boucle sans le moindre recul ; les politiciens &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/01/07/97001-20150107FILWWW00410--charlie-hebdo-valls-convie-sarkozy-a-la-marche-republicaine-de-samedi.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;cup&#232;rent&lt;/a&gt; tout ce qui peut l'&#234;tre (et m&#234;me le reste) ; les d&#233;vots &lt;a href=&#034;http://www.europe1.fr/sport/football/flashs/charlie-hebdo-une-minute-de-silence-en-ligue-1-2337557&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prient&lt;/a&gt; ; les twittos twittent ; les moutons s'agr&#232;gent (comme on le verra de fa&#231;on paroxystique lors de l'absurde c&#233;r&#233;monie du dimanche 11 janvier 2015)... Tout esprit critique, toute pr&#233;occupation civique, toute &lt;a href=&#034;http://www.europe1.fr/sante/charlie-hebdo-les-chirurgiens-cessent-leur-greve-2337641&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revendication sociale&lt;/a&gt;... s'arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant (et, disons-le, assez effrayant) de voir ce qui reste lorsque toute rationalit&#233; est abdiqu&#233;e. Pour une poign&#233;e de gens (moins qu'on ne le craindrait, apparemment), ce sera le r&#233;flexe raciste &#8212; d'autant plus d&#233;complex&#233; qu'il a &#233;t&#233; soigneusement l&#233;gitim&#233; par le discours &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;, nous l'avons vu. Pour la plus grande masse, ce sera de revenir (&lt;a href=&#034;http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150112.OBS9769/les-policiers-ces-mal-aimes-savourent-les-applaudissements.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;non sans veulerie&lt;/a&gt;, aux yeux du mauvais esprit que je suis) dans le rassurant giron de l'Ordre social. Pour beaucoup, ce sera sous forme &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/societe/trois-millions-de-charlie-hebdo-dans-les-kiosque-ce-mercredi-12-01-2015-1895961_23.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consum&#233;riste&lt;/a&gt; (l'exploitation commerciale restant le plus stable succ&#233;dan&#233; du lien social dans une soci&#233;t&#233; capitaliste) &#8212; &#224; rapprocher des &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.clubic.com/internet/actualite-748737-charlie-hebdo-recoit-250-000-google.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;oboles expiatoires&lt;/a&gt; vers&#233;es par les instances &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/01/08/97002-20150108FILWWW00371-charlie-hebdo-pellerin-veut-debloquer-un-million-d-euros.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;politiques&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.challenges.fr/media/20150108.CHA2066/les-medias-prennent-la-releve-pour-que-continue-charlie-hebdo.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;corporatistes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant, dans ce contexte, &#224; ce que personne (pour autant que je puisse voir) n'ait pos&#233; la question de ce qu'il est advenu des suspects du crime &#8212; ou, pour reprendre la formule m&#233;diatique consacr&#233;e, dans toute son ineptie juridique, des &#034;assassins pr&#233;sum&#233;s&#034;. Que leur culpabilit&#233; ne laisse aucune place au doute, j'en conviens ais&#233;ment ; que leur ex&#233;cution sommaire ait &#233;t&#233; rendue n&#233;cessaire par les &#233;v&#232;nements, c'est une possibilit&#233; que l'on ne saurait &#233;carter. Que les forces de police qui les ont abattus soient &lt;i&gt;acclam&#233;es&lt;/i&gt; pour cela, en revanche, me semble poser une question fondamentale sur notre R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici, encore une fois, de discuter du bien-fond&#233; de ce d&#233;nouement &#8212; m&#234;me si l'on peut s'interroger sur la longue liste de ces malfaiteurs auxquels l'&#201;tat n'a pas jug&#233; bon d'accorder la possibilit&#233; d'un proc&#232;s constitutionnel : Mesrine, &#201;rick Schmitt, les preneurs d'otages du vol AF 8969, Khaled Kelkal, Richard Durn (possiblement suicid&#233;), Mohamed Merah... Auxquels s'ajoutent donc aujourd'hui Ch&#233;rif et Said Kouachi, ainsi que Amedy Coulibaly. Cependant, il me semble qu'une affaire qui se solde par la mort d'un suspect, quel qu'il soit et quelles qu'en soient les circonstances, ne peut ontologiquement &#234;tre consid&#233;r&#233;e autrement que comme un &#233;chec. &lt;i&gt;M&#234;me&lt;/i&gt; dans un cas o&#249; il peut &#234;tre argu&#233; de ce que l'issue fatale &#233;tait souhait&#233;e et recherch&#233;e par le malfaiteur, m&#234;me lorsque des vies d'otages sont en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que l'&#201;tat de droit s'arr&#234;te d&#232;s que l'hyst&#233;rie m&#233;diatico-politique le d&#233;cr&#232;te ? Manifestement : oui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ni fleurs ni couronnes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; craindre que ce ne soient l&#224; que des signes avant-coureurs. Maintenant que la France a &lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt; (Montjoie !) &lt;u&gt;son&lt;/u&gt; 11-septembre (au prix d'une approximation d'ordre 150, c'est-&#224;-dire 3000 victimes divis&#233;es par 20 dans le cas pr&#233;sent), nous pouvons nous attendre &#224; un d&#233;ferlement de lois liberticides (qui avait, du reste, &lt;a href=&#034;http://www.france24.com/fr/20140915-france-projet-loi-anti-jihadisme-radicalisation-royaume-uni/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;j&#224; commenc&#233;&lt;/a&gt;) mettant, s'il en fallait, un dernier clou au cercueil de l'id&#233;al R&#233;publicain &#8212; sous les applaudissements de la foule, qui se p&#226;mera devant le corbillard comme elle le fait aujourd'hui au passage des cars de CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non que ledit cercueil p&#232;se bien lourd, d'ailleurs. Pour s&#233;duisant qu'il soit, cet id&#233;al h&#233;rit&#233; de la fin du XVIII&lt;super&gt;e&lt;/super&gt; si&#232;cle (et dont les deux si&#232;cles suivants nous ont fait oublier ce qu'il pouvait avoir de r&#233;volutionnaire, &#224; l'exception peut-&#234;tre des deux parenth&#232;ses qu'ont constitu&#233; la Commune de Paris et le Conseil National de la R&#233;sistance), n'oublions pas que c'est en grande partie un leurre : la grande R&#233;volution ne s'est gu&#232;re sold&#233;e que par le remplacement d'une classe dominante par une autre, encore plus religieuse et moralisatrice ; la troisi&#232;me R&#233;publique n'advint que par la conversion tardive et opportuniste de l'inf&#226;me Thiers, et la monarchie r&#233;publicaine connue sous le nom de cinqui&#232;me r&#233;publique fut r&#233;dig&#233;e pour son propre usage par qui l'on sait. Quelques slogans il puisse prof&#233;rer &#224; l'envi (&#034;&lt;i&gt;La R&#233;publique &#224; visage d&#233;couvert !&lt;/i&gt;&#034; &#034;&lt;i&gt;Enrichissez-vous !&lt;/i&gt;&#034; &#034;&lt;i&gt;Le travail rend libre !&lt;/i&gt;&#034; &#8212; &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/Le-travail-rend-libre-plus-qu-une&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;oups&lt;/a&gt;) avec cette &#034;mauvaise foi&#034; que Pierre Bourdieu a d&#233;crite en son temps, l'&#201;tat que nous connaissons ne sait fonctionner que sur un mode in&#233;galitaire, en faveur de quelques puissants et aux d&#233;triments du grand nombre. L'assentiment de ce dernier est une condition n&#233;cessaire au maintien du statu quo, qui ne peut donc s'obtenir qu'au prix d'un embobinage permanent ; par embobinage je n'entends pas, encore une fois, un processus conscient et d&#233;lib&#233;r&#233; (sauf dans les cas les plus extr&#234;mes), mais le fonctionnement &lt;i&gt;objectif&lt;/i&gt; vers lequel tendent les agents, y compris malgr&#233; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre la &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/15/non-a-l-union-sacree_4557288_3232.html#Tfs4h7GKjbRbfHdP.99&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;cup&#233;ration politique&lt;/a&gt; des faits-divers n'est pas seulement un travers : c'est un processus syst&#233;mique, signe d'une soci&#233;t&#233; malade dans laquelle le &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/120115/nous-sommes-eux-et-ils-sont-nous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;storytelling&lt;/a&gt; tient lieu d'analyse, et l'&#233;motion, de r&#233;flexion politique. Dans laquelle les prescripteurs m&#233;diatiques l&#233;gitim&#233;s, beuglant en ch&#339;ur les m&#234;mes insanit&#233;s, insufflent au corps social ses mouvements et ses sentiments, ses h&#233;ros et ses monstres, son cadre de pens&#233;e et de libert&#233; politique et id&#233;ologique. Dans laquelle personne ne cherche &#224; d&#233;passer son propre statut, sa propre caste : ni les journalistes ni les politiciens ne remettent en question leur propre r&#244;le, leur propre vision, leur propre l&#233;gitimit&#233;, pas plus m&#234;me que les domin&#233;s lorsqu'ils s'expriment dans les rails trac&#233;s pour eux, que ce soit en suivant le parcours R&#233;publique-Nation (et non l'inverse, notons-le) de la c&#233;r&#233;monie ou en p&#233;piant &#224; qui mieux-mieux des hashtags ridicules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans laquelle enfin, la seule trace &#8212; apparemment n&#233;cessaire &#8212; de transcendance, doit prendre l'aspect d'une &lt;a href=&#034;http://www.reporterre.net/EDITO-Je-ne-suis-pas-en-guerre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;communion patriotique&lt;/a&gt; (sinon identitaire) c&#233;l&#233;brant l'Ordre in&#233;galitaire, les divisions arbitraires du corps social et leur immuabilit&#233; (g&#233;n&#233;tiquement transmissible), sous un vernis abject de bons sentiments et de grands mots dont &lt;a href=&#034;http://www.bastamag.net/Raphael-Liogier-Ce-populisme-qui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plus personne&lt;/a&gt; ne cherche le sens. Libert&#233;, &#201;galit&#233;, Fraternit&#233; : combien il est facile d'agiter ces mots comme un hochet entre gens de bonne compagnie, tant que l'on ne se soucie pas de savoir s'ils sont partag&#233;s par les immigr&#233;s que l'&#201;tat d&#233;porte en notre nom (chaque ann&#233;e l'&#233;quivalent du lectorat de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, ant&#233;-7 janvier), par les Rroms, les gens du voyage, les ch&#244;meurs en fin de droits, les musulmans m&#233;pris&#233;s et ghetto&#239;s&#233;s ici ou l&#224; (mais plut&#244;t l&#224;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour peu que le fait divers s'y pr&#234;te, le r&#233;cit se fait l&#233;gende : il ira rejoindre les pages de &#034;notre&#034; grand Roman National, celui que l'&#201;tat &lt;a href=&#034;http://cvuh.blogspot.fr/2007/02/manifeste-du-comite-de-vigilance-face.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;frelate&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://rebellyon.info/Des-instrumentalisations-actuelles.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consciencieusement&lt;/a&gt; depuis &lt;a href=&#034;http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/ferry1885.asp&amp;title=Discours%20prononc%C3%A9%20%C3%A0%20la%20Chambre%20des%20d%C3%A9put%C3%A9s%C2%A0%3A%20le%2028%20juillet%201885%20%C2%AB%C2%A0Les%20fondements%20de%20la%20politique%20coloniale%C2%A0%C2%BB&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;longtemps&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Tour_de_la_France_par_deux_enfants&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt;. Ce n'est pas tous les jours qu'il nous est donn&#233; de voir d'aussi pr&#232;s comment la cuisine est faite... et &#8212; sans surprise &#8212; ce n'est &lt;a href=&#034;http://evene.lefigaro.fr/citation/politique-andouillette-doit-sentir-peu-merde-trop-18226.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pas rago&#251;tant&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres temps, j'aurais commenc&#233; la phrase suivante par : &#034;En tant que citoyen&#034;, ou &#034;le citoyen que je suis&#034; ; c'est malheureusement un mot &#8212; un de plus &#8212; que je devrai d&#233;sormais bannir de mon lexique, afin d'&#233;viter toute confusion qui pourrait laisser accroire que je cautionne en aucune fa&#231;on cet &#201;tat dans lequel je ne me reconnais aucunement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors disons-le simplement. Qu'elle soit dor&#233;e &#224; la feuille d'or ou au plomb des balles de kalachnikov, cette l&#233;gende m'indiff&#232;re profond&#233;ment &#8212; ou pour le dire plus franchement, me gonfle un tantinet. Je n'en suis ni le co-auteur ni le lecteur, ni un figurant involontaire, ni, encore moins, un fid&#232;le du culte qu'elle promeut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce roman n'est pas le mien.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;i&gt;Valentin Villenave&lt;/i&gt;,&lt;br&gt;13 janvier 2015.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s avoir r&#233;dig&#233; ce texte, j'ai tent&#233; d'examiner plus pr&#233;cis&#233;ment dans un &lt;a href='http://v.villenave.net/Quelques-questions-sur-le-Libre-et-leurs-reponses' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#233;ditorial&lt;/a&gt; la question de l'exploitation &#034;p&#233;dagogique&#034; de ces attentats par le syst&#232;me scolaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le droit de ne pas &#171; &#234;tre Charlie &#187;</title>
		<link>http://v.villenave.net/Le-droit-de-ne-pas-etre-Charlie</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Je me permets de reproduire ici un billet publi&#233; par l'&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/auteurs/stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intellectuel&lt;/a&gt; grec de &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/060612/syriza-est-l-expression-d-une-nouvelle-radicalite-gauche-entretien-avec-stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gauche&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://www.kcl.ac.uk/artshums/depts/french/people/academic/kouvelakis/index.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/a&gt;, au lendemain de l'attentat meurtrier contre le journal Charlie Hebdo.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://v.villenave.net/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je me permets de reproduire ici un billet que vient de me signaler ma m&#232;re, publi&#233; en langue fran&#231;aise par l'&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/auteurs/stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;intellectuel&lt;/a&gt; grec de &lt;a href=&#034;http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere/060612/syriza-est-l-expression-d-une-nouvelle-radicalite-gauche-entretien-avec-stathis-kouvelakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gauche&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://www.kcl.ac.uk/artshums/depts/french/people/academic/kouvelakis/index.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/a&gt;, au lendemain de l'attentat meurtrier contre le journal Charlie Hebdo. Quant &#224; ma propre position (qui n'en est somme toute pas tr&#232;s &#233;loign&#233;e), j'ai tent&#233; de la formuler dans un &lt;a href='http://v.villenave.net/breve21'&gt;&#233;ditorial&lt;/a&gt; sur le pr&#233;sent [Site].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je revendique le droit de ne pas &#034;&#234;tre Charlie&#034; sans &#234;tre pour autant suspect&#233; d'une quelconque complaisance vis-&#224;-vis du crime commis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je revendique le droit de ne pas soutenir une quelconque &#034;union nationale&#034; (mais il est vrai que je ne suis moi-m&#234;me qu'un &#034;m&#233;t&#232;que&#034; dans ce pays, donc pas, &#224; ce titre, directement concern&#233;) et de rappeler qu'&#224; chaque fois que des forces de la &#034;gauche de la gauche&#034; se sont ralli&#233;es &#224; ce genre d' &#034;union sacr&#233;e&#034; &#231;a s'est tr&#232;s mal termin&#233;, pour elles et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revendique le droit de ne pas &#234;tre solidaire d'un &#201;tat &#8212; et des forces politiques qui le g&#232;rent - qui est responsable d'interventions militaires n&#233;ocoloniales, de discriminations racistes quotidiennes vis-&#224;-vis d'une partie de ses propres citoyens (tout particuli&#232;rement, mais non exclusivement, ceux qui sont consid&#233;r&#233;s comme &#034;musulmans&#034;, ou qui se revendiquent comme tels) et qui construit, dans le cadre de l'UE, une &#034;Europe forteresse&#034; aux fronti&#232;res de laquelle meurent des milliers de personnes par an, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revendique l'urgence d'une r&#233;action antiraciste et anti-islamophobe qui unifie les opprim&#233;s et les exploit&#233;s, qui s'exprime dans une langue audible et compr&#233;hensible par la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise et qui se r&#233;clame des traditions anticoloniales, antiracistes et r&#233;volutionnaires qui font, elles aussi, partie int&#233;grante de l'histoire de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revendique tout cela au nom de principes d&#233;mocratiques pour lesquels les forces populaires se sont battues depuis deux si&#232;cles, en France et ailleurs, et contre lesquels s'acharnent aujourd'hui tant les classes dominantes occidentales (ou pas) que les int&#233;gristes religieux de tout poil.&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Stathis Kouvelakis&lt;/strong&gt;,&lt;br&gt;ma&#238;tre de conf&#233;rences en philosophie politique,&lt;br&gt;membre du comit&#233; central du parti Syriza.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Voici un codicille publi&#233; par Kouvelakis deux jours plus tard, &#224; la veille du &#034;d&#233;fil&#233;&#034; impos&#233; par le champ politico-m&#233;diatique l&#233;gitim&#233;, et auquel participera notamment le (futur ex-)dirigeant grec Samaras :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
D&#233;filer derri&#232;re Hollande, Valls, Sarkozy, Merkel, Rajoy, Samaras et&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'OTAN Jens Stoltenberg ? Jamais, en ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui me concerne. Rien que M. Samaras est responsable des milliers de&lt;br class='autobr' /&gt;
personnes qui se sont suicid&#233;es en Gr&#232;ce depuis le d&#233;but de la crise&lt;br class='autobr' /&gt;
comme cons&#233;quence directe de sa politique. Et tous ces dirigeants sont&lt;br class='autobr' /&gt;
partie prenante de l'immense violence et de l'injustice accumul&#233;e qui&lt;br class='autobr' /&gt;
forment le terreau sur lequel se d&#233;veloppe le fondamentalisme&lt;br class='autobr' /&gt;
religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs de fa&#231;on tout &#224; fait abusive que les cort&#232;ges de&lt;br class='autobr' /&gt;
demain sont qualifi&#233;s de &#034;marche&#034;. Une &#034;marche&#034;, ou une&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;manifestation&#034;, est appel&#233;e par des organisations de la &#034;soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
civile&#034; (partis, syndicats, associations, Eglises). Ce qui se passera&lt;br class='autobr' /&gt;
demain est une c&#233;r&#233;monie d'Etat, comme le d&#233;fil&#233; du 14 juillet, un&lt;br class='autobr' /&gt;
rituel dans lequel la population est appel&#233;e &#224; se ranger derri&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;son&#034; Etat et ceux qui le dirigent. Et comme c'est une c&#233;r&#233;monie&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Etat, il est apr&#232;s tout normal que d'autres &#034;chefs d'Etat&#034; viennent&lt;br class='autobr' /&gt;
s'y joindre pour signifier l'unit&#233; de &#034;notre&#034; &#034;camp&#034; face &#224; l' &#034;ennemi&lt;br class='autobr' /&gt;
commun&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une force politique qui entend lutter contre l'ordre actuel,&lt;br class='autobr' /&gt;
participer &#224; ce type d' &#034;union sacr&#233;e&#034; &#233;quivaut &#224; un acte de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;mission, de renoncement &#224; la prise de distance qui est n&#233;cessaire &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
la compr&#233;hension des causes qui ont conduit &#224; ce massacre et au combat&lt;br class='autobr' /&gt;
pour s'en lib&#233;rer. Le prix &#224; payer de ce genre de renoncements n'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pas toujours per&#231;u dans l'imm&#233;diat. Il p&#232;se d'autant plus lourdement&lt;br class='autobr' /&gt;
et dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Papier &#224; musique</title>
		<link>http://v.villenave.net/Papier-a-musique</link>
		<guid isPermaLink="true">http://v.villenave.net/Papier-a-musique</guid>
		<dc:date>2014-06-03T13:36:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Valentin Villenave</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Petite anecdote.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://v.villenave.net/-Humeurs-" rel="directory"&gt;Humeurs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Petite anecdote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un apr&#232;s-midi d'hiver, &#224; l'&#226;ge de 16 ans, j'entrai dans la vieille boutique de partitions &#034;Euterpe&#034;, non loin du conservatoire de Saint-Maur. Je voulais acheter une ou deux feuilles de papier &#224; musique grand format (&#224; cette &#233;poque j'&#233;crivais mon grand &#034;&lt;i&gt;Remugle&lt;/i&gt;&#034; concertant, pour piano et orchestre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille dame qui y officiait (elle prit sa retraite quelque temps plus tard) me regarda par-dessus ses lunettes.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#034;J'peux te faire un cadeau ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Euh... oui (?)&#034;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/capture.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH283/capture-5c769.jpg?1772312557' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ignorant mon air interloqu&#233;, elle disparut un instant dans son arri&#232;re-boutique, et en ressortit avec un immense sac en plastique blanc (sur lequel se devinaient quelques lignes &#233;crites en bleu &#8212; il y &#233;tait question, je crois, d'un artisan plombier), plein &#224; craquer (il se d&#233;chirait d&#233;j&#224; par endroits).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedans, s'ammoncellaient des feuilles de papier &#224; musique de tous formats, passablement jaunies, aux port&#233;es de longueur parfois irr&#233;guli&#232;re). Je pris le sac en position horizontale afin qu'il ne c&#232;de pas (j'allais le porter ainsi pendant les quarante-cinq minutes de R.E.R. qui me s&#233;paraient de l'appartement de mes parents).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'&#233;tait &#224; mon mari.&#034;&lt;br class='manualbr' /&gt;Je bredouillai un remerciement, &#233;bauchai peut-&#234;tre, pour la forme, un geste vers mon porte-monnaie. Il ne me vint pas &#224; l'id&#233;e de demander combien je devais, ni ce qu'avait &#233;t&#233; le sort dudit mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les mois qui suivirent, cette pile de feuilles devint pour moi un objet sacr&#233; (jusqu'au sac dans lequel elles se serraient, et dans lequel elles sont encore aujourd'hui). N'osant gu&#232;re les entamer, je photocopiai celle du haut (c'&#233;tait du papier d'orchestre, &#224; 40 port&#233;es par page) sur plusieurs feuilles de grand format, qui me servirent &#224; r&#233;diger les deux premi&#232;res parties de mon &#034;&lt;i&gt;Remugle&lt;/i&gt;&#034; ; alors que j'avais pass&#233; mes deux premi&#232;res ann&#233;es de lyc&#233;e &#224; &#233;crire discr&#232;tement des partitions dans mes cahiers de cours, en Terminale je commen&#231;ai &#224; d&#233;ployer ostensiblement sur les tables mon papier &#224; musique au format A3, que je remplissais soigneusement tout en continuant &#224; m'int&#233;resser et participer aux cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces feuilles grossi&#232;rement photocopi&#233;es se d&#233;litaient d&#232;s que l'on essayait d'y passer un coup de gomme ; elles accueillirent tant bien que mal, l'ann&#233;e suivante, les six premi&#232;res pages de ma pi&#232;ce &#034;&lt;i&gt;Corail&lt;/i&gt;&#034; et le premier tiers de mon quatuor &#224; cordes en 2003. Je n'ai, &#224; ce jour, termin&#233; aucune de ces partitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2006, lorsque l'Op&#233;ra de Montpellier me commanda l'&lt;a href='http://v.villenave.net/-Opera-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;op&#233;ra&lt;/a&gt; sur lequel je travaillais depuis d&#233;j&#224; plusieurs mois, et qu'il s'av&#233;ra que la partition serait destin&#233;e &#224; un v&#233;ritable orchestre plut&#244;t qu'&#224; trois ou quatre instruments (ou &#224; un nonette), je ressortis mes feuilles d'orchestre, et me rendis, cette fois, dans un magasin de reprographie sp&#233;cialis&#233;, o&#249; je fis photocopier, &#224; nouveau, la m&#234;me page, en 200 exemplaires sur papier &#233;pais de 90 grammes. C'est sur ce papier que j'&#233;crivis la partition de l'op&#233;ra. Sur chaque page se retrouvait la m&#234;me irr&#233;gularit&#233; des port&#233;es, et je rallongeais &#224; la main certaines lignes avant de tirer, avec une longue r&#232;gle de 40 centim&#232;tres (qui de toute fa&#231;on ne suffisait pas), des barres de mesure parfaitement verticales et ajust&#233;es au demi-millim&#232;tre, regroup&#233;es par familles d'instruments.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/Image-0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH651/Image-0001-f2a15.jpg?1772312557' width='500' height='651' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Extrait de cahier
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;(Sonate pour piano, premi&#232;re page)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au lyc&#233;e et en classe pr&#233;paratoire, ma seule ambition avait &#233;t&#233; de pouvoir enfin abandonner mes cahiers pour &#233;crire sur du &#034;vrai&#034; papier &#224; musique ; quelques ann&#233;es apr&#232;s &#234;tre sorti de l'enseignement scolaire, je r&#233;alisai que je n'abandonnerais jamais les cahiers d'&#233;colier &#224; grands carreaux et interlignes. Bien plus compacts, plus discrets, plus pratiques, ils me permettaient d'&#233;crire dans le R.E.R., ou sur un coin de table, ou m&#234;me en pleine rue ; de surcro&#238;t, leur aspect familier, mais surtout leur c&#244;t&#233; inadapt&#233; et ill&#233;gitime pour noter de la musique, en faisait des objets bien moins intimidants qu'une authentique feuille de papier &#224; port&#233;es, blanche et immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, mon int&#233;r&#234;t pour la partition en tant qu'objet graphique s'&#233;tait radicalement d&#233;plac&#233;, &#224; partir de 2006, avec ma pratique intensive du logiciel &lt;a href='http://v.villenave.net/LilyPond-la-notation-musicale-pour-tous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;LilyPond&lt;/a&gt;. Le souci d'exactitude qui m'avait toujours anim&#233; mais se trouvait constamment frustr&#233; sur le papier, par un coup de crayon mal gomm&#233;, une mine imparfaitement taill&#233;e, un trait insensiblement mal plac&#233;, trouvait un espace d'expression math&#233;matiquement exact dans le &#034;code source&#034; LilyPond, avec ses lignes de code d'un nombre pr&#233;cis de caract&#232;res, sa syntaxe stable, son organisation claire et rassurante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://v.villenave.net/IMG/jpg/page0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://v.villenave.net/local/cache-vignettes/L500xH705/page0-fd6a0.jpg?1772312558' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Une feuille de musique
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Cinquante temps pour orchestre
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et la pile de feuilles de musique dort encore, paisiblement, dans son sac d&#233;chir&#233; de plastique blanc et bleu et sous une confortable couche de poussi&#232;re. Je ne m'en sers que dans de grandes occasions ; j'aime me dire que chacune d'entre elles, un jour, conna&#238;tra un emploi int&#233;ressant. J'aime savoir qu'elles m'attendent, et m'attendront longtemps encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boutique a ferm&#233; depuis pr&#232;s de quinze ans. Je passe devant chaque semaine, en allant travailler (toujours &#224; Saint-Maur, mais aujourd'hui en tant que professeur). Elle a &#233;t&#233; remplac&#233;e par d'autres commerces ; ces derni&#232;res ann&#233;es c'est, je crois, un institut de beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour sur le chemin du travail, j'ai crois&#233; &#034;Mme Euterpe&#034;, qui marchait &#224; petits pas dans la rue. Elle a lev&#233; les yeux un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'elle m'a reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mai 2013.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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